15/06/2008

Irlande-Europe 1:0

Le scénario est désormais bien rôdé. A chaque fois qu’un peuple est consulté sur une avancée de l’Europe, il saisit l’occasion inespérée pour dire leur fait à ceux qui gouvernent. Le cas irlandais ne déroge pas à cette habitude. Formellement, les juristes de la couronne trouveront les astuces qui permettront au traité de Lisbonne, sous-produit du rejet de la pseudo-constitution européenne recalée par la France et les Pays-Bas, de poursuivre son chemin et pour régler le Sonderfall Irlandais. Ce n’est ni le premier ni le dernier. Le problème n’est pas là. Il est de s’interroger sur cette prise d’otage récurrente du processus européen par les Neinsager de tout poil, alors que s’il est un pays à qui l’intégration européenne a profité, c’est bien l’Irlande.

Formulons donc l’hypothèse inverse : ce ne sont pas les motifs économiques d’abord qui guident les peuples mais les aspects politiques. Tout se passe comme si chaque fois qu’on voulait plaider le dossier européen par les voies du calcul et de la raison, on échoue, car on a affaire à une fédération de craintes et de réactions de rejet.

Plus on veut «raisonner» un peuple, plus il se rebiffer. Ce qui manque cruellement aux promoteurs de l’Europe, c’est l’élan, l’aspect émotionnel, le souffle créateur. L’Europe s’est illustrée jusqu’à la caricature en réglementant la courbure des bananes, alors que c’est tout autre chose qu’elle vise et représente. L’Europe ne guérira de sa langueur qu’avec plus d’Europe et non moins d’Europe. Seul un projet politique a des chances d’entraîner l’adhésion populaire. Qu’on se rappelle l’unité allemande, en 1990. Tous les économistes et tous les esprits raisonnables ont fait le calcul du poids que l’Est représenterait pour l’Ouest, et en effet ce poids reste lourd. Néanmoins le peuple allemand n’a pas hésité une seconde à répondre présent à l’invitation de l’Histoire, une fois le mur exécré tombé. Autrement dit, ce sont les technocrates qui règle à calcul à la main mettent en garde et raisonnent, et les peuples qui passent outre.

L’Europe est malade de ses technocrates. Elle ne pourra s’ancrer durablement dans les cœurs et les esprits que si elle se mue en dynamique fédératrice et positive. Que si elle rappelle qu’elle doit dépasser l’alliance opportuniste autour d’un marché commun qui rappelle furieusement une globalisation dont les mauvais côtés font à juste titre peur, devenir vision.

Une vision d’un continent uni mais valorisant ses différences. De régions enfin émancipées du rouleau compresseur de l’Etat Nation ignorant ses propres diversités (les Catalans, Bretons, Basques ou autres Gallois en savent quelque chose). D’un continent porté par un concept d’économie de marché à dimension sociale et écologique forte, tout le contraire du dumping social et de l’irresponsabilité écologique d’une certaine mondialisation sans foi ni loi. Un continent qui ambitionne de jouer dans le monde un rôle progressiste et stabilisateur, solidaire et capable de parler d’égal à égal avec les puissants du 21e siècle, que ce soient les puissances américaines (Etats-Unis, Brésil) ou asiatiques (Chine, Inde) ou encore la vaste Russie. Un continent capable de donner une voix à ses habitants.
Un continent qui réalise son unité culturelle et historique fondamentale, et qui s’en donne enfin les institutions.
C’est cela la vision européenne, celle des Schuman, de Gasperi, de Rougemont. Tous ceux qui souhaitent la primauté du politique sur les seuls mécanismes du marché doivent souhaiter la réussite du projet politique européen. Encore faut-il que se lèvent en Europe des femmes et des hommes politiques capables d’articuler cette vision. A ce prix, même les Suisses s’y reconnaîtront, car la Suisse, à l’image de cette Europe, est aussi un Etat pluriculturel, fédérant des volontés de vivre ensemble à travers une culture politique commune. La politique, comme la nature, a horreur du vide. Tant qu’il ne sera pas occupé par une vision constructive et dynamisante, il sera dominé par la peur, jamais bonne conseillère, et la volonté d’exister s’exprimera non pas de manière positive mais par le rejet de ce qui n’étant pas explicité ne peut pas être compris.

17:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

Commentaires

Comme tous les socialistes, vous êtes si démocrates que vous pensez toujours que le peuple ne dit pas non à une question posée, mais non au gouvernement en place!!!!!!!! Sauf évidement lorsque la question est posée par des socialistes...

Écrit par : salegueule | 15/06/2008

Effrayant, votre billet. Il y a tellement de contradiction que pour finir, on ne sait pas ce que vous en pensez vraiment.

"Il est de s’interroger sur cette prise d’otage récurrente du processus européen par les Neinsager de tout poil,..."
puis, plus loin, vous plaidez pour:
"Un continent capable de donner une voix à ses habitants."

Donc c'est quoi l'idée ? Il faudrait que tout le monde puisse s'exprimer, tant que ça va dans le "bon" sens ?

Pas très démocratique, en effet.

Écrit par : Fufus | 15/06/2008

En gros on peut commencer à penser que si les peuples de tous les pays avaient été consultés tous auraient dit non à l'europe. Et comment les critiquer quand on voit l'état général de la belle Europe en ce moment. Les choses ne vont sûrement pas mieux ca c'est sûr.

Mais pourquoi demander son avis à cette stupide populace inculte, alors que les bons technocrates savent si bien décider pour eux.

Écrit par : Boulet | 15/06/2008

L'Europe a prouvé, lors des dernières consultations des peuples français et néerlandais, qu'elle n'est pas une démocratie! Elle va le démontrer une deuxième fois en trouvant une entourloupe au non des Irlandais.
Et dire qu'en 1992, j'étais de ceux qui se réjouissaient de ce projet d'union européenne! Rassurez-vous, j'en suis bien revenu...Surtout ne jamais entrer dans ce Machin!

Écrit par : Olegna | 15/06/2008

Neuad Miscevic, philosophe croate, appelé souvent à s'exprimer sur la question de la souveraineté des états dans la construction de l'UE, définit l'identité socio-politique : sont membres d’une communauté (plus qu’un groupe) ceux qui sont capables de contenus émotionnels avec un aspect cognitif, du genre (« je sais que tu sais que je sais… »). Ce qu'on peut relever est que le non des peuples à l'UE révèle ce manque, justement.

L'habituelle comparaison de notre confédération à la formation européenne (en tant qu'états fédérés) en est un exemple! Comment conciliez-vous cette comparaison avec l'idée que vous avancez "Un continent qui réalise son unité culturelle et historique fondamentale, et qui s’en donne enfin les institutions."??

Ce paradoxe fonde surement la défiance des électeurs qui n'ont rien à gagner d'une sur-bureaucratisation; qu'on le veuille ou non, ils ne sont pas forcément des imbéciles qui n'y comprennent rien.

Etes-vous sûr que la Suisse existe, qu'elle constitue, à l’image de cette Europe, "aussi un Etat pluriculturel, fédérant des volontés de vivre ensemble à travers une culture politique commune."?? That's the question.

Les faits le démontrent tous les jours, dans notre vie qutodienne : la production (voire la surenchère) de lois par manque de valeurs ou de croyances communes (donc de comportements) ne caractérise jamais une communauté de destin.

On remarque d'ailleurs qu'en dehors de droits formels et de devoirs contraignants, on ne connaît pas d'échanges réels, pas de valeurs telles que l'amitié, la vraie reconnaissance d'autrui, la loyauté ou une recherche de la vérité au-delà de la violence légitimée par la force institutionnelle.

