03/02/2009

Votations du 8 février, deux sujets en grand danger. Genevoises et Genevois encore un effort!


En période de crise, on redouble de méfiance.
Mais attention de ne pas se tromper d’objet.
Parmi les sujets de votation cantonale et fédérale, deux me semblent particulièrement en grand danger.
D’une part les bilatérales. La majorité populaire semble contre tout rapprochement européen de la Suisse. La voie bilatérale a été choisie pour néanmoins codifier les relations avec nos voisins, sachant que sur deux francs un est gagné dans les relations extérieures.
Si même les bilatérales ne trouvent plus grâce, comment alors organiser les relations avec nos voisins ?
Il n’y a pas vraiment autre chose de possible, dans la situation actuelle.
Moins que cela, cela n’existe pas ! A moins d’avancer la tête dans le sable.
Reste la crainte des plus de 50'000 frontaliers. Ce serait mensonger de nier les situations de sous-enchère salariale et de concurrence sur le marché de l’emploi, chacun-e en a été témoin.
Mais je pose la question : le refus des bilatérales n’y changera strictement rien.
SI ce ne sont pas les frontaliers ce seront d’autres catégories de travailleurs, de plus loin, même clandestins.
Car la cause est tout autre : dans l’absence de contrôles sur les places de travail, dans la difficulté d’imposer véritablement les conventions collectives, de lutter contre les employeurs moutons noirs. La faute n’est pas chez les travailleurs qui acceptent ces conditions, toujours meilleurs semble-t-il à ce qu’ils trouvent ailleurs (où la vie est nettement moins chère soit dit en passant) mais chez les employeurs qui pensent profit à court terme. L’économie craint qu’un non sorte des urnes, qui nous compliquera à tous la vie, mais elle doit absolument balayer devant sa propre porte et collaborer davantage avec l’Etat et les syndicats pour contrer efficacement la sous-enchère sociale bien trop répandue.
C’est cela la réponse aux craintes des Genevoises et Genevois et la fermeture des frontières n’y changera rien du tout. Nous sommes liés depuis des siècles à un arrière-pays frontalier, l’enjeu n’est pas dans la rupture des relations ou la non-relation mais dans l’organisation et la maîtrise des conditions de travail à Genève même.

L’autre sujet menacé est la possibilité du vote électronique. Les opposants à cette possibilité font comme si on allait introduire ce mode de vote demain. Cela est faux. On nous propose de modifier la constitution pour permettre, une fois que l’on aura encore bien vérifier toutes les conditions, de modifier la loi pour aller dans ce sens. Voici quelques décennies, l’abstentionnisme sapait la légitimité de beaucoup de votes. Les élus se contentaient d’un tiers de participants au vote, divers textes de loi ont été (mal)traités avec encore moins de votants. Intérêt et légitimité en baisse. Le vote par correspondance a inversé la tendance, et quoi qu’en pensaient les nostalgiques du seul bureau de vote, la tendance au désintérêt s’est inverse. La démocratie et les modes de vote doivent également aller avec leur temps.
Ces dernières années diverses expériences avec le vote électronique ont été mises sur pied. Il est intéressant d’observer que d’emblée, et dans toutes les communes qui se sont prêtées au jeu, qu’il s’agisse d’Anières ou d’Onex, 20% des électrices et électeurs ont opté pour ce mode de vote. Là aussi on ne comprendrait pas pourquoi on peut faire des payements par internet, réserver un billet d’avion, signer des contrats, bref gérer sa vie quotidienne et parfois d’importants flux d’argent, sans risque et complications (le e-banking, ça existe !!) et que pour les votations il y aurait mille et une certitudes ? Une chose est claire, s’il y a moyen de frauder, c’est au niveau du vote par correspondance. On peut prendre l’enveloppe du voisin qu’on sait absent, imiter sa signature, et le tour est joué,voter à la place de sa grand-mère qui ne s’y intéresse plus parce qu’à 90 ans elle se désintéresse, voter en famille… Tout cela est connu et pourtant personne ne pourrait revenir sur un mode de vote qui s’est complètement généralisé. Le vote électronique est bien plus sûr et constituerait le 3e pilier de notre expression démocratique. Alors pourquoi se priver d’y avoir recours, un jour ? Ce n’est rien d’autre que cela qui est proposé aux Genevoises et Genevois. Alors si on y a goûté comme c’est le cas des 8 communes qui ont fait les essais de ces dernières années, on n’a plus envie d’y renoncer !

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Commentaires

Cher René,
Merci pour cette mise au point sur la libre circulation.

En revanche, je ne partage pas ton avis sur le vote électronique.
A mon avis, la comparaison avec les achats et les opérations bancaires en ligne (que je pratique l'un et l'autre allègrement) est erronée. Lors d'une opération bancaire il faut que l'on puisse identifier celui qui l'effectue. Et que l'on puisse prouver que c'est bien lui et seulement lui qui l'a effectué. En revanche, avec le vote électronique, il faut à tout prix éviter que l'on puisse relier une personne avec ce qu'elle a voté, sous peine de perdre la confidentialité du vote.
Je pense que le vote électronique, sans forcément amener plus de monde aux urnes, pose un problème de principe: La confiance des citoyens dans le résultat du vote est transférée à des experts informaticiens, dont un simple citoyen ne pourra pas vérifier les dires. Aujourd'hui, si je veux contrôler qu'une urne n'a pas été bourrée avant le vote, je peux le faire moi-même (et n'importe quel citoyen sachant compter peut en faire autant). Demain, avec le vote électronique, je devrai faire confiance à un expert qui me dira "l'urne n'a pas été bourrée". Et je devrai le croire.
En outre, le sécurité du vote électronique reste très théorique. Une personne peut falsifier un résultat, sans que cela ne soit aperçu. Pour frauder un vote sur papier, même par correspondance, il faut des moyens autrement plus importants et qui ne passent pas inaperçu! Ou alors se limiter à quelques fraudes isolées (la grand'mère, le voisin absent, mais il sera difficile de frauder sur plus que 3 ou 4 bulletins...).

