29/12/2011

Politique: où a passé le centre?

Durant des générations, la Suisse semblait immuablement arrimée au centre-droit, le navire étant gouverné par les frères ennemis issus du Sonderbund et des conflits religieux du 19e siècle: les radicaux et le PDC. Aux ailes, à gauche le PS, à droite l'UDC.

L'asservissement de la tranquille force d'appoint du parti institutionnel radical qu'avait été l'UDC durant 50 ans à la stratégie de rupture: de l'image de la Suisse, de la paix sociale et du consensus, voulue par le millionnaire Blocher a passablement changé la donne.

Symétriquement, le parti radical a subi une mue semblable, passant d'une force s'identifiant avec l'Etat dans ses diverses dimensions, y compris redistributrice et garante de l'égalité de droits et de chances, à l'affirmation d'une idéologie néo-libérale à la mode, fondée sur la lutte de tous contre tous, et de plus, à armes inégales.

Après 30 ans de ce tourbillon, qu'est-il advenu du centre?


Les élections de cet automne ont donné un message clair: le peuple suisse a donné un coup d'arrêt à la fois à la politique ultra-libérale en termes économiques, conservatrice au niveau de la vie individuelle et de repli sur soi pour le pays, prônée par l'UCD, et à celle éduisant l'Etat à la portion congrue prônée par le PLR.

Ils ont favorisé le  centre, valorisant les dissidents tant de l'UDC (le PBD) et des Verts (les Verts libéraux).

Mais quelque 20 nouveaux sièges pour ces nouvelles formations, si c'est un chamboulement à l'échelle de notre pays (tout de même 10% du Conseil national), cela ne suffit pas pour assurer un ancrage à une politique différente.

Demandons-nous mainentant ce que cette politique différente doit assurer:

- une capacité de l'Etat à assumer son rôle de garant de l'intérêt général: Pour cela, il doit tout d'abord exister, avoir un certain prestige social, être reconnu dans sa légimité, avoir les compétences pour agir, être indépendant des lobbies économiques

- une volonté d'assurer l'égalité de chances et de droits, essence de la démocratie qui ne peut admettre que les inégalités de naissance réduisent à néant les promesses des droits fondamentaux et des Droits de la personne humaine, il faut donc des politiques compensatoires

- une sécurité sociale fondée sur des cotisations équitables, assurant sans jamais être un oreiller de paresse que toute personne connaissant des difficultés à pourvoir à ses besoins par son travail ne devienne pas un paria et se retrouve littéralement à la rue, que les principaux risques de la vie soient équitablement couverts, enfin qu'après avoir donné beaucoup aux autres on puisse jouir d'une retraite convenable

- un regard sur la répartition des revenus, les choix de politique économique, pour assurer que la spéculation, l'argent mal gagné voire délictueux ne pollue par trop la sphère productive.

Ces affirmations sont au coeur de la raison d'être de l'Etat, du politique. Durant un bon siècle, elles ont nourri le radicalisme historique, qui ose s'en rappeler fut une fois révolutionnaire avant de finir rentier. Jusque dans les années 80 et 90, des radicaux ont lutté pour occuper cet espace de la nécessité, pour incarner cet intérêt général qui est l'axe structurant et légitimant du politique. Le néolibéralisme a eu le dessus, et la fusion avec les libéraux a consacré sa victoire.

Avec qui et comment dès lors retrouver cet axe central, dont la société a urgemment besoin, comme des mouvements tels les Indignés nous le rappellent chaque jour?

Le PBD, les Verts libéraux, les Verts, le PDC ne sont-ils pas les candidats légitimes à répondre à cet appel de retrouver un axe fort, républicain, terrain que le PLR a déserté, et que, dans sa nouvelle dénomination, il a presque vocation à déserter? Et que l'UDC, de son côté,  plus proche désormais des Républicains américains que de la République à l'européenne, fait également tout pour saper.

Reste le PS. Remarquablement dynamisé par l'équipe mise en place par Christian Levrat, concret, proactif, défenseur de toujours des valeurs républicaines d'un Etat régulateur et redistributeur, mais aussi de l'économie réelle et productive grugée et volée par l'économie spéculative et prédatrice, ce parti a désormais un rôle clé à jouer: être cet axe fort, structurant, du pays dont l'électorat réclame à juste titre l'émergence, jouer ce rôle de pôle républicain que le PLR a abandonné et que l'UDC torpille.

Les élections du Conseil fédéral ont montré qu'une telle majorité existait au Parlement. Elle s'est manifestée dans la pratique, il  lui reste à formaliser son existence sur la durée à travers des projets et des programmes pour que cette législature soit celle de la reconstruction des liens entre l'Etat et la société, entre les citoyennes et citoyens et l'Etat, pour que nous ayons à nouveau des raisons d'avoir confiance et que nous nous sachions respectés et défendus.

 

 

 

 

 

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Commentaires

Deux partis, historiquement, ont incarné en Suisse le sens de l’État: les radicaux (bien avant leur stupide slogan "Moins d'Etat" des années 80), et les socialistes. Le drame, pour ces derniers, étant hélas l'éternelle tentation du "Trop d'Etat". Aujourd'hui, la galaxie polymorphe que vous nommez "Centre" n'incarne ni le sens de l’État, ni la capacité de se projeter sur autre chose, au niveau fédéral, que des combinaisons ministérielles. C'est la Quatrième République. Rien de bon, pour le pays, ne peut en sortir. Vous avez donné au pays de très grands hommes, comme Tschudi. Les radicaux, aussi, comme Delamuraz. Aujourd'hui, où sont-ils?

Écrit par : Pascal Décaillet | 29/12/2011

Où est passé, s'il vous plait, M. Longet.

Écrit par : Veau Gela | 29/12/2011

le centre , le seul c'est le PDC

Écrit par : lance | 29/12/2011

Aujourd’hui, les grands hommes font des affaires, M. Decaillet.

Malheureusement nous ne sommes plus gouvernés par les élites de la nation qui ont compris depuis longtemps qu’il y a des carrières plus commodes et lucratives à faire ailleurs.

La médiatisation, la personnalisation et la peopolisation de la vie politique pourraient bien figurer parmi les raisons qui nous conduisent à cette situation effectivement regrettable. Non ?

Écrit par : Vincent | 29/12/2011

Où est passé le quoi ?
M. le président vous fumez trop de Cenovis. Vous savez pourtant bien que le centre ça n'existe qu'en géométrie euclidienne, pas en politique.
Heureux de votre prochain retour à la réalité
Bonne année
cordialement
p.l.

Écrit par : pierre losio | 30/12/2011

Eh bien que voilà quelques commentaires intéressants:
- Je pose la question "Oû a passé le centre?", étant entendu qu'on parle politique fédérale et pas cantonale ni municipale, et Pierre Losio (je n'aime pas beaucoup le Cénovis.. alors ça a dû être autre chose?) répond qu'il n'a jamais existé. Quant à la "réalité", elle se change, en cas de besoin. Et il y a bien besoin...
- Pascal Décaillet partage l'analyse que le PLR a fait le mauvais choix de déconstruire et de dénigrer ce qui faisait sa fierté, l'Etat républicain, mais ne donne pas crédit au PS de prendre la relève de ce même Etat, pourtant indispensable. Question: qui alors le fera??
- M. Lance croit que le PDC y arrivera seul. Au vu des résultats électoraux on peut en douter.
- Enfin M. Vincent pense que les grands hommes préfèrent de nos jours brasser de l'argent plutôt que de relever le défi de notre avenir commun, qui passe notamment par la domestication des flux financiers. Dans ce cas cher Monsieur ceux que vous qualifiez de grands hommes n'en sont pas. Est-ce que Churchill, de Gaulle, Gandhi ou Mandela, ou d'autres de cet acabit, ont regardé leur compte en banque avant de s'engager pour leur peuple et notre avenir?
Ma question est simple: il faut un axe structurant de la politique, autour d'un projet partagé. UDC et PLR se sont sortis du jeu de la construction de cet axe. Il faut un Gouvernement qui ait un vrai appui du Parlement, fondé sur un programme négocié. C'est cela qui manque, mais on n'en est plus très loin et je me réjouis qu'on puisse progresser dans ce sens. C'est pour moi cela le message des élections du 23 octobre et du 14 décembre. Et le PS à travers son histoire, ses valeurs, son programme - tout comme les Verts d'ailleurs, cher Pierre Losio, est dans cette dynamique et pas à côté à regarder passer les trains voire à vouloir les faire dérailler...

Écrit par : rené Longet | 30/12/2011

J'aime bien le cenovis, mais j'ai jamais pensé le fumer. Il faut que j'essaie.
Le Centre c'est tout simplement un ensemble de gens de bonne volonté qui décident de se mettre d'accord sur un projet politique qui rende a l'Etat son rôle. Le Centre est le meilleure dénominateur commun pour imaginer une vraie fonction de l'Etat. Je rejoins Monsieur Decaiillet dans son combat pour remettre l'Etat a sa juste place. Au dessus de tous, défendant des valeurs et des principes.
Le centre peut changer de composition, mais il existe obligatoirement. Il varie. Par exemple, lors de la discussion du budget, le centre était constitue du PLR, du PDC et des Verts. Vous remarquerez, et c'est une coquetterie de ma part, qu'obligatoirement le PDC ferra toujours partie de cette coalition.
Le PLR ayant décide que l'Entente n'existait plus (a cause d'une certaine élection), et étant charme par le chant des sirènes MCG et UDC, le nouveau centre pourrait être le PDC et les Verts.
Donc tout change, rien ne change et Piere Losio a quand même raison. Le Cenovis c'est super.

