21/01/2008

Un Parti socialiste pour quoi faire?

Il y a des personnes à qui l’individualisme, le chacun pour soi convient. Il y a des personnes qui pensent qu’il en résultera comme par enchantement le meilleur pour tous. Il y a des personnes qui pensent qu’il n’y a pas besoin de vision collective ni de projet fédérateur, que tout finira par s’arranger…

L’histoire enseigne que les sociétés qui vont bien sont celles qui trouvent un bon équilibre entre liberté et responsabilité, entre initiative privée et cadrage collectif, esprit d’entreprise et égalitarisme. Depuis leur fondation, au plus fort de la révolution industrielle, au milieu du 19e siècle, les socialistes ont affirmé ces exigences, insisté sur la nécessité de donner du sens aux activités humaines, à orienter le progrès vers des valeurs sociales et humaines, de se donner les moyens de déterminer collectivement ce qui est un fait collectif.

La question de l’Etat a toujours été la pierre d’achoppement du mouvement socialiste : outil nécessaire de l’équilibre et du bien commun, et certains se sont fourvoyés, les uns en niant tout pouvoir coercitif (le cas, très minoritaire, du courant anarchiste) et d’autres, nettement plus nombreux, dans le sillage de la révolution russe mais pas seulement, en souhaitant à l’inverse un pouvoir sans partage. Dès les années 20, le socialisme démocratique a pris ses distances avec l’étatisme, soulignant que l’Etat devait être d’autant plus soumis au contrôle démocratique, aux procédures transparentes et au respect des droits humains qu’il est obligé d’intervenir au sein de la société pour protéger le faible du fort, assurer l’équité et l’intérêt général.

Cet Etat est un Etat subsidiaire, qui assure les garde-fous nécessaires, qui favorise l’engagement citoyen et l’entretien du tissu social, qui encourage les individus à se prendre en charge et compense les inégalités. Tout en ne se laissant pas abuser par ceux qui refusent de mettre la main à la pâte, un tel Etat tant régulateur que partenaire reste sans illusion sur l’ambiguïté de la nature humaine.

Aujourd’hui plus que jamais, les valeurs de socialisme démocratique sont indispensables pour assurer les contrepoids nécessaires à la loi du plus fort, à la froideur d’une fuite en avant dans le toujours plus et la perpétuation des inégalités. Les ressources de la Terre doivent être partagées entre tous les humains, en pensant aux plus démunis d’abord, l’égalité de chances et de droit assurée. A ce titre il n’y a pas de séparation entre le mal infligé à la nature et au mal infligé aux humains, mais un seul souci, celui de gérer la Terre des humains de manière responsable et respectueuse.

Les socialistes savent que les premiers à souffrir de la raréfaction des ressources due à la surexploitation de la Terre sont les plus pauvres ; le changement climatique, généré par les pays industrialisés mais dont les victimes sont d’abord les pays pauvres, illustre très bien ces convergences entre préoccupations écologiques et sociales. Seul un cadrage efficace de l’économie, de la technique et des comportements pourra nous permettre d’assurer un avenir vivable, et à nouveau cette primauté du collectif signale le bien-fondé et la nécessité d’une social-démocratie forte.

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13/01/2008

Taxe sur les combustibles, une mesure insuffisante




Juste avant Noël la Tribune de Genève publiait un éditorial «Taxe CO2 : ça va chauffer pour les locataires» (E. Bolleter, 21 décembre). Cet article vise juste mais occulte certains points, que je voudrais développer ci-dessous.

Précisons tout d’abord que, comparée aux autres prélèvements effectués sur les produits pétroliers, avant tout de nature fiscale, la taxe est relativement indolore, de quelques centimes seulement. Pour la «sentir passer», il faut vraiment consommer beaucoup…

Ensuite, le but de la taxe n’est pas d’alimenter la caisse de l’Etat, mais d’inciter à moins consommer. Son produit sera restitué forfaitairement aux ménages, comme cela se fait maintenant depuis plusieurs années avec la taxe sur les composés organiques volatils (COV), soit des polluants largement utilisés dans les colles, les peintures etc. Cette restitution vient en déduction des factures d’assurance maladie et est d’environ 15.- par année. Bien entendu un tel système n’a de sens que si des possibilités de substitution existent. Pour les COV, de nombreux produits sans solvants sont disponibles et d’ailleurs les émissions de COV ont reculé des deux tiers depuis l’introduction de cette taxe.

S’agissant du chauffage, 40% de la facture pétrolière est due à ce poste, plus important que les transports, aviation et route réunis. Pour l’essentiel, cette énergie est aujourd’hui consommée en pure et perte ressort littéralement par la fenêtre de nos maisons mal isolées. En effet, la consommation énergétique moyenne de notre parc immobilier suisse est de 700 MJ/m3 - soit 6 à 7 fois plus que les bâtiments à haute performance énergétique que l’on sait construire aujourd’hui, selon des standards comme minergie P ou minergie-éco !

Et chaque jour, des décisions d’investissement se prennent au niveau des gestionnaires du parc immobilier, et chaque jour des investissements ne sont pas faits parce que le comparatif entre le coût du pétrole et le coût des mesures d’assainissement n’est pas encore suffisamment en faveur de ce dernier...

Dans tous les cas, quelques centimes d’augmentation du mazout ne sont qu’un timide avant-goût des augmentations brutales et imprévisibles qui risquent de nous être imposées par les multinationales du pétrole et les Etats producteurs. C’est de cela qu’il faut se rendre indépendant.

Maintenant il est vrai que la taxe frappera les locataires, qui sont les deux tiers de la population, et que ceux-ci n’ont qu’une petite marge de manœuvre. Encore que, sachant que chaque degré de plus représente 7% de consommation en plus, on doit se demander s’il faut vraiment surchauffer nos appartements au point de s’y sentir en plein été…

Il faut donc travailler en finesse. Si les locataires voient augmenter leurs charges, cela va politiquement augmenter la pression pour renforcer les exigences énergétiques car tout ce qui sera économisé allègera directement leurs factures. Reste que cela ne constitue pas un stimulant suffisant pour le propriétaire, et comme le rythme naturel de renouvellement du parc immobilier est de 100 ans et de rénovation majeure de 30 à 40 ans, sans un plan volontariste d’assainissement de ce parc, comportant des subventions ou des prêts préférentiels aux propriétaires à la clé, on continuera à transformer du pétrole en CO2 - en pure perte pour nous mais de manière lourde de menaces pour la biosphère dans laquelle nous vivons.

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