Je te recommande la lecture de cette analyse de la sécurité du vote à distance: http://www.sciences.univ-nantes.fr/info/perso/permanents/enguehard/perso/Enguehard_Legalis2008.pdf

Et, sur le même sujet: http://www.schwaab.ch/archives/2009/01/20/non-au-vote-sur-internet/

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 03/02/2009

Bien entendu l'UE est notre principal partenaire economique et il ne s'agit en aucun cas de s'en isoler.
Mais qui a dit que les echanges commerciaux devait forcement être lié a la libre circulations des personnes ou a des contraintes sur les transports empêchant par exemple de forcer les transalpines au feroutage (salut les verts pro-oui...)?

Même un renforcement des cct (couvrant moins de 50% des travailleurs) ne pourra pas prevenir un effet pervers: Avec un 'stock' d'employés illimité dont au moins les 3/4 gagne nettement moins qu'en Suisse, le salaire minimal tel que definit par une cct deviendra très vite le salaire 'normal' pour tous.

D'ailleurs votre appel a renforcer contrôles et cct est une reconnaissance implicite qu'il y aura plus de pression sur les salaires.

Quand au vote electronique, les coûts et le risque additionels en vallent ils la peine ? 20% des electeurs des communes pilotes ont opté pour ce moyen, très bien, mais la participation a-t-elle augmenté pour autant de manière significative ?

CE

Écrit par : Eastwood | 03/02/2009

@Eastwood: Vous savez pertinemment que la libre circulation n'est pas dissociable des autres paquets bilatéraux et qu'une renégociation se fera à perte.
Pourquoi souhaitez-vous une renégociation dont nous ne pourrons rien tirer de mieux que ce qui a été obtenu jusqu'à présent? S'il y a des lacunes à combler, il faut le faire au cas par cas et donc cantonalement. Mais pourquoi voulez-vous jeter le bébé avec l'eau du bain?

Sincèrement,

Q.

Écrit par : Quentin ADLER | 03/02/2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Longet,

sur le sujet bilatéral, j'ai bien peur que nous ne puissions être que séparé par un fossé.

Le vote électronique... je fais partie des opposants les plus farouches pourtant je suis ingénieur systèmes au civil. Pourquoi croyez vous que j'y sois tellement opposé ? Par goût de la contradiction ou par simple professionnalisme ? Introduisez le vote électronique et un jour vous devrez confier les résultats de votre vote à des gulus dans mon genre.

Au delà, vous occultez l'autre objet contenu dans la votation : la modification de l'article 48 , alinéa 4 de la Constitution qui confèrera la désignation des commission électorale au seul Conseil d'Etat. Donc non seulement vous concentrerez un outil incontrôlabe dans les mains d'une élite informatique, mais en plus vous accorderez votre blanc seing à l'Executif pour décider qui vérifiera les opérations électorales.

Sur ces deux points, je pensais qu'un homme, dont on dit qu'il est intelligent, comme vous aurait un peu de plus prudence et de réflexion. Je suis quelque peu déçu que vous suiviez aveuglément des consignes de vote sur un point aussi dangereux poru notre fonctionnement démocratique dans les générations qui viennent.

Toutes les avancées techniques ne sont pas synonymes de progrès. Dnas le cas d'espèce, il s'agirait plutôt d'une régression des droits élémentaires de tout citoyen. Nous ne sommes pas tous des ingénieurs en informatique M. Longet.

Sur ces bonens paroles, réfléchissez bien et en votre âm,e et conscience, je vous invite à cocher le non sur l'objet cantonal du vote par Internet.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 03/02/2009

Mr Adler

Qui a dit que "la libre circulation n'est pas dissociable des autres paquets bilatéraux et qu'une renégociation se fera à perte." ?

L'UE n'est pas une economie dirigée, elle ne se force pas a pratiquer des echanges commerciaux avec la Suisse parce que nous avons 'gentiment' signés les bilaterales. Et elle n'a part ailleurs aucune raison d'appliquer des 'sanctions' si on les rejettes le 8.

Vous imaginez l'UE dire a la Norvège 'mechant petit pays isolationiste qui n'a pas voulu adherer et qui n'a pas de bilaterales" que pour vous punir nous n'achèterons plus votre petrole et ne vous vendrons plus ni BMW ni grilles pain Moulinex. Ridicule !

Les bilaterales ne sont pas forcement une mauvaise chose, mais je vous trouve très conservateur frileux de ne même pas pouvoir envisager qu'il existe des voies plus favorable a la prosperité de la Suisse.

CE

Écrit par : Eastwood | 03/02/2009

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