24/10/2013

Plafonner les très hauts salaires, que du bon sens...

La Suisse démocratie-témoin, tel était le titre d'un livre qui a beaucoup flatté l'égo national des Suisses. C'était il y a plus de 50 ans. La Suisse, pays où règne un certain consensus social, ou les dirigeants n'ont pas la grosse tête, où les conseillers fédéraux prennent le tram pour aller au travail... et où les patrons savent raison garder, où on sert avant de se servir, où l'économie virtuelle n'a pas encore pris le dessus sur le monde réel.

Est-ce encore vrai aujourd'hui? L'explosion depuis un certain nombre d'années de salaires mirobolants (on parle bien de salaires... et pas de rémunérations suite à un investissement financier personnel) et dépassant largement ceux de nos conseillers fédéraux est une insulte au respect qu'on doit au travail de chacun-e. De tels salaires ne sont tout simplement pas justifiables à l'égard des centaines de milliers de salarié-e-s qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts et de toute la classe moyenne qui se débat au quotidien.


Immixtion de l'Etat, perte de compétitivité du pays, perte de recettes fiscales... comme des perroquets les représentants auto-proclamés de l'"économie" (et souvent payés par un prélèvement obligatoire sur les cotisations de nombreuses PME à leurs faîtières, PME qui n'en demandent pas tant) répètent à l'envi des slogans creux dans l'espoir de faire voter les Suisses une fois encore contre leur intérêt.

Il s'agit de quoi? De décrédibiliser une initiative qui répond tout simplement au bon sens, au sens élémentaire de l'équité: l'initiative 1:12.

Cela signifie que si le plus bas salaire dans une entreprise est de 4'000.- le plus élevé ne peut dépasser 48'000.- - par mois s'entend!! Qu'y a-t-il là de choquant? Pratiquement toutes les PME connaissent des écarts bien moins importants et s'en portent très bien.Par contre dans le monde des grandes entités, de la finance, et de l'économie virtuelle et globalisée...

Comment peut-on penser que le travail le plus modeste ne vaut même pas un douzième du travail des dirigeants ? Comment peut-on estimer que 48'000.- par mois x 12 (si ce n'est 13 ou 14) soit près de 600'000.- par an c'est insuffisant!? Et si on veut plus, il reste un moyen: élever les salaires minumum. Qui au moins en profiteront aussi un peu.

C'est une façon simple et élégante de rétablir un peu d'équité dans une entité où on devrait sentir qu'on tire à la même corde, l'entreprise. Une façon claire aussi de répondre à l'écart croissant entre les revenus, de faire quelque chose de décisif et de concret contre ces inégalités grandissantes dont on regrette chaque jour qu'elles minent tant la motivation des collaborateurs que, plus largement, la cohésion de la société. En parler ne coûte rien, toutefois...

Par contre agir demande un peu de cohérence, et du courage. Le 22 novembre, ayons le courage d'être cohérents avec nos valeurs et notre ambition de dire stop aux inégalités croissantes et au self-service des plus hauts salaires, self-service dans la masse salariale créée par le travail de tous. Tous pour un, un pour tous, ça vous rappelle quelque chose?

C'est le moment d'y penser et de faire en sorte que ça devienne vrai, au quotidien, par rapport à la considération à laquelle on a droit en contribuant par son travail à la prospérité commune.

C'est le moment de mettre un frein à des salaires qui sont plus proches de la prédation que de la juste rémunération. Tant que c'est légalement possible, pourquoi certains se gêneraient-ils? La votation du 22 novembre nous donne l'occasion de légiférer, enfin.

La démocratie a ceci de bon qu'elle nous permet de passer du stade de victimes et de râleurs à celui d'acteurs. Le premier acte de la remise à plat des situations a été l'initiative Minder. Le deuxième sera l'initiative 1:12. Pour que les Suisses puissent à nouveau être fiers de leur pays, qu'il ne soit pas celui où les inégalités et la frustration explose mais redevienne plus proche de ses vraies valeurs.

