17/02/2013

Campagnes politiques: y a-t-il des limites?

La votation du 3 mars nous confronte à un dàferlement d'arguments, diffusés à coups de millions et tout aussi fallacieux les uns que les autres. Il est temps de mettre des limites si on ne veut pas livrer la démocratie à la loi du plus fric. Qu'on en juge-


Cas 1: L'article sur la famille.

Voilà que le parlement suisse, qui n'est certes pas à majorité de gauche, nous propose un article constiutionnel demandant une meilleure conciliation entre travail et familles. Oui, les cantons qui ne l'ont pas encore fait devront mettre la main au portemonnaie pour permettre aux parents cette conciliation. Quant aux entreprises, elles sont priées de réfléchir comment éviter de mettre leurs salariées devant le choix aussi anti-économique qu'inutile entre maternité et profession. L'élémentaire bon sens, pour peu qu'on estime judicieux d'encourager les Suisses à avoir des enfants... qui seront notre avenir!

Et c'est l'avalance d'arguments absurdes: étatisation de la famille, dépenses faramineuses, ruine de l'économie et des emplois. Le sommet du mauvais goût étant le tous-ménages (dont on aimerait bien connaître le budget!) de l'UDC mettant en scène des enfants embastillés derière les barreaux de l'étatisme! Les prestataires de services de garde d'enfants apprécieront. J'ai une pensée pour tous ceux (et celles naturellement) qui se seront laissé berner et qui se demanderont le 4 mars avant d'aller au travail qui s'occupera de leurs enfants ...

Pour faire voter les gens contre leurs intérêts, il n'y a pas mieux!


Cas 2:Le frein aux rémunérations abusives

Un parlementaire qui n'est certes pas de gauiche, M. Minder, conçoit un texte constitutionnel visant à mettre fin aux scandaleux abus de certains managers, véritable prédation exercée sur l'économie réelle. Et voilà que économiesuisse et d'autres officines de propagande mènent campagne avec toujours les mêmes arguments: nocif pour l'économie, dangereux pour les emplois, une bureaucratie insensée... Ce qui est insensé, c'est d'offrir à M. Vasella 72 millions (!), l'équivalent du salaire annuel de 1000 travailleurs de la chimie, comme "indemnité de départ". Les licencié-e-s des banques ont reçu quelles indemnités de départ? Et on voudrait que ça continue??


Cas 3: La révision de la loi sur l'aménagement du territoire.

A nouveau un produit de la majorité du parlement, encore une fois pas plus à gauche que quand elle votait l'article sur la famille. Seulement, il y en a marre que la loi actuelle ne soit pas respectée. Cela fait longtemps que la loi exige que les zones à bâtir soient dimensionnées en fonction des besoins des 10 prochaines années, ni plus ni moins. Il est évidemment très intéressant de classer des pâturages et des prés en zone à bâtir, ça leur donne une plus-value magnifique et empêche toute urbanisation cohérente. La révision de la loi demande maintenant que cette règle des dix ans s'impose, de même que doit s'imposer le prélèvement de la plus-value foncière que génèrent les classements de zone non bâtissable en zone à bâtir. Que du bon sens, que de l'équité.

Surprise (?) Là aussi, c'est la  litanie des arguments interchangeables: ruine de l'économie, menace sur les emplois, une bureaucratie (tâtillonne bien sûr) à éviter à tout prix. Pour que la spéculation foncière et le mitage du territoire. le gaspillage de notre précieux sol puissent continuer de plus belle.

Conclusion: il est urgent de débattre maintenant, et quelle que soit l'issue de cette triple votation, de mettre des limites et financières et éthiques aux campagnes de votation. Car cette radicalisation du discours de la droite économique et de la droite populiste risque fort de nous mener à un débat politique bloqué et polarisé à l'extrême sur le modèle des Etats-Unis, qui a fait reculer ce pays de 20 ans. Quand on sort la grosse artillerie et les millions pour démolir des propositions qui veulent mettre au coeur des décisions politiques l'équité et le bien commun, il y a bien péril en la demeure!

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