24/03/2008

Paychère ou Zapelli, c'est pour six ans!

Dans leur sagesse, les Genevois se sont réservé l’élection par le peuple de leurs magistrats du pouvoir judiciaire. Le 3e pouvoir n’échappe pas à la démocratie ! Pour l’essentiel des postes à pourvoir, ce choix est dans la pratique délégué aux partis politiques qui, cette année à nouveau, ont réussi à se répartir sans trop de heurts les diverses places de la magistrature. Histoire de rappeler que, tout en sachant que chaque juge est strictement lié à la lettre et à l’esprit de la loi, il reste toujours une marge d’interprétation. Cela est vrai dans les grandes causes, celles qu’on voit dans les médias ou dans les films, c’est vrai  pour les plus modestes affaires aussi. Le droit et l’humain se donnent la main, et soulignent toute l’importance de la personnalité du juge. Notons enfin que le mandat des magistrats est de six ans.

Seul poste sur lequel entre les partis le consensus n’a pas pu se faire, et le plus important de tous : celui de procureur. Maître de l’accusation, garant de l’intérêt public, garant aussi du bon fonctionnement de l’appareil judiciaire tout entier, il est la pièce maîtresse du dispositif. Et nous avons tous intérêt à une bonne administration de la justice ! Les personnalités sont contrastées. D’un côté un titulaire sortant, élu d’extrême justesse voici six ans, figurant du statu quo. Disert, bonhomme, souvent vu dans les salons, mondain à ses heures, il incarne bien les choix de son camp. Une politique agissant au niveau des effets, et par à-coups, dont la lisibilité n’est pas la première qualité. Plus prompt à dégainer contre les squatters et les mendiants (organisés ou pas), quitte à ramasser leur sébille au passage. Plus réservé quand il s’agit de porter l’estocade contre les Etats mafieux et leurs agents, les agissements financiers douteux et hélas souvent désastreux pour les plus faibles. Dans une place financière comme l’est Genève, trier le bon grain de l’ivraie est pourtant essentiel si on veut éloigner le spectre de la république bananière.

De l’autre côté, l’impétrant. Un peu raide, comme la justice, dira-t-on. Mais sans fioritures, il va droit au but et affiche ses principes. La garantie de la rigueur, de la loi la même pour tous. Ardu et ardent à la tâche, lettré, il fait avancer doctrine et jurisprudence, a un regard sur l’équité particulièrement aigu : traiter riche et pauvre également, regarder néanmoins le souci du plus démuni avec une bienveillance certaine, c’est cela une justice à visage humain. Si la petite délinquance n’a droit à aucune mansuétude, encore faut-il pour être efficace vouloir remonter les filières au prix d’un patient travail et d’une obstination à toute épreuve. Le prédécesseur du titulaire actuel, Bernard Bertossa a su le faire, et en a fondé une réputation internationale, affirmant en toutes circonstances la primauté de la volonté de faire table rase du crime organisé. Pour quelle vision de la justice penchera la République ? La fausse bonhomie de l’un, la droiture incarnée de l’autre ?

Pour ceux qui hésitent, le traitement donné par chacun des candidats à l’affaire de Vernier est éclairante. Au risque de s’aliéner des voix qui, dans une élection, peuvent s’avérer décisives, Paychère, comme juge au Tribunal administratif, devant les constats de nombreuses incorrections, assume pleinement l’arrêt du 5 février de la juridiction qu’il préside et invalidant l’élection du candidat MCG à l’exécutif de Vernier, Cerutti. Le jugement est disponible sur Internet et liste tous les faits, dont la réalité ne saurait être contestée. Les mêmes faits selon le procureur en place Zapelli ne méritent aucune accusation pénale. Aucun juge ne pourra donc plus se pencher sur les aspects pénaux de manipulations électorales avérées qui, si elles faisaient école, mineraient gravement la confiance des électeurs dans les mécanismes d’expression de la volonté populaire. Le candidat Zapelli, faisant usage de son pouvoir d’appréciation, a en effet classé la plainte par son ordonnance du 14 mars. Rester ferme et fidèle à ses principes, dût-il en coûter électoralement, voilà le choix, en pleine campagne, du candidat Paychère. Un tel comportement doit être largement connu et souligne qu’il est le procureur qu’il nous faut.

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15/03/2008

La saga des décehts - et maintenant?

