16/07/2009

Calvin un homme gauche avant la lettre?


Au cours de cette année consacrée au 500e anniversaire de Jean Calvin, né à Noyon, France, le 10 juillet 1509, l’Eglise protestante de Genève nous a rappelé l’incroyable destin de cet étranger, cherchant refuge à Genève devant la persécution religieuse qui ravage son pays. Etrange destin en effet à la fois de cet homme et de cette Cité «pas comme les autres». Rencontre improbable, mais fondatrice d’identité.

Aujourd’hui les noms de «Calvin» et de «Genève» sont indiscutablement liés, voire pour d’aucuns synonymes. C’est tout de même un message assez extraordinaire en notre période de repli et de méfiance à l’égard de l’étranger: le destin de Genève a été fondamentalement changé, par l’action d’un étranger, d’un réfugié ! Et c’est à cette action que Genève doit sa vocation internationale, puisque adopter la foi de Calvin c’était adopter son exigence de la répandre de par le monde, c’était devenir la «Rome protestante ». Dès lors le destin de Genève était international avant d’être national, global avant d’être local.

Autre aspect de la réforme, sa substance même : la revendication de pouvoir lire la source de la foi, soit les Ecritures par soi-même, sans intermédiaire, médiateur, nécessité d’un interprète, la structure démocratique de l’Eglise, autant d’exigences en avance sur leur temps, à une époque où le libre-arbitre était loin d’aller de soi. Invoquer le devoir de résistance face à des autorités qui quitteraient leur seule légitimité qui est le service du bien commun, voilà qui reste fort actuel et fort progressiste.

Enfin, loin de sanctifier les gains faciles, et de légitimer le capitalisme en tant que tel («Enrichissez-vous» a été dit par d’autres, qui n’étaient pas guidés par des considérations spirituelles), le réformateur s’est battu contre les usuriers et pour un engagement fort à l’égard des pauvres. Solidaire et responsable, un socialiste avant l’heure ?

Il est tout à fait intéressant de réfléchir à ces parallèles. Une économie sans éthique, le grand commentateur de Calvin que fut André Biéler l’avait déjà dit, ne peut que conduire qu’au désastre. Nous ne pouvons que souligner ces fondamentaux: libre arbitre, responsabilités des tenants du pouvoir politique et économique, exigence éthique, devoir de résistance… merci à l’Eglise protestante de Genève de nous avoir permis de mieux apprécier l’actualité de Calvin. Toutes celles et tous ceux qui revendiquent des limites, une éthique de la responsabilité s’en sentent reforcés, et être de gauche c’est d’abord être cela.

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