09/03/2008

10 mars solidarité avec une des dernières colonies au monde, le Tibet

Le Tibet est connu de tous à travers les récits des explorateurs qui ont utilisé mille astuces pour pénétrer clandestinement au Pays des Neiges, à l’exemple d’une Alexandra David-Néel, du souvenir de Tintin au Tibet mais aussi par la lumineuse figure de son chef spirituel en exil, le Dalaï Lama. Politiquement, on sait que le peuple tibétain est un des nombreux peuples sans Etat, à l’image des Kurdes, des Sahraouis, de la plupart des peuples autochtones et d’autres minorités nationales. Et que aujourd’hui il est une des dernières colonies du monde. Souvent on pense à tort que c’est une cause perdue, tant est forte la pression du bientôt un milliard et demi de Chinois.

Notons que le Dalaï Lama ne réclame pas un Etat tibétain mais le respect des accords passés lors de l’incorporation forcée par Mao du Tibet à la Chine en 1951, et du statut d’autonomie alloué, mais nullement respecté, à la soi-disante Région Autonome du Tibet.

Aujourd’hui tout un chacun est en mesure de faire un bilan de la modernisation, au forceps, à coups de concepts staliniens, de la Chine, ces 50 dernières années, aboutissant sur un curieux mélange de libéralisme effréné et de totalitarisme politique. Les Droits de l’Homme n’existent pas en Chine, ou seulement dans les limbes. Ils existent encore moins au Tibet, et on comprend bien que l’un ne va pas sans l’autre : émanciper le Tibet c’est émanciper la Chine, et la démocratisation de la Chine est certainement un des grands enjeux de ces prochaines années.

Un peu d’histoire maintenant. Une culture, une civilisation originale avait trouvé sa place sur les hauts plateaux de l’Himalaya, forteresse longtemps imprenable sur le Toit du Monde. Débordant sur les Etats voisins, Népal et Bhoutan, existant également au Ladakh et dans les steppes de Mongolie, une forme particulière du bouddhisme s’est développé dans ce pays, valorisant l’exercice spirituel et la découverte par le pratiquant de sa propre nature. L’Occident à la recherche de spiritualités vécues ne s’y est pas trompé, et l’engouement pour le bouddhisme tibétain n’est en rien dû au hasard.

Ce qu’on sait moins, c’est que dans le pays où il est né, il est totalement interdit d’arborer le drapeau tibétain ou de demander publiquement que l’autonomie accordée théoriquement au Tibet soit respectée. La culture traditionnelle (langue, écriture, médecine, architecture, artisanat, broderie, danses, musique et j’en passe) du Tibet sert davantage de décor pour touristes, qu’elle n’est encouragée par les autorités en place, beaucoup survit en cachette et il faut savoir avancer masqué. Toute manifestation politique conduit infailliblement en prison et les listes d’Amnesty International sont pleines de cas d’emprisonnements politiques au Tibet (et dans le reste de la Chine également bien entendu). Le gouvernement chinois joue constamment sur l’amalgame séparatisme (quasi inexistant parmi les Tibétains et respect du régime d’autonomie que tous réclament).

Sur les milliers de temples foisonnants avant 1951, seuls quelques-uns ont survécu, et leur activité reste étroitement surveillée. Le gouvernement chinois se mêle même de contrôler les procédures de recherche de «réincarnations» de lamas… Dans les villes, l’architecture traditionnelle est largement supplantée par les blocs de béton, et la Chine ne respecte pas mieux l’histoire des autres peuples qu’elle gouverne qu’elle ne respecte la sienne (les bulldozers n’ont aucune pitié pour l’ancienne substance architecturale des villes chinoises). Mais dans le cœur des Tibétains leurs racines demeurent vivaces. Ils ont besoin de notre solidarité.

Ainsi annexé à la Chine en 1951, le Tibet a connu dans un premier temps une période de relative cohabitation avec régime dominant, et dans ces années 50 le jeune Dalaï Lama a fait le maximum pour que les accords passés (qui rappellent furieusement les traités passés par les Etats-Unis et les tribus indiennes…) connaissent un semblant de respect. L’autobiographie du Dalaï Lama («Ma terre et mon peuple») rappelle très bien ces épisodes. Mais les difficultés s’accumulèrent et les dirigeants maoïstes n’entendaient pas véritablement accorder à qui que ce soit le droit à la différence, à un développement séparé. Suite à un soulèvement populaire en 1959, à Lhassa, durement réprimé, le Dalaï Lama dut fuir son pays, et il en résulta 20 années très difficiles qui culminèrent dans la folie destructrice de la révolution culturelle de la fin des années 60. Les premières tentatives d’assouplissement du régime chinois, qui connurent elles aussi leur temps d’arrêt après le drame sanglant de la place Tien An Men de juin 1989, apportèrent, avec leur cortège de touristes, une première bouffée d’oxygène au Tibet. Depuis la situation y demeure très précaire, moments de libéralisation alternant avec périodes plus répressives.

