14/10/2012

Oui à la constitution, vers un nouveau style de politique?

L'élaboration de la nouvelle constitution genevoise a été tumultueuse, riche en rebondissements, en surprises, bref a été faite à la genevoise, avec beaucoup d'emphase et de goût du spectacle. Jusqu'à la dernière minute on pouvait craindre un revirement, l'article de trop qui ferait tout basculer...


Et de même au niveau du débat populaire. J'ai rarement vu une campagne avec autant d'affirmations clairement fausses, sur la chasse ou le nucléaire par exemple. Jusqu'à la dernière minute impossible de sentir dans quel sens le peuple allait pencher.

Je me réjouis à un triple titre du résultat, même si la charte fondamentale n'a intéressé qu'un électeur sur trois.

Premièrement, parce que j'étais parmi ceux qui dès les années 2005-2006 mirent sur la table la nécessité de réécrire la charte fondamentale du vivre ensemble, cent fois rafistolée depuis 1847, et que Genève était parmi les derniers cantons qui n'avaient pas encore réussi cette mise à jour.

Ensuite parce qu'il a été possible non seulement de produire un texte cohérent dans sa forme rédactionnelle, facile à lire (n'en déplaise au MCG qui aurait certainement préféré une bande dessinée) mais avec un contenu clairement novateur et progressiste. Ses divers articles vont nourrir pour de nombreuses années les débats politiques, de par leur richesse, leur contenu en persectives.

Enfin parce que son adoption par l'assemblée constituante puis par le peuple a montré qu'à Genève aussi on pouvait retrouver l'art du compromis.

La politique n'est pas que le rapport de forces, le refus d'écouter l'adversaire, la volonté de l'emporter par tous les moyens. C'est aussi l'art du compromis, qui consiste à prendre les pierres proposées par chacun, à les soupeser, à les polir, à les retailler, à les ajuster et à les inclure à un édifice qui porte l'ensemble plus haut et plus loin que chacune de ses parties. Art du compromis  qui est tout le contraire de la compromission. Art du compromis qui fait la Suisse, qui fait que la Suisse existe toujours.

Et il a fallu menacer, voici deux ans, de renvoyer les constituants chez eux, pour que la (faible) majorité de droite cesse ses futiles jeux de pouvoir, pour qu'elle apprenne l'art du compromis sans lequel rien n'est possible.

C'est certainement cela la leçon des travaux de l'assemblée constituante et du vote du 14 octobre. Pour que ce nouveau style politique, du moins pour Genève, puisse perdurer, je souhaite vivement qu'un maximum de constituant-e-s poursuivent leur activité politique en se portant candidat-e-s pour le prochain Grand Conseil. Car c'est là qu'au quotidien va se discuter la suite, la mise en oeuvre. Et c'est là que l'art du compromis est loin de régner. Dernière démonstration de force d'une majorité fière d'utiliser le pouvoir que donne son nombre: le renvoi du budget au Conseil d'Etat. Deux façons de travailler, deux façons de gérer la République. L'une est gagnante, l'autre nous mène dans le mur.
Genève avait  pris la mauvaise habitude de placer ses disputes avant la recherche du bien commun. Le vote du 14 octobre montre qu'une autre culture politique est possible, qu'elle est nécessaire.

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