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Commentaires

Si l'idée peut paraître séduisante et impliquer plus de richesse pour tous (ce dont je doute sérieusement) la vraie question est, à mon avis : est-ce bien là une considération qui doit figurer dans la constitution de notre pays ? Est-ce que la politiques salariale des entreprises doit faire objet d'un article constitutionnel ? Poser la question c'est presque y répondre !
De plus vous n'évoquez pas les pertes de recettes induites pour les collectivités publiques et les assurances sociales ! Exemple qui peut croire que 5 millions taxés pour 5 personnes rapporteront autant que ces 5 millions taxés sur 2000 personnes ? Après il sera trop tard, sans compter les délocalisations potentielles (elles sont nombreuses...). Oui, une idée théoriquement séduisante mais pratiquement redoutable dans ses conséquences ! Jalouser les riches fera-t-il le bonheur des autres ? J'en doute.

Écrit par : uranus2011 | 24/10/2013

Le PS a déjà détruit le monde bancaire en faisant sauter la protection traditionnelle de la sphère privée. Cette première destruction va coûter très chers à notre économie.

Vous voulez désormais faire fuir les multinationales avec des initiatives stupides et irréalistes si elle ne sont effectives qu'ici.

A vue humaine, c'est-à-dire moins de 5 ans notre pays sera ruiné. L'autre certitude est que ce ne sera pas la PS qui payera la casse.

La gestion de la dette publique dans tous les pays socialistes est là pour prouver que vous savez démolir mais certainement pas construire quoi que ce soit.

Merci de votre impartialité et de publier ce commentaire.

Écrit par : Simon Carvalho | 24/10/2013

"La démocratie a ceci de bon qu'elle nous permet de passer du stade de victimes...".

Si un top manager gagne 20 millions (ce qui est trop, on est d'accord) fait-il de vous une victime ?

1:12 ne permet pas d'augmenter les bas salaires. Les "victimes" qui sont les working-poor le resteront. Concentrons-nous sur des CCT pour tous les travailleurs, sur le respect des mesures anti-dumping, cela aura vraiment un effet sur les "victimes"

Écrit par : Philippe C. | 24/10/2013

Pour réduire les inégalités et... pour le "progrès social", il serait pourtant infiniment plus logique de faire augmenter les salaires de bases et/ou modeste afin qu'il réduisent leur ecart avec les hyper-salariés, plutot que de plafonnés les hyper-hauts salaires pour qu'ils ne s'éloignent plus trop des salaire de monsieur7madame tout-le-monde.

L'initiative 1:12 va à l'envers du bons sens. Et en plus elle vient de gens et partis soit-disant de gauche et social. Où est la logique et le sen de cette initiative à part la sterile et dogmatique chasse aux riches?

Quelque chose m'échappe dans la logique des initiants et de ceux qui soutiennent cette initiative qui est une très mauvaise réponse, à une question/problème pourtant très importante...

Écrit par : Pierre Roche | 24/10/2013

Je ne suis pas certain que je serai plus fier de la Suisse si cette initiative passe... Et puis, pourquoi 1/12 et pas 1/15 ou 1/20?

Et quels effets pour les entreprises multinationales installées en Suisse - et qui y paient des impôts, ainsi que leurs cadres?

L'idéalisme, c'est bien, mais le réalisme? Les socialistes ont-il-elle-s véritablement pesé tousnles enjeux et effets possibles de l'acceptation de ce texte?

Car s'il passe, une fois la joie de la victoire passée, les effets réels se feront sentir. Et alors, que se passera-t-il? Par analogie, cela fait penser à la prohibition aux Etats-Unis. Une fausse bonne idlée, qu'il a fallu inverser très vite... Sauf qu'en Suisse, inverser un texte, cela prend des décennies...

Est-ce vraiment cela qu'on veut?

