29/07/2013

Faut-il une limite aux hauts salaires?

Dans quelques jours, la fête nationale. On va entendre sur tous les tons célébrer la solidarité, la cohésion sociale, la qualité d'engagement des travailleurs en Suisse, qui est une des clés du succès de notre économie. Durant ce temps, l'offensive publicitaire des lobbies de l'économie se prépare contre l'initiative 1:12. Tous les arguments seront bons pour faire voter la majorité du peuple contre ses intérêts. Car l'acceptation en mars de l'initiative Minder a créé une onde de choc. Les salaires faramineux et qui ne correspondent à rien des Vasella et autres vacillent. Ceux qui ont de la peine à tourner, les petits salaires mais aussi toute la classe moyenne ne comprend pas comment on peut gagner autant, alors que tout le monde est censé tirer à la même corde et s'engager pareillement pour son entreprise.


On nous dit que ce n'est pas à l'Etat de légiférer sur les salaires abusifs ni sur les disparités salariales. Comme si ce n'était pas d'intérêt public! On légifère bien sur les feux rouges pour éviter la loi du plus fort sur les routes, sur la retraite, sur l'assurance maladie... Et on ne dirait rien devant la montée des inégalités, dans un pays qui cultive le mythe du "Tous pour un, un pour tous"?

Il ne s'agit aucunement d'imposer une égalité des rémunérations indépendamment des compétences ou des responsabilités, il s'agit de savoir si vraiment il y a besoin d'aller plus haut pour un salaire maximum que 12 fois le salaire minumum dans l'entreprise! On parle bien ici de salaire, pas d'autres formes de retour sur un investissement qu'une personne aurait risqué sur ses biens propres.

Partons de l'idée que le salaire le plus bas, afin d'éviter la situation inacceptable du working poor, soit du travailleur qui travaille toute la journée mais qui néanmoins n'arrive pas à tourner (c'est tout de même le cas d'un-e salarié-e sur 12 environ, essentiellement des femmes seules, à faible qualification), se situe, ça dépend du coût de la vie du lieu de travail, entre 4000 et 5000.- C'est à peu près le seuil de pauvreté défini par les services sociaux. La règle du 1:12 permet à l'entreprise de salarier des personnes jusqu'à ... près de 60'000.- par mois! Cette personne gagnerait en un mois ce que le/la salarié-e au tarif le plus bas gagnerait en une année. Au total, si on compte un 13e mois, ça fait plus de 700'000.- par an.

Qui peut dire qu'il mérite, par sa contribution, l'étendue de ses compétences et responsabilités, le double du salaire d'un conseiller fédéral, le triple du salaire d'un membre d'un gouvernement cantonal (en moyenne bien sûr)?

Qui peut dire que ce n'est pas une privatisation abusive d'une part du résultat de l'entreprise, dû à l'engagement certes des dirigeant-e-s mais aussi de l'ensemble des équipes?

Et on ose nous dire que cette initiative met en péril l'économie suisse, que les cadres supérieurs nous quitteraient car ils ne gagneraient plus assez? Au contraire, cette initiative permettra de répondre clairement au sentiment d'injustice profonde que ressent l'immense majorité des salarié-e-s quand on lui parle de ces rémunérations extravagantes que rien ne saurait justifier. A l'examen, on voit que 1:12 laisse encore bien des marges de manoeuvre, et qu'on pourrait être sans autre plus restrictif. L'acceptation de cette initiative sera hautement salutaire, et aussi pour le moral des salarié-e-s du pays. Qui se sentiront peut-être un peu mieux respectés.

Rarement un combat contre une initiative n'aura autant abusivement invoqué l'intérêt de toute l'économie (?) au profit d'un tout petit groupe.

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Commentaires

Avec 1:12 on limiterait les salaires de l'ordre de 700'000.-/an. Ok pour les chiffres.

Mais bon, qu'est-ce que ça changera pour les 99.9% de la population qui gagnent moins ? RIEN !

Limiter les hauts salaires ne changera pas le salaire de ceux qui gagnent moins, car il ne faut pas se leurrer les quelques économies réalisées sur ces hauts-salaires seront distribuées aux actionnaires et non pas aux "petits".