La saga des déchets napolitains touche à sa fin. Que penser de ce bref mais violent ouragan qui a traversé notre petite république ? Typique d’une fausse bonne idée : le ministre de tutelle des SIG, conforté par les assurances des technocrates, croit bien faire en proposant ce qui semble être une de ces fameuses situations «win-win» («gagnant-gagnant») : nous nous faisons du bien en valorisant notre surcapacité en matière d’incinération, nous faisons du bien aux autres en prenant en charge leurs soucis.

Puis la politique s’est invitée dans ce projet qui présentait l’apparence d’une certaine logique. Et les questions fusent : quels déchets ? quelle origine ? Pourquoi cette gabegie dans un des pays fondateurs de l’Europe ? qui profite de ce trafic ? quels contrôles ? Que penser du développement du tourisme des déchets ? Et surtout, cette question qui me semble la plus importante entre toutes : pourquoi cette surcapacité des Cheneviers ?

Aussi loin que je m’en rappelle, à chaque fois - lorsque cette usine d’incinération était encore dans le giron de l’Etat - qu’il fallait se prononcer au Grand Conseil sur des crédits concernant l’extension des capacités, il s’est trouvé une majorité politique paniquée à l’idée que nos rues seraient jonchées de déchets. Et surtout qui ne croyait pas à la prévention ou à un recyclage accru. A société de consommation, usine d’incinération ! Et ceux qui, comme moi, plaidaient pour donner une chance à une autre façon de gérer nos ressources étaient renvoyés dans les cordes. D’accord, depuis plusieurs années, près de 30'000 personnes sont chauffées grâce à la récupération de la chaleur excédentaire de cette usine : autant d’habitants affranchis du pétrole. Mais ne nous leurrons pas : le pouvoir calorifique des Cheneviers supporterait encore un joli développement du recyclage avant de manquer aux habitants raccordés à CADIOM. Chauffage écologique et comportement écologique par le tri des déchets sont loin d’être en concurrence !

Sur le tourisme des déchets en lui-même, je considère que c’est une aberration, s’agissant des déchets ménagers. Chaque région doit assumer la gestion de ses déchets, faute de quoi aux camions et trains transportant à travers toute l’Europe des marchandises (en des circuits parfois fort discutables) il faudrait ajouter les mêmes mouvements de déchets !

L’addition de deux éléments, la surcapacité des fours et l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, exploitants de cet équipement, fait que les importations de déchets sont malheureusement plutôt la règle que l’exception ; la polémique autour des déchets de Naples a eu ce mérite de mettre ce dysfonctionnement chronique en évidence. Le mécanisme de l’évolution de ces dernières années est simple: le premier mouvement a été le transfert des Cheneviers aux SIG, «vendu» au bon peuple voici quelques années comme une évidence purement fonctionnelle, puis a suivi l’orientation de plus en plus commerciale des SIG, enfin le récent transfert des actifs a renforcé la pression pour rentabiliser les équipements. Oui, les déchets de Naples ne sont que le sommet de l’Iceberg ! L’interdiction d’importer prononcée à juste titre par le Conseil d’Etat ne met pas fin pour autant à la dérive commerciale de ce qui fut naguère un établissement public, dévolu au service public.

Et derrière cette affaire se profilent les enjeux de la votation référendaire du 1er juin sur le contrôle politique de ces établissements que sont les SIG, les TPG ou les HUG, dont les organes prennent quotidiennement des décisions de portée politique qui nous concernent tous. L’absentéisme du ministre de tutelle lors des séances des conseils d’administration des SIG ou des TPG préfigure-t-elle l’abandon du contrôle politique voulu par la majorité du Grand Conseil ? Je pense qu’au contraire une supervision politique est plus nécessaire que jamais. C’est cela la vraie leçon de l’affaire des déchets de Naples.

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09/03/2008

10 mars solidarité avec une des dernières colonies au monde, le Tibet

Le Tibet est connu de tous à travers les récits des explorateurs qui ont utilisé mille astuces pour pénétrer clandestinement au Pays des Neiges, à l’exemple d’une Alexandra David-Néel, du souvenir de Tintin au Tibet mais aussi par la lumineuse figure de son chef spirituel en exil, le Dalaï Lama. Politiquement, on sait que le peuple tibétain est un des nombreux peuples sans Etat, à l’image des Kurdes, des Sahraouis, de la plupart des peuples autochtones et d’autres minorités nationales. Et que aujourd’hui il est une des dernières colonies du monde. Souvent on pense à tort que c’est une cause perdue, tant est forte la pression du bientôt un milliard et demi de Chinois.