Écrit par : Déblogueur | 24/10/2013

La prédation a lieu lorsqu'un dirigeant d'une SA se permet de licencier du personnel tout en s'attribuant un gros (énorme) bonus ... et que l'action de la SA grimpe parce qu'il a été "courageux" et a licencié du personnel.
Par contre si par son action et ses décisions l'entreprise prospère, elle prospère pour tous et il est juste qu'il en soit récompensé.
D'autre part là où le bas blesse c'est lorsqu'une entreprise fait des pertes et que ses dirigeants reçoivent malgré tout de superbes bonus.
La solution devrait donc être un véritable intéressement aux résultats :
- Bénéfices répartis en partie sur l'ensemble du personnel par un système de bonus.
- Déficits répartis en partie sur les dirigeants, et aucun bonus.
- Licenciements malgré de bons résultats : aucun bonus.
Ou tout autre système qui fasse prendre conscience aux dirigeants de SA que l'entreprise ne leur appartient pas, qu'ils ne peuvent en disposer à leur guise et qu'ils doivent assumer le poids de leurs décisions.
Mais la solution 1/12 est une mauvaise solution.
Je rappellerai simplement l'exemple de Jack Welch qui, en 1981, a repris General Electric alors en quasi faillite. Il a fait certes une politique très dure, licencié beaucoup de personnel, mais rapidement il en a réembauché et après 20 ans de présidence, il a laissé une entreprise extrêmement prospère positionnée parmi les premières mondiales.
Je vois mal qu'un tel manager se contente de 600.000Fr/an.

Écrit par : Lambert | 24/10/2013

Bonjour Uranus. Deux remarques à votre commentaire. A partir du moment où la croissance des inégalités est considéré comme un défi important pour notre société, il n'est pas choquant du tout qu'un des remèdes majeurs, une réduction de l'éventail des salaires, figure dans notre charte fondamentale. Elle liste tout ce qui important, ce thème l'est, donc c'est bien à sa place. De plus contrairement aux cantons au niveau fédéral seule l'initiative constitutionnelle fonctionne, donc on ne peut pas faire autrement. Certains ont même obtenu qu'on y inscrive l'interdiction des nouveaux minarets!
Et ensuite, concernant la fiscalité, jamais entendu parler d'arrangements qui permettent aux plus hauts revenus d'échapper à leur dû: forfaits fiscaux, bouclier fiscal... alors que la classe populaire et la classe moyenne n'a pas d'échappatoire. La même masse salariale mieux répartie sera donc aussi mieux déclarée.
Et pour M. Carvalho. Les socialistes ont ruiné les banques, fait partir les multinationales et dans 5 ans il n'en restera plus rien (soit en 2018, on prend rendez-vous pour le 15 octobre 2018, futur ex-quartier des Banques??). Rien que ça. Les subprimes ça vous dit quelque chose? Les licenciements massifs dans ce secteur depuis une dizaine d'années, jamais entendu parler? A ce que je sache il y a peu de socialistes parmi les dirigeants des banques qui ont pris ces décisions.Soyons sérieux, le PS exerce une action hautement salutaire, rappeler que l'économie est au service de l'homme et pas le contraire, et chercher à créer au niveau le plus large des standards sociaux et éthiques qui nous évitent de consacrer une compétition sans foi ni loi. C'est de l'utilité publique, ça, et si bien sûr le PS n'est pas parfait rien que pour ça il faudrait le remercier.

Écrit par : René Longet | 24/10/2013

Les hauts salaires sont indécents. Un simple exemple : un directeur d'une régie de l'état touche, pour un mi-temps, 400.000 francs soit 800.000 pour un temps complet. Donc, si l'on divise par 12 ce montant nous arrivons à un salaire, pour le plus simple employé, à près de 7000.-- par mois. Petit problème, ce dirigeant est socialiste et était payé par les SIG !!

Écrit par : Larry Klette | 06/11/2013

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