22/05/2011

Gouvernements: élections à la proportionnelle?

L'idée d'élire les exécutifs à la proportionnelle resurgit, par le biais d'une proposition de loi de l'UDC. Eternelle tentation des minoritaires... qui a souvent effleuré aussi la gauche.


Actuellement se font face, dans les communes et les cantons, des gouvernements élus à la majoritaire et des parlements élus à la proportionnelle. Les inconvénients sont clairs: ce ne sont pas forcément les mêmes majorités qui se dégagent aux deux niveaux institutionnels. Et les minorités sont laminées par le scrutin majoritaire, n'ont donc guère de chances d'accéder à un exécutif.  Néanmoins, ayant personnellement expérimenté les deux modes de scrutin, je trouve que cette différence de mode d'élection, selon s'il s'agit d'un parlement ou d'une autorité exécutive est tout à fait justifiée.

Pour un exécutif, on vote pour des partis certes, mais tout autant pour des personnes. Elles jouent même le rôle décisif dans le travail au quotidien, car ce qui compte est la capacité de la femme, de l'homme candidat-e au poste d'en remplir les exigences: capacité d'écoute, de décision, de garder une ligne, de communiquer, d'être réaliste et innovant, rapidité, aptitude à distinguer l'essentiel de l'accessoire, bref tenir le gouvernail et garder le contact avec tous les acteurs. C'est la personne qui saura ou non incarner une ligne politique - mais la ligne politique seule ne saurait suffire. La proportionnelle gomme les caractéristiques des individus. La couleur politique passe clairement avant l'individu. Dans le scrutin majoritaire, c'est l'inverse.

Le scrutin majoritaire désigne les 3, 5 ou 7 premiers de classe, aux yeux du peuple, du moins de ceux qui ont décidé d'utiliser leur droit de vote. Il s'en dégage une relation personnelle, presque physique, entre le corps électoral et ses élus. Le choix personnel donne une légimité particulière, un devoir d'accessibilité aussi, un droit au contact direct. Les députés français également élus à la majoritaire et censés représenter tout l'éventail de leur circonscription sont un peu aussi dans ce cas, malgré leur fonction parlementaire: quand vous êtes élu à la majoritaire vous ne représentez pas un segment de l'opinion, une partie du tout, mais le tout. Tout un chacun doit pouvoir miser sur vous et l'art est de représenter chaque personne de son territoire tout en inscrivant ses demandes et attentes dans votre propre vision du monde. Le scrutin majoritaire demande donc de représenter la majorité voire la totalité de votre électorat... sans renier vos options et priorités. C'est justement là la définition de base de la représentation politique dans un gouvernement.

Enfin, même si les élus de la majoritaire peuvent être de partis politiques qui s'opposent, le fait même de leur élection les contraint à travailler ensemble. C'est une épreuve du feu, une aventure et il s'agit d'apprendre l'art du compromis par le haut, du "gagnant-gagnant" qui fait progresser chaque composante au lieu de multiplier les blocages et niveler par le bas les volontés.

Est-il judicieux d'obliger par une élection à la proportionnelle tout le spectre politique à cet exercice de cohabitation? De mettre UDC et Solidarités, Verts et MCG obligatoirement dans tout exécutif, car je parie que le corollaire de la proposition de l'UDC sera d'élargir les exécutifs communaux de 3 à 5 membres... La cohabitation de personnalités d'extraction différente est déjà un exercice délicat - mais ils ont été élus pour ça... faire élire les gouvernants au suffrage de liste et donc occulter les personnalités et leurs capacités intrinsèques, organiser des élections pratiquement sans surprise (car si on connaît les forces des partis, le nombre de leurs élu-e-s, voire leur nom, est facilement prédictible), garantir une place à tous les partis ou presque, c'est à coup sûr rendre la politique illisible. Où est le gouvernement, où est l'opposition? Chacun est partout, à la fois dedans et dehors. Non je préfère que ceux qui arrivent à rassembler des majorités gouvernent, qu'ils soient surveillés par une opposition inventive et dynamique, et que si les mécontentements s'accumulent, la  fois suivante les électeurs aient la possibilité de changer d'équipe. Avec la proportionnelle au gouvernement, les changements d'équipe sont nettement plus difficiles et la relation d'humain à humain moins forte. L'UDC qui semble affectionner les solutions tranchées veut-elle noyer les exécutifs dans la mélasse et serait-elle déjà si fatiguée de son rôle d'opposante pour vouloir s'offrir par un amendement constitutionnel une rente de situation ?

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Commentaires

Vous plaisantez. Depuis quand ce seraient les premiers de classe qui auraient été élus au Conseil d'Etat ou aux conseils administratifs? Certains élus étaient à peine connus des électeurs. Ce sont les ententes et les alliances qui ont propulsé les dirigeants là où ils sont, même si certains ont des qualités indéniables. Les dernières élections ont prouvé que par des alliances sans aucune base rationnelle, certains ont remporté la victoire. A mon avis, et si vous êtes pour la promotion de la qualité, vous devriez être de mon avis,il devrait y avoir une liste unique avec le nom de tous les candidats à l'exécutif, avec mention de leur appartenance politique. Les électrices et électeurs n'auraient plus qu'à cocher les candidats de leur choix avec un maximum correspondant aux postes à pourvoir.Mais vous ne le voudrez pas, car votre promotion de la qualité par le système majoritaire n'est qu'un leurre, auquel vous tiendrez tant que vous parviendrez à constituer une majorité avec une extrême gauche qui ne vous ressemble guère, pas plus que des Verts qui soutiennent régulièrement la droite, contre vous, au Parlement.

Écrit par : mauro poggia | 22/05/2011

Que je sache le premier de la classe du dernier scrutin du CA s'appelle MCG dans la quasi totalité des bureaux de vote de la ville.Malheureusement ce système (votre dernier rempart d'ailleurs) l'a privé d'un, voire deux sièges à l'exécutif. Vous trouvez normal que le parti qui a obtenu le plus grand nombre de voix n'a aucun siège et celui qui a obtenu le plus mauvais résultat se trouve représenter à l'exécutif? Quelle logique!

Écrit par : Amar | 22/05/2011

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