Notons que le Dalaï Lama ne réclame pas un Etat tibétain mais le respect des accords passés lors de l’incorporation forcée par Mao du Tibet à la Chine en 1951, et du statut d’autonomie alloué, mais nullement respecté, à la soi-disante Région Autonome du Tibet.

Aujourd’hui tout un chacun est en mesure de faire un bilan de la modernisation, au forceps, à coups de concepts staliniens, de la Chine, ces 50 dernières années, aboutissant sur un curieux mélange de libéralisme effréné et de totalitarisme politique. Les Droits de l’Homme n’existent pas en Chine, ou seulement dans les limbes. Ils existent encore moins au Tibet, et on comprend bien que l’un ne va pas sans l’autre : émanciper le Tibet c’est émanciper la Chine, et la démocratisation de la Chine est certainement un des grands enjeux de ces prochaines années.

Un peu d’histoire maintenant. Une culture, une civilisation originale avait trouvé sa place sur les hauts plateaux de l’Himalaya, forteresse longtemps imprenable sur le Toit du Monde. Débordant sur les Etats voisins, Népal et Bhoutan, existant également au Ladakh et dans les steppes de Mongolie, une forme particulière du bouddhisme s’est développé dans ce pays, valorisant l’exercice spirituel et la découverte par le pratiquant de sa propre nature. L’Occident à la recherche de spiritualités vécues ne s’y est pas trompé, et l’engouement pour le bouddhisme tibétain n’est en rien dû au hasard.

Ce qu’on sait moins, c’est que dans le pays où il est né, il est totalement interdit d’arborer le drapeau tibétain ou de demander publiquement que l’autonomie accordée théoriquement au Tibet soit respectée. La culture traditionnelle (langue, écriture, médecine, architecture, artisanat, broderie, danses, musique et j’en passe) du Tibet sert davantage de décor pour touristes, qu’elle n’est encouragée par les autorités en place, beaucoup survit en cachette et il faut savoir avancer masqué. Toute manifestation politique conduit infailliblement en prison et les listes d’Amnesty International sont pleines de cas d’emprisonnements politiques au Tibet (et dans le reste de la Chine également bien entendu). Le gouvernement chinois joue constamment sur l’amalgame séparatisme (quasi inexistant parmi les Tibétains et respect du régime d’autonomie que tous réclament).

Sur les milliers de temples foisonnants avant 1951, seuls quelques-uns ont survécu, et leur activité reste étroitement surveillée. Le gouvernement chinois se mêle même de contrôler les procédures de recherche de «réincarnations» de lamas… Dans les villes, l’architecture traditionnelle est largement supplantée par les blocs de béton, et la Chine ne respecte pas mieux l’histoire des autres peuples qu’elle gouverne qu’elle ne respecte la sienne (les bulldozers n’ont aucune pitié pour l’ancienne substance architecturale des villes chinoises). Mais dans le cœur des Tibétains leurs racines demeurent vivaces. Ils ont besoin de notre solidarité.

Ainsi annexé à la Chine en 1951, le Tibet a connu dans un premier temps une période de relative cohabitation avec régime dominant, et dans ces années 50 le jeune Dalaï Lama a fait le maximum pour que les accords passés (qui rappellent furieusement les traités passés par les Etats-Unis et les tribus indiennes…) connaissent un semblant de respect. L’autobiographie du Dalaï Lama («Ma terre et mon peuple») rappelle très bien ces épisodes. Mais les difficultés s’accumulèrent et les dirigeants maoïstes n’entendaient pas véritablement accorder à qui que ce soit le droit à la différence, à un développement séparé. Suite à un soulèvement populaire en 1959, à Lhassa, durement réprimé, le Dalaï Lama dut fuir son pays, et il en résulta 20 années très difficiles qui culminèrent dans la folie destructrice de la révolution culturelle de la fin des années 60. Les premières tentatives d’assouplissement du régime chinois, qui connurent elles aussi leur temps d’arrêt après le drame sanglant de la place Tien An Men de juin 1989, apportèrent, avec leur cortège de touristes, une première bouffée d’oxygène au Tibet. Depuis la situation y demeure très précaire, moments de libéralisation alternant avec périodes plus répressives.