Écrit par : Bertrand Buchs | 30/12/2011

J'aime bien le cenovis, mais j'ai jamais pensé le fumer. Il faut que j'essaie.
Le Centre c'est tout simplement un ensemble de gens de bonne volonté qui décident de se mettre d'accord sur un projet politique qui rende a l'Etat son rôle. Le Centre est le meilleure dénominateur commun pour imaginer une vraie fonction de l'Etat. Je rejoins Monsieur Decaiillet dans son combat pour remettre l'Etat a sa juste place. Au dessus de tous, défendant des valeurs et des principes.
Le centre peut changer de composition, mais il existe obligatoirement. Il varie. Par exemple, lors de la discussion du budget, le centre était constitue du PLR, du PDC et des Verts. Vous remarquerez, et c'est une coquetterie de ma part, qu'obligatoirement le PDC ferra toujours partie de cette coalition.
Le PLR ayant décide que l'Entente n'existait plus (a cause d'une certaine élection), et étant charme par le chant des sirènes MCG et UDC, le nouveau centre pourrait être le PDC et les Verts.
Donc tout change, rien ne change et Piere Losio a quand même raison. Le Cenovis c'est super.

Écrit par : Bertrand Buchs | 30/12/2011

"Enfin M. Vincent pense que les grands hommes préfèrent de nos jours brasser de l'argent plutôt que de relever le défi de notre avenir commun, qui passe notamment par la domestication des flux financiers. Dans ce cas cher Monsieur ceux que vous qualifiez de grands hommes n'en sont pas. Est-ce que Churchill, de Gaulle, Gandhi ou Mandela, ou d'autres de cet acabit, ont regardé leur compte en banque avant de s'engager pour leur peuple et notre avenir?"

Je ne qualifie personne et je ne fais aucun jugement de valeurs, je réponds simplement à P. Decaillet qui demande où sont passés ces grands hommes. Votre incapacité à me citer des grands hommes autres que du passé semble d'ailleurs me donner raison.

Aujourd'hui, il faut, selon moi, être un peu "maso" (ou exhibitionniste) pour se lancer dans une carrière politique ou, pour exister, il est obligatoire d'être aussi politicaly correct que médiatiquement compatible...
Sans compter que si les hommes politiques (qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre !) possédaient vraiment le pouvoir de remettre en question l'ordre établi, ça ce saurait.

Écrit par : Vincent | 30/12/2011

Pour compléter ce débat qui fait rage (!), je me dois d’ajouter que j’ai beaucoup d’admiration pour celles et ceux qui, aujourd’hui à l’ère du chacun pour soit, s’engagent en politique. Bravo à tous ceux qui, quelques soient leur conviction, sont prêt à donner de leur temps et de leur énergie pour participer véritablement à l’organisation de la vie de leur communauté. Et ce d’autant que comme pour les sports populaires, il y a nettement plus d’appelés que d’élus et rare finalement sont celles et ceux qui atteindront les sommets. Non les hommes et femmes politiques sont une (autre) espèce en voie de disparition et rien que pour cela, ils méritent notre respect et notre gratitude.

Je me demande toutefois, en réponse à la question de P. Decaillet, si toutes les conditions sont réunies pour motiver les esprits les plus brillants de notre pays à s’engager en politique plutôt que de choisir des carrières différentes où ils seront plus libres, plus riches et même, parfois, plus puissants.

Quoi qu’il en soit et pour en terminer, je suis convaincu qu’avec les impasses dogmatiques que connaissent tant la droite que la gauche, nous avons véritablement besoin aujourd’hui de porter au pouvoir des femmes et des hommes libres de tout préjugés, attachés à aucun lobby ni groupe de pression, pragmatiques et donc ouverts à toute bonnes idées, d’où qu’elles viennent. Et si alors, c’est cela le centre, il est bon d’imaginer que demain les femmes et hommes élus sous cette étiquette seront capables de guider notre société en misant enfin (et contrairement à certains partis populistes et aux médias auxquels ils seront pourtant soumis) sur un nivellement par le haut qui reste le seul moyen d’envisager l’avenir de nos enfants avec sérénité.

Écrit par : Vincent | 01/01/2012

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