15/04/2012

Pas d'alternative au Parlement régional

Parler aujourd'hui de politique régionale, d'agglo, fait sourire, hausser les épaules, voire baîller. Autrement dit, pas grand monde n'y croit. Cela semble lointain, technocratique, utopique, pas crédible. Et pourtant: il n'est pas concevable de régler nos problèmes autrement qu'en organisant le vivre ensemble sur le périmètre géographique concerné, qui est bien celui de la région franco-valdo-genevoise.

Quand même des députés UDC vivent de l'autre côté de la frontière, quand 20000 résidents du canton l'ont quitté pour habiter en France, il est temps d'ajuster le pays légal au pays réel, de faire évoluer la géographie politique. Les frontières ne sont pas immuables, Genève après son aventure napoléonienne a été augmentée de morceaux de territoire pris aux royaumes de France et de Savoie: les Communes réunies. Et la réalité y a fait ajouter une zone-tampon, la zone franche, une petite d'abord, une grande ensuite - quand la Savoie est devenue française. Aujourd'hui des courants d'opinion veulent faire fi de l'histoire, et sacraliser les frontières. Couper les ponts entre Genevois, Français et Vaudois, voilà qui est utopique, irréaliste, et pour le peu qui en est faisable, destructeur, tant les liens, depuis 500 ans, sont étroits.On peut dénoncer Schengen et vouloir contrôler strictement tous les points de passage. Mais les premiers à s'insurger contre les temps d'attente et les bouchons décuplés qui en résulteraient seront ceux-là même qui les auront réclamés. On peut inciter les communes françaises à taxer fortement les personnes qui y prennent résidence en venant de Genève. Mais ces personnes n'arrivent plus à se loger à un prix acceptable à Genève... Et ceux qui font campagne contre les frontaliers à Genève sont-ils capables de promettre que jamais ils ne font leurs courses en France? On le voit, se tourner le dos n'est pas viable, ce n'est qu'une hypocrisie, qu'une façon de mettre la tête dans le sable.

Qu'on ne s'y trompe pas: si les uns s'accomodent des exaspérations réciproques et les minimisent, si d'autres les attisent car c'est leur raison d'être politique, d'autres encore, dont nous sommes, veulent promouvoir une régulation, une capacité de gérer ensemble un destin commun et arrêter  la surenchère des contradictions et des frustrations.


Aujourd'hui on essaie péniblement de coordonner des politiques publiques, de transport, de santé, de sécurité... On y arrive cahi-caha. Mais on ne gère pas un bassin de vie ainsi. Aujourd'hui chacun suit son intérêt, cherche du logement ici, du travail là, consomme où c'est le plus avantageux, en raison des différentiels des coûts de production, de gestion, des salaires, du terrain, de la vie. Mais on sait aussi que, si la gestion d'un territoire limite son ambition à ce que chacun suive son intérêt personnel, et se débrouille comme il peut, cela peut déboucher sur une cacophonie collective et une montée des distorsions. Et c'est bien ce qui arrive dans notre bassin de vie commun, avec pour résultat d'opposer de plus en plus les populations les unes aux autres, et donc de rendre plus difficile leur adhésion à des solutions envisageant de mieux vivre ensemble, tant devient grand le désir illusoire du chacun pour soi.


Pour briser ce cercle vicieux, il n'y a pas d'alternative à la définition, sur un périmètre donné, d'institutions nouvelles. Non pas une couche technocratique de plus, un "machin" consultatif réduit aux inaugurations et aux petits fours. Mais un parlement régional élu au suffrage direct sur tout le périmètre, auquel par traité les deux Etats concernés, la Suisse et la France, auront attribué des pouvoirs de décision, de régulation des conditions de vie: fixation des conditions de travail, de salaires minimum, contrôle des abus en matière de prix des terrains, aménagement du territoire, planification des équipements publics, vision d'avenir économique concertée... et surtout transparent, débattant ouvertement, composé d'élus choisis par la population de l'ensemble du territoire concerné. C'est parfaitement possible, il suffit de le vouloir.