Depuis son lieu d’exil en Inde, le Dalaï Lama continue son combat non violent et en prenant à témoin l’opinion publique mondiale pour le respect des droits de son peuple et de sa culture séculaire. Le 10 mars, date de sa fuite, est dans le monde entier le jour du Tibet. Pensons-y ce 10 mars. Et pour l’aspect politique, je relève que de plus en plus de collectivités arborent soit pour ce jour, soit pour tout le mois, soit en permanence ce drapeau tibétain interdit sur son propre sol. Que cette démonstration de solidarité fasse école et que les drapeau tibétains éclosent sur nos bâtiments publics !


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02/03/2008

Europe: chance et non menace

L’Europe a mauvaise presse, il est devenu de bon ton de dénigrer la construction européenne, de l’assimiler à un ensemble technocratique sans âme et sans but autre que la maximisation des affaires. Peu à peu l’opinion se laisse intoxiquer par ces poncifs et oublie que l’Europe est un grand enjeu politique, peut-être le plus important de ces 50 dernières années. Et en Suisse autant il était à la mode d’être proeuropéen dans les années 1990 autant cette option paraît aujourd’hui ringarde et dépassée. On admet communément que notre rôle de spectateurs passifs nous convient et que nous avons raison d’être le Monaco ou le Liechtenstein d’une l’Europe qui essaie de gérer son processus de rapprochement sous nos yeux et devant notre porte.

Cette attitude ne me paraît pas digne du projet politique qu’est notre pays. Car la Suisse, exactement comme l’Europe, n’est pas née d’une entité ethnique préexistante mais d’une volonté politique, celle de vivre ensemble et d’assumer son destin ensemble.

En effet, il faut rappeler en Suisse et aux Suisses certaines vérités de base, peut-être pas bonnes à dire :
•    Qu’il y a similitude étroite, voire identité entre le processus qui a permis à la Suisse moderne d’émerger à partir de territoires dispersés et disparates, et la construction laborieuse et lente de l’Europe.
•    Qu’il est vital qu’il existe des espaces de régulation face aux seules lois du marché et qu’une Europe limitée à un espace économique est une parodie d’Europe.
•    Que l’Europe doit être une Europe forte, agissante, solidaire à l’interne comme à l’extérieur, démocratique et décentralisée, telle que les grands penseurs européens du 20e siècle l’ont décrite, à savoir un dépassement des Etats-nations.

L’Europe doit clairement se référer à cette idée pluriculturelle de cohabitation des différences, et d’ailleurs n’oublions pas que les Etats-nations sont les premiers à nier leurs propres minorités culturelles et nationales. D’ailleurs plus l’Europe se construit, plus ses Etats membres se décentralisent (exemple de l’Espagne, de la France et même de la Grande-Bretagne).

Un tel message fait appel à la nature profonde de la Suisse, et  contre fondamentalement l’usurpation de patriotisme que propage fallacieusement une UDC car la vraie identité de la Suisse est la suivante :
•    Au cœur de l’Europe nous sommes composés de trois peuples d’Europe,
•    Nous formons une mini-Europe au cœur de l’Europe,
•    Nous tirons notre prospérité de la bonne entente avec l’extérieur et notre cohésion d’une pluriculturalité séculaire.
C’est ainsi parce que nous nous sentons pleinement Suisses et conscients de ce qu’est notre histoire suisse que nous aspirons à être pleinement européens.

En stérilisant la dynamique de notre histoire, en fossilisant le projet politique suisse, l’UDC vise une stratégie très claire, qui consiste à éviter que l’Etat se reconstruise à la dimension où il est aujourd’hui pertinent : pas au niveau des Etats actuels mais à celui des continents. C’est là qu’il doit être fort, si l’on veut tant soit peu cadrer le pouvoir économique qui se joue de nos petits Etats actuels. En gardant l’Etat bien enfermé dans ses limites géographiques, en se servant d’une caricature de patriotisme le parti de Blocher sert un seul objectif : réduire l’Etat lui aussi au rôle de caricature et à l’impuissance. C’est trahir et la Suisse et le projet européen, c’est dissoudre le politique dans le marché. Exactement le contraire de ce qu’il nous faut!

17:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook