11/12/2011

Entre TCOB et Escalade: solidarité avec le Tibet

Notre pays peut être fier de deux choses. Il a été un des premiers à oser reconnaître le gouvernement de Mao. Et il a été un des premiers à accueillir les réfugiés tibétains, qui, dix ans après la victoire de Mao, ont dû affronter les rigueurs de l'hiver himalayen qui ne devait alors rien au changement climatique. En prenant mille risques, ils ont suivi leur symbole national, le Dalai Lama, qui comme il le dit dans sa magnifique autobiographie Ma terre en mon peuple, dont je recommande chaleureusement la lecture, a dû déjouer un très vilain complot de l'armée chinoise qui occupait son pays depuis 1951. Tiens ça fait juste 60 ans... Dans ce bel ouvrage, le leader tibétain raconte avec une très grande sincérité les efforts qu'il a déployés, dans la fraîcheur de sa jeunesse, pour dialoguer avec les envahisseurs, prenant au pied de la lettre les discours de libération des peuples des dirigeants chinois, décrit comment il a essayé de cohabiter avec les Chou-En-Lai et autres grands du maoisme, dont  la dialectique retorse ne lui laissait aucune chance; il n'a pas été dupe, mais dont en bouddhiste qu'il est il a fait appel à leur âme humaine, leur être profond. En vain.


La révolution culturelle a été le paroxysme d'une destruction qui ne peut, et encore, être comparée qu'à l'élimination des Indiens Américains par une colonisation toujours plus violente, au cours du 19e siècle. 90% des temples, des trésors culturels ont tout simplement été taillés en pièce. Du reste, pas seulement au Tibet. Puis cela a été une succession de hauts et de bas, des années d'ouverture au tourisme et de mise en avant du folklore tibétain en échange de monnaie étrangère sonnante et trébuchante, suivis d'années de répression ouverte, féroce, noire: 4 ans de travaux forcés pour avoir été pris une photo du Dalai Lama en poche... Et des torrents de diffamation émanant des dirigeants chinois. Le Dalai Lama, un théocrate, alors qu'il a tout fait jusqu'à mettre fin, au grand dam de son peuple, tout récemment, à ses fonctions politiques, et pour promouvoir des institutions démocratiques parmi les Tibétains en exil, qui feraient honneur à la Chine si elle s'en inspirait, et qui rendent envieux les dissidents chinois. Le Dalai Lama, un séparatiste, alors qu'il ne fait que réclamer que la soi-disante région autonome du Tibet soit vraiment ce qu'elle prétend être, une région autonome du vaste empire chinois.

Notre solidarité est donc ancienne, entre le peuple suisse et le peuple tibétain. Pour moi, cette cause représente toutes les luttes de tous les peuples qui sur cette Terre sont privés de leurs droits. Alors que j'étais parlementaire fédéral, j'ai fondé avec des collègues de tous les partis le Groupe parlementaire d'amitié Suisse-Tibet et nous avons protesté haut et fort quand le Conseil fédéral refusait obstinément de serrer la main du Dalai Lama. Nous sommes neutres, mais n'exagérons pas: que comptent les droits humains face aux promesses commerciales avec un marché de 1,5 milliards de consommateurs potentiels, nous disait-on... Comme député au Grand Conseil, j'ai fait voter des prises de position à notre parlement, contre l'avis de ceux qui ne voient que le fric, toujours le fric, prêts à trahir nos idéaux pour une bouchée de pain, dont ils n'ont par ailleurs pas besoin. Et comme maire d'Onex, je suis fier d'avoir fait arborer par ma commune, après le drapeau onésien et le drapeau suisse, le drapeau de ce peuple qui a toujours revendiqué ses droits sans jamais verser d'autre sang que le sien. Puis maintenant, comme président de mon parti, c'est avec fierté et plaisir que je me rends aux manifestations qui sont régulièrement organisées par les communautés tibétaines de Suisse. Tiens, encore ce samedi, ils étaient plusieurs centaines à avoir fait des heures de déplacement de toute la Suisse pour crier leur espoir et leur désespoir à la face du Palais des Nations. Etre parmi eux, avec eux, va pour moi de soi. entre l'émouvante inauguration du TCOB et le cortège de l'Escalade, une présence solidaire, un message d'humanité.

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Commentaires

J'ai du mal à comprendre comment une personne se réclamant du socialisme peut soutenir un roitelet déchu dont les principes de gouvernance d'un pays relèvent de la pure théocratie.

Écrit par : Alain Noula | 11/12/2011

Cher Monsieur Noula
Avant de hurler avec les loups et de vous jeter sur votre ordinateur merci de lire jusqu'au bout. La réponse à votre commentaire se trouve dans le texte. Informez-vous auprès du bureau du Tibet à Genève, sur le site internet du gouvernement en exil. Soyez en désaccord avec ma position mais sur des arguments qui tiennent la route. Parler de théocratie est tout simplement faux.
Cordialement

René Longet

Écrit par : longet René | 12/12/2011

Mes arguments tiennent parfaitement la route, et ce ne sont pas les sites "d'information" officiels des théocrates qui vont diminuer leur valeur.

Le Tibet, lorsque votre Dieu vivant était au pouvoir, pratiquait la torture, des amputations punitives. Les opposants politiques, par exemple, avaient les yeux crevés... Et c'est ce régime-là que vous souhaitez voir revenir au pouvoir !

Écrit par : Alain Noula | 12/12/2011

De jeunes moines tibétains se sont immolés récemment dans différentes régions du Tibet et en Chine.

Les suicides des moines tibétains sont-ils différents dans leur sens profond des suicides des autres jeunes gens à travers le monde qui luttent pour leur propre survie, face à une globalisation qui ne leur laisse aucune possibilité d’expression autonome, ni aucun avenir possible ?

Mohamed Bouazizi, ce jeune tunisien qui s’immola par le feu en décembre 2010 et qui fut ainsi à l’origine du printemps arabe et du mouvement des jeunes indignés à travers le monde, ignorait lorsqu’il accomplit son geste, qu’en réalité il était aussi tibétain et probablement palestinien, israélien, espagnol, indien, italien ou grec……. Car désormais, tous les individus indignés ou opprimés, condamnés à l’uniformité d’une vie sans espoir, se rejoignent pour nous délivrer un message commun : la souffrance humaine n’a pas de frontières.

Écrit par : EvelyneVuillermoz, Sémiologie culturelle Appliquée- genève | 12/12/2011

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