14/08/2011

La dette financière et la dette écologique

La crise de l'endettement frappe de nombreux Etats. Hier la Grèce, on pouvait en rire sous cape, stigmatiser de manière réductrice et choquante "le népotisme et le gaspillage propre aux climats chauds"... Aujourd'hui c'est au tour de l'ex-première puissance mondiale, les Etats-Unis d'entrer dans la spirale descendante. Notons que ce n'est pas la première fois, de loin pas, voici quelque temps c'était le surendettement des privés stimulé à tout va par les banques qui avait déjà causé une grave alerte sur l'économie mondiale. La particularité de la crise américaine est qu'elle n'est pas seulement économique mais aussi politique.


Les extrémistes regroupés autour du mouvement de la Tea Party se réjouissent de ce que l'Etat soit affaibli par manque de moyens. Ils font tout pour qu'il se vide de sa substance. Ils veulent un Etat  indifférent et impuissant en matière d'assurances sociales, de protection des travailleurs, d'engagement de chômeurs et sans fonction redistributrice. Ce faisant ils nient à la base le projet démocratique et émancipateur d'égalité de chances et détruisent toute la mythologie  du "rêve américain". Pire encore, ils veulent que l'Etat se retire de ses tâches structurantes, que ce soient les programme de promotion de la santé, d'infrastructures (souvent en piteux état, voire dignes du Tiers Monde), de formation même, pourtant conditions cadre majeures de la performance économique d'un pays. Ce faisant ils asphyxient ce qu'ils croient servir, la capacité concurrentielle des entreprises. Ce sont les gouverneurs républicains proches du Tea Party qui ont cassé les projets d'Obama de redonner vie au chemin de fer aux Etats-Unis et de réduire par là un peu la dépendance pétrolière, en renonçant au nom du mode de vie américain aux projets de TGV prévus dans plusieurs Etats.  Et cerise sur le gâteau, les chanceux, les riches sont délivrés de l'essentiel de l'impôt et l'Etat ne sert pratiquement plus qu'à faire la guerre. Or ce sont bien les aventures militaires américaines de ces 20 dernières années qui ont creusé le déficit des finances publiques de Washington, et pas les dépenses sociales, merci à la dynastie Bush, père et fils et en avant pour une société de plus en plus inégalitaire et privée d'espoir.  A ça, la Tea Party ne veut pas toucher.

Avec une Amérique malade davantage de ses fantasmes que de son économie en elle-même, dans quelle direction va aller le monde? Car à la dette financière s'ajoute la dette écologique. Si on peut par des décisions politiques gérer dans une certaine mesure les dettes (finalement dans les années 1990-2000 on a "effacé" politiquement par des accords pas mal de dettes de pays du Tiers Monde) et résoudre les obligations de remboursement avec un peu de bon sens, la dette écologique n'est, elle, pas négociable. Elle consiste à dépasser par notre façon de produire et de consommer la capacité de produire des ressources (eau, air, sol cultivable, biodiversité, océans, climat, minérais, énergie fossile etc) de la nature et sa capacité de digérer nos déchets et rejets. Cette capacité est dépassée depuis plusieurs années et cette situation est attestée notamment par des relevés annuels comme l'Indice Planète Vivante du WWF. En Suisse, un rapport publié par la Confédération en 2006, appelé L'empreinte écologique de la Suisse, relevait que nous dépassions de 3 fois ce à quoi nous avions droit, en termes d'usages de ressources planétaires. Autrement dit, nous vivons à crédit - et là, aucun accomodement, aucun échelonnement des "remboursements" possible.

Chacun connaît ces faits et chacun sait que nous devons apprendre à produire et à consommer autrement. Nous sommes capables de construire des véhicules qui consomment 5 à 10 fois moins que la moyenne pour la même performance.  Idem pour les bâtiments. Nous savons ce qu'il faut faire: organiser autrement la mobilité, assainir notre parc immobilier, passer d'une économie qui tire son profit de l'obsolescence organisée et du prêt-à-jeter à une économie de la réparation et du réemploi (économie de la fonctionnalité), valoriser les énergies renouvelables. Reste que cela coûte et qu'avec la crise financière il va être encore plus difficile de financer la pourtant essentielle transition écologique.

C'est là que les mécanismes pervers des deux dettes (financière et écologique) se rejoignent. Catastrophe programmée alors? Non il est temps de se rappeler d'une piste de financement très efficace: la taxe sur l'énergie. En augmentant les prix, elle fait d'une pierre duex coups: on dissuade le gaspillage et on accumule des fonds. Ces fonds sont affectés à des investissements permettant de réduire la consommation d'énergie, donc les besoins! Donc excellente façon de financer cette transition indispensable sans faire appel à des fonds publics de plus en plus sollicités. C'est le consommateur qui qui paie cette transition par le biais de sa consommation. Mais attention, cette baguette magique ne l'est que si le consommateur peut sans peine réduire sa consommation, sinon gare aux distorsions sociales. Dans notre vie quotidienne, cependant, les occasions de réduire nos dépenses énergétiques sont légion, il suffit de passer une de nos journées ordinaires  en revue. Alors quitte ou double: soit on décide de consommer moins, on ne voit alors pas d'effet de la taxe sur son portemonnaie (l'effet d'un prix plus élevé est neutralsé par le fait qu'on consomme moins) et le but énergétique est atteint, soit on décide de ne rien changer, et on co-finance alors la transition énergétique. Si ce n'est pas du "win-win", ça... Et au niveau de la production on pourrait très bien taxer aussi les bénéfices souvent exorbitants des compagnies pétrolières dans le même but!

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Commentaires

Beaucoup de Suisse disent et ils sont nombreux,ça y'est ceux rentrés de vacances vont nous ressortir la fameuse crise et leur dépenser moins,demandez à ceux qui n'ont déjà pas grand chose de dépenser moins et vous verrez leurs réactions qui pourraient bien faire boule de neige depuis l'Angleterre,mais peut-être est-ce le but recherché par tous ceux partis malgré la crise et revenus pour faire la morale à ceux qui ne peuvent pas partir et ce pour moults raisons,qui sait!

Écrit par : caramel | 14/08/2011

Finalement, vous devriez être pour la solution des Vert'Libéraux, taxer l'énergie non-renouvelable sans matraquer les concitoyens en supprimant la TVA. Les consommateurs redeviennent des concitoyens responsables, l'état ne s'en porte pas plus mal mais la direction reprend le bon cap.http://www.vertliberaux.ch/tecontretva.htm. Ce n'est pas une taxe de plus mais une taxe simplifiée à la place d'une daube sans nom.

Écrit par : Claude-Alain Chollet | 22/08/2011

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