Depuis son lieu d’exil en Inde, le Dalaï Lama continue son combat non violent et en prenant à témoin l’opinion publique mondiale pour le respect des droits de son peuple et de sa culture séculaire. Le 10 mars, date de sa fuite, est dans le monde entier le jour du Tibet. Pensons-y ce 10 mars. Et pour l’aspect politique, je relève que de plus en plus de collectivités arborent soit pour ce jour, soit pour tout le mois, soit en permanence ce drapeau tibétain interdit sur son propre sol. Que cette démonstration de solidarité fasse école et que les drapeau tibétains éclosent sur nos bâtiments publics !


12:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Depuis longtemps je me pose des questions sur la fascination qu’exerce le Tibet sur les foules européennes. Parce que au-delà du fait que c’est la grande et puissante Chine qui opprime un petit pays, et que ça suscite donc automatiquement notre indignation, réfléchit on plus loin ?

Ca me laisse toujours un peu perplexe quand je vois des féministe coller avec enthousiasme sur leur voiture un autocollant « free tibet ». Mais savent elles réellement quelle est en fait la place des femmes dans la société traditionnelle tibétaine ?

Et que dire des politiciens de gauche qui s’engagent pour le Tibet, alors qu’il me semble qu’il a tout les attribut d’un état féodal ? (Chef désigné par droit de naissance, caste de moines et dignitaires…).

J’ai parfois l’impression que le Tibet focalise nos fantasmes de société harmonieuse et pacifique, alors que la plupart d’entre nous en ignore tout.

AF

Écrit par : Alain Fernal | 09/03/2008

Que ce soit pour votre billet sur l’UE ou sur le Tibet, on remarque un effet langue de bois un peu décevant, opposant toujours liberté à justice sociale.

Si vous souhaitez remettre le PS sur pied comme vous l’annonciez ce we, pourquoi ne pas reconnaître que la liberté individuelle relève de la responsabilité sociale ? Sinon, ce serait retomber dans les différents socialismes déjà éprouvés dans certains régimes tant décriés à droite comme à gauche. Tant il est vrai que Panurge et Tartuffe ont encore de beaux jours devant eux.

Les principes de justice se résument comme suit : (1) égale liberté pour tous (2) égalité des chances (3) application du fameux principe de différence. (Notons que ces principes découlent de notre société dite « moderne » et ne sont pas transculturels, étant donné que les biens et les valeurs évoluent avec les cultures.) C’est dire que sans la garantie des libertés individuelles, il ne peut y avoir d’accès équitable aux biens culturels, sociaux, matériels.

Si l’on visite un ghetto américain, on ne rencontre pas vraiment des gens qui meurent de faim, mais une forme d’isolement extrême qui rend la vie physique et psychologique insupportable, qui fait que l’on peut crever jeune d’un coup de poignard. Une telle tragédie ne peut pas s’interpréter comme un simple manque d’argent. Le manque d’opportunités, de liberté réelle en comparaison à la liberté formelle ou à la prétendue inaliénabilité des droits abstraits en constitue bel et bien le fer de lance. Cette asphyxie se ressent aussi dans notre société qui n’est libérale ni sociale.

Vous faites un parallèle entre le destin européen et helvétique. Beaucoup ne le croient pas. La grande différence est que la Suisse n’a jamais été une nation alors que la plupart des Etats européens ont été d’abord une nation (sentiment d’appartenance à une même histoire, fort sentiment d’identité, valeurs partagées, langue commune, etc) avant de se constituer en Etat. Par exemple, la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie sont des nations avant d'être des états.
En revanche, la Suisse n’existe pas vraiment ; les conglomérats d’états autonomes ne forment pas un destin commun ; la réalité montre même, qu’en termes technico-juridiques, la mobilité n’est pas aisée. Mais vous devez savoir que l’histoire ne se résume pas à une suite de traités.

Les faux-semblants ne sont jamais viables à long terme.

Cordialement,
MP

Écrit par : Micheline Pace | 10/03/2008

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