28/11/2013

Quel projet pour Genève?

Première étape réussie pour le nouveau Conseil d'Etat élu: une répartition des dossiers qui semble non pas illustrer une volonté de marginaliser l'un ou l'autre des élus (au contraire même, pour le nouveau ministre MCG mis à l'épreuve dans un dicastère particulièrement volumineux), ou de faire passer des caprices personnels avant la cohérence administrative. D'ailleurs, grâce à la nouvelle constitution, le Grand Conseil aura le dernier mot sur les réorganisations proposées. Mais sur le contenu maintenant...


Les élections au Grand Conseil l'ont souligné: Genève est exaspérée, Genève est en proie aux forces centrifuges, les inégalités croissent, le sentiment de reculer en termes de qualité de vie et de moyens de décider est fort.

Ce gouvernement est un peu, on le sent, celui de la dernière chance de renouer la gerbe, de redonner confiance, de mobiliser les énergies positives, avant que tout soit rompu et le chacun pour soi l'emporte.

Huit enjeux majeurs pour notre canton:

-1) Créer du logement et du logement de qualité. C'est l'occasion de rappeler, et les réalisations attendues aux Communaux d'Ambilly ou aux Cherpines sous l'égide de "quartiers durables" devront l'illustrer, que densité et qualité ne sont aucunement contradictoires. Ce serait un vaste gaspillage de terrain précieux si on n'y arrivait pas.Et aucun de ces quartiers ne saurait se faire avant que leur bonne desserte en transports publics ne soit assurée, sinon encore plus de bouchons, encore plus de temps perdu en déplacements... Et il faut revendiquer à Berne une extension à d'autres zones que la zone de développement du contrôle des loyers, car depuis des décennies le marché du logement est une farce à Genève, les loyers sont fixés unilatéralement en fonction d'une pénurie pérenne. Et c'est la ponction d'une majorité de personnes qui n'ont pas d'autre choix, à moins de traverser la frontière. Il n'est pas acceptable de transférer ainsi le problème au pays voisin.

-2) Les infrastructures de transport sont celles d'une agglomération de 300'000 habitants alors qu'elle en compte largement le double. Quand on compare avec l'équipement en RER et trams de l'autre grande agglomération de Suisse, Zurich, on ne peut qu'exiger un vaste plan de rattrapage. Et il n'est pas tolérable que le réseau de trams doive encore attendre 20 ans pour être au complet: lignes pour St-Julien, St-Genis, Annemasse, Ferney, Vésenaz, et j'en passe... et que des trams comportant quelque 300 passagers attendent à chaque feu rouge..

-3) En matière économique une attention soutenue aux PME est indispensable. On ne créera pas d'emplois pour les chômeurs sur le territoire genevois sans soutien accru aux PME, sans coordination et accentuation des possibilités de capital-risque, sans mobilisation et valorisation du savoir-faire local. Cet objectif rejoint celui de l'assainissement énergétique du parc immobilier genevois, véritable passoire énergétique et qui nécessitera aussi un soutien fort de l'Etat. Au profit de nos PME et de l'emploi. Du gagnant-gagnant pur.

-4) Ces priorités en matière d'investissement nous rappellent que s'il est juste de viser un budget de fonctionnement équilibré - les communes doivent s'y astreindre et cela ne les a jamais empêcher de se développer - pour le budget d'investissement de telles règles asphyxieraient complètement le canton. Aucun propriétaire à moins d'être multi-millionnaire ne construit qu'avec ses fonds propres.

-5) Au soutien au tissu économique correspond le soutien au dialogue social: il n'est pas acceptable que la moitié environ des salarié-e-s du canton ne soient pas couvert-e-s par une convention collective. L'Etat doit tout faire pour que le partenariat social existe et prospère dans toutes les branches, et que le travail au noir, les salaires qui ne permettent pas de vivre soient fermement combattus. Le contrôle de la sous-traitance est une autre priorité. Le tissu social ne sera reconstruit qu'au prix d'une revalorisation du travail et des travailleurs, d'une vraie attention qui leur soit portée.

-6) La spécificité de Genève, c'est notre rôle international, et son maintien, son développement exige un combat de tous les jours, dans le monde, mais aussi au sein de la collectivité genevoise. En fait, la Genève internationale repose sur trois piliers: le monde des organisations internationales, celui des entreprises internationales (qu'il s'agit  le cas échéant de moraliser, beau défi...) et celui des multiples engagements associatifs dans la solidarité internationale; reconnaître et favoriser la dynamique de ces trois piliers est la clé de la réussite.

-7) A l'international correspond la région. Il n'est plus acceptable que la gouvernance de la région se limite aux instances de concertation mises sur pied voici 40 ans par le traité franco-suisse instituant le comité régional franco-genevois, et le sentiment de mise en compétition inégale (pour l'emploi, le logement, les déplacements, etc.) entre résidents et frontaliers exprime l'exigence d'une gouvernance commune d'un espace de vie commun. Le temps est venu de négocier entre la Suisse et la France un avenant à ce traité pour viser maintenant un parlement transfrontalier élu au suffrage universel et doté de compétences que les deux Etats lui attribueraient.

-8) Enfin, seule une politique de formation ciblée permettra aux chômeuses et chômeurs genevois de cesser de voir leurs chances prétéritées sur le marché de l'emploi. A ce titre on s'attend à un vrai interface entre les entités chargées de la formation, les entreprises et l'office cantonal de l'emploi, afin de créer  les synergies qui correspondent aux besoins du monde réel et non pas au monde tel que certains bureaucrates aimeraient qu'il soit.


On pourrait encore allonger la liste: l'intégration, le sport, la culture, la sécurité, ce droit pour tous... la liste n'est pas exhaustive bien sûr. Et si on retrouvait quelques-unes de ces lignes de force dans le programme de législature du nouveau Conseil d'Etat?

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Commentaires

Vos 8 points sont tout à fait pertinents, pragmatiques.
Au point 8, vous pouvez inclure qu'il faut régler le problème des permis de travail accordés à des gens venus d'ailleurs alors que des autochtones à qualité et salaires identiques sont mis au chômage, c'est notamment le cas dans des multinationales; ne pas laisser au seul MCG le courage ou l'opportunisme de traiter ce vrai problème.

Écrit par : Clerc Patrice | 01/12/2013

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