Mis à part de la jalousie pour les nantis, quel est la raison profonde de limiter ces salaires ? Quels intérêts pour nous classes inférieures et moyennes ?
Le PS n'a toujours pas répondu à cette question : quel intérêt concret pour nous ?

Écrit par : Philippe Calame | 30/07/2013

M. Calame a entièrement raison : le PS n'a jamais pu expliquer quel est l'intérêt de tous de limiter les salaires, quels en sont les motifs exacts.

Etes-vous sûr que le moral des salariés va s'améliorer avec cette votation, leur avez-vous posé la question ?

Ne serait-ce pas uniquement pour occuper le terrain électoraliste sans interruption, que ce soit au niveau des communes, cantons et des Chambres fédérales ?

Écrit par : MBA | 30/07/2013

Selon les calculs savants du Matin Dimanche, cette initiative 1:12, va nous faire perdre des entrées d'argent dans les caisses de l'AVS, l'AI et l'assurance chômage.

Par les temps qui courent, n'est-ce pas se tirer une balle dans le pied ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 31/07/2013

Il faudrait aussi limiter les revenus à ceux qui bouffent à tous les râteliers ! Suivez mon regard......

Écrit par : Larry Klette | 31/07/2013

Il faut lutter contre la précarité afin d'avoir moins de pauvres mais je ne vois pas l'intérêt d'avoir moins de riches ! Moins de riches, cela signifie moins d'impôts et donc moins de soutien en faveur des plus démunis... Il faut être sacrément borgne pour ne pas voir ça.

Le problème avec les Socialistes, c'est qu'ils préféreraient que les pauvres soient plus pauvres pour autant que les riches soient moins riches...

Le problème, c'est la pauvreté, pas les inégalités ! Or, pour s'attaquer à la pauvreté, il faut créer des places de travail et inciter des entreprises étrangères à s'établir en Suisse : bonne chance avec 1/12 ! Cette initiative est une gifle aux petites gens, ceux-là mêmes que le PS prétend défendre...

Écrit par : Matthias Lanzoni | 01/08/2013

On ne parle pas ici de "pauvres" et de "riches" mais de la valeur que peut avoir un travail salarié. Cette valeur devrait correspondre à ce que la personne en question apporte à l'entreprise. Et on parle de salariés, non pas de dividende, d'actionnaires ou autre. Est-il acceptable de dire que la valeur des "bas de l'échelle" dont on a bien besoin est de 4'000.- par mois et celle de certains managers au niveau des 4,9 millions de francs que Novartis vient d'allouer à M. Vasella pour 8 mois de services rendus? On nous expliquer que cela correspond au prix du marché pour des leaders de son calibre... Que devrait-on alors payer aux leaders spirituels, politiques, religieux, à ceux qui donnent du sens à nos vies, aux philosophes, écrivains... Et quand les entreprises qui rémunèrent pareillement leurs génies sont conduites par eux, et à travers eux des milliers de salarié-e-s, à l'échec, car cela arrive, croyez-vous qu'on réduira le salaire de ce type de dirigeants?? C'est tout simplement scandaleux et une insulte au sentiment de justice élémentaire. C'est une question de valeurs, tout simplement, d'une relation décente entre ce qu'une personne apporte à l'oeuvre commune et ce qu'on la rémunère pour cela. Et ça veut dire que le travailleur, la travailleuse normale subit une prédation sur un salaire qui est souvent plus que chichement mesuré pour payer des salaires sans limites vers le haut - vous trouvez ça normal? On croit à certaines valeurs d'équité ou de respect ou on n'y croit pas.

Écrit par : René Longet | 01/08/2013

Essayons déjà de régler le problème des rentes des anciens conseillers fédéraux.

Blocher est milliardaire, il n'a donc pas besoin de sa rente.
Tout comme Ruth Metzler-Arnold, qui est patronne d'un cabinet de conseils en Appenzell.

Combien d'autres reçoivent une rente alors même qu'ils n'en ont pas besoin ?

Le problème des frontaliers n'est pas seulement genevois, mais bien national.
Il faudrait que les patrons se rendent compte qu'un chômeur suisse leur fait augmenter leurs propres impôts.

Sans parler des anciens chômeurs devenus invalides (dépression) et donc à la charge de l'assurance invalidité.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/08/2013

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