Au-delà de beaux discours, les actes font défauts. L'Europe des pistons, les gens n'en veulent pas, apparemment! N'est-ce pas de la sagesse? Une politique libérale (formule reprise par Fabius et Delanoë) avec une volonté de justice sociale, c'est certainement ce qu'ils attendent. Mais c'est l'inverse qui s'est produit (moins de justice, moins de liberté, plus d'administration, plus de pouvoir de petits chefs)... comme c'est le cas par ailleurs dans notre société.

Écrit par : Micheline Pace | 15/06/2008

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Mais on ne veux plus d'Europe!

C'est bien la chose que les gouvernement n'ont pas l'air de comprendre. En France, un scélérat, un traître, un dictateur, parce que c'est bien là les noms qui lui conviennent, a fait passé le traiter sans passer par le peuple alors que les français avait dit non au premier, et ce n'est pas les quelques petits aménagements qui les ont fait changé d'avis. On ne veut tout simplement pas de l'Europe. Et comme les dirigeant européens sont des voleurs de démocratie également, ils vont faire revoter les irlandais jusqu'a qu'ils acceptent ce traiter.

Tout ça pourquoi? Je vous le demande. Quelles sont les avantages d'être dans l'Europe? Au lieu de faire progresser les pays européens les plus bas, on a fait baisser les bon pays européens comme la France. Cela ne nous apporte rien de bon. L'Europe est la cause de nombre de nos soucis.


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Écrit par : jc | 15/06/2008

Le problème, je crois, c'est que tous les objectifs non économique que vous assignez à l'Europe peuvent très bien être atteints sans l'Europe bruxelloise, sauf la liberté des régions. Mais sur ce dernier point, je ne pense pas qu'il existe un consensus parmi les citoyens des pays européens. Les pays qui veulent donner de la liberté aux régions l'ont déjà fait (Allemagne, Espagne, Belgique etc).

Pour permettre des échanges culturels ou des collaborations scientifiques, des accords multilatéraux suffisent.

Bien sûr, cela ne permet pas de créer des "super" ministres européens jouant le rôle de gouvernement européen capable, comme vous dites, de parler au nom de toute l'europe aux puissaces du 21è siècle, mais est-ce que les gens veulent vraiment d'un Etat européen reléguant leur Etat national à sorte de canton suisse? La réponse, quand les citoyens peuvent s'exprimer, semble être non.

Donc, à quoi bon l'Europe, si ce n'est pour l'harmonisation économique, le seul but qui requiert impérativement son existence?

Écrit par : salut | 16/06/2008

Pour analyse le résultat irlandais il ne faudrait pas oublier à la fois les dimensions nationalistes et libérales (défense du dumping fiscal et social irlandais) du rejet du traité. Ne trouverais-t-on pas également dans le vote négatif un refus de perdre les avantages, bien réels dont a bénéficié l'Iralnde depuis son adhésion, au profit des nouveaux membres de l'Europe de l'Est ?
Ce nationalisme très présent dans le rejet français se retrouve également dans le vote irlandais. La nationalisme reste un facteur de guerre y compris au plan des régions, les guerres et conflits dans l'ex Yougoslavie avec comme horizon l'épuration ethnique l'illustre fort bien.

Écrit par : Pb | 16/06/2008

Vous avez mille fois raison de dire ce que vous écrivez sur votre blog aussi je me presse pour vous féliciter car vous etes dans le vrai il ne faut que ce soit l EUROPE des technocrates mais bien celle des peuples qui la composent c est pourquoi il faudrait commencer par faire des échanges d étudiants et des échanges entre peuples pour que l on puisse réunir cela dans un laps de temps très court et essayer dans la mesure du possible penser a donner du grain a moudre aussi bien économiquement que matérielement et en plus etre non pas des gens qui soient consultés périodiquement mais que dans toutes choses a faire qu il y est une action participative et que l on sente vraiment un BESOIN d EUROPE car CHINE-RUSSIE-INDE sont des pays qui sont grands et la petite EUROPE doit devenir la GRANDE EUROPE que nous aimons car la est le seul salut pour pouvoir avoir voix au chapitre.et parler d une seule voix

Écrit par : doudou | 16/06/2008

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