En 1972 la Suisse et la France s'étaient mis d'accord pour créer le comité régional franco-genevois (CRFG), instance de concertation précieuse mais aujourd'hui largement insuffisante, et pour instaurer l'imposition à la source des frontaliers avec retour d'une partie des recettes à leurs communes de domicile. 1972, cela fait 40 ans! Mais qui va proposer aujourd'hui ce qui demain va paraître une évidence? Certainement pas le MCG ou l'UDC, ils vivent du problème, pas de sa solution. Quand on est contre le CEVA ou le salaire minimum, il y a peu d'espoir qu'on remplace la vocifération et la dénonciation par des propositions utiles aux gens qu'on prétend défendre. Le PLR ou le PDC? Le premier est par définition pour moins d'Etat et contre la régulation, et s'il y a eu dans les années 90 un Guy-Olivier Segond qui, aux côtés du Mouvement européen, avait proposé exactement cette solution, la mémoire historique du PLR fusionné ne va pas jusque-là, et peu de miracles sont à attendre de ce côté-là. Quant au PDC naguère régionaliste parce que européen et centriste, on n'y a  pas vu surgir la moindre critique des propos démagogiques et irréfléchis de MM Unger et Gruson, tout de même président du gouvernement cantonal pour l'un, et directeur général d'une entreprise publique comptant (et pour cause) un nombre record de frontaliers, pour l'autre. Reste la gauche. Oui la gauche porte ce projet, de croire à la région, de la vouloir équitable et équilibrée, de l'organiser, de créer des institutions  configurées en fonction des réalités de notre temps et des besoins des populations, parce qu'elle ose innover, qu'elle ose proposer. Le parlement régional, une nécessité! Que ceux qui sont contre trouvent mieux. Les paris sont ouverts.

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Commentaires

Ah la gauche caviar et ses idées à deux balles.

Écrit par : XX | 16/04/2012

La gauche ne veut que détruire les richesses et les valeurs qu'ont fait la réputation et l'épanouissement de notre pays, LA SUISSE.

La gauche veut une politique de sécurité bisou bisou

La gauche veut des salaires cubains

La gauche veut des logements en papier

La gauche veut une démocratie de béni oui-oui

La gauche veut TOUS pour les étrangers, rien pour les SUISSES

La gauche est contre l'évolution personnelle
La gauche est contre la sécurité
La gauche est contre le patrimoine helvétique
La gauche est contre le citoyen SUISSE

ABE

Écrit par : justice | 16/04/2012

Si l'idée de l'agglo fait bailler c'est parce que c'est débile ! (ou socialo, c'est pareil).

Écrit par : Octave Vairgebel | 16/04/2012

Mais quand est-ce que nos politiques vont descendre de leur tour doree et se confronter a la population !?!?!?!

La population ne veut pas de cette agglo-machin, c'est uniquement les politiques et les entrepreneurs qui sont pour.
La gauche ferait mieux de revenir a ce qui a fait sa noblesse de parcours, c'est-a-dire s'occuper de sa population et trouver des solutions aux problemes de tous les jours de la classe moyenne, les grands discours pleins de grandes phrases qui ne veulent rien dire on en a marre !!!!!

Écrit par : Bob | 16/04/2012

Merci de laisser de temps à autre des commentaires un peu plus constructifs et surtout de répondre à la question: quelle est votre solution aux distorsions que connaît la région dans laquelle nous vivons? Car invectiver et parler d'autre chose c'est facile, proposer des SOLUTIONS c'est une autre affaire. C'est cela qui nous intéresse. Alors... on vous attend, Messieurs XX, Justice, Bob, Octave (ou est-ce Oscar?) et les autres!

Écrit par : René Longet | 18/04/2012

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