08/12/2013

Le beurre, l'argent du beurre et la laitière...

Oui c'est bien cela, la saga des transports à Genève. J'ai une pensée émue pour Michèle Künzler, qui va quitter le Conseil d'Etat dans très peu de temps et qui a été très durement sanctionnée par le peuple. Sanctionnée pour quoi? Facile de s'en prendre à une personne, visible et qui doit assumer une politique... dont les règles du jeu sont déterminées par d'autres.


Car cette politique que les Genevoises et Genevois subissent dans leur vie jour après jour est dictée par le fantasme récurrent des partis de la droite unie, du MCG au PDC en passant par l'UDC et le PLR: la sacro-sainte "liberté de choix du moyen de transport". Ce fantasme, répété en choeur depuis plus de 30 ans, est la vraie raison de la paralysie des transports à Genève.

Genève étouffe sous ce faux choix, ou plutôt sous cette promesse insensée de permettre à chacun-e de choisir librement son moyen de transport. Le résultat: personne ne peut être content. Et personne n'y gagne, ne s'y retrouve.

Dans toute agglomération du type de la nôtre, un système rationnel des déplacements serait axé sur une structuration crédible du réseau ferroviaire régional. Très peu développé à Genève, il a fallu attendre un siècle (ou, cent ans!) pour qu'une décision prise en 1912 de relier les deux gares de Cornavin et des Eaux-Vives soit réalisée... Puis il devrait y avoir un réseau dense de trams pour faire le complément. Ce réseau existait, il comptait plus de 120 km de lignes dont 6 transfrontalières installées entre 1890 et 1900 (allant à Saint-Julien, Collonges-Bossey, Etrembières, Annemasse, Douvaine, Ferney-Gex...). Il a été soigneusement et méticuleusement démantelé entre les années 30 (pour les lignes les plus excentrées) et 50 (au rythme d'une ligne par an, pour les lignes de banlieue). Enfin, pour les dessertes plus fines, des bus, de tailles diverses...

Au lieu de ça, Genève a perdu 20 années précieuses pour une bataille homérique entre tram et métro, entre chemins de fer et trams. Puis dès les années 1990 se fait une très lente reconstruction d'un réseau de trams, à coups de quelques kilomètres par an, voire beaucoup moins pour ces dernières années.

Responsables: les idéologies du tout-voiture, pourtant incompatibles avec l'espace disponible. Un cas pratique: aux heures de pointe, la manière aberrante de programmer les feux rouges augmente le temps de parcours des pendulaires de 30 à 50%. Pas une route où les feux soient coordonnés, on dirait que c'est fait exprès. On s'énerve donc toutes les 3 minutes à faire du stop and go, du go and stop, sans en percevoir la moindre raison objective. Sans parler des attentes inutiles, le dimanche ou la nuit, pour laisser passer 0 voiture, 0 piéton. Les cyclistes l'ont compris depuis belle lurette, et se fichent pas mal de ces obstacles lumineux permanents. Et s'il n'était pas les caméras omniprésentes, gageons que bien des automobilistes en feraient autant. Et tout cela n'est même pas au bénéfice des quelque 250 à 300 passagers d'un tram: en tram aussi, on fait un feu après l'autre, avance au pas. Le réseau genevois, dont la reconstruction coûte 50 millions au km, doit être un des plus lents du monde. Où ailleurs a-t-on vu ça, un tram qui, outre les arrêts réguliers, est forcé de s'arrêter, et souvent plus longtemps qu'aux arrêts réglementaires, à pratiquement tous les feux rouges?

Libre choix du moyen de transport: mon oeil, c'est en réalité  la priorité pour personne et la gabegie pour tous. Et le comble: en rendre Michèle Kunzler responsable alors que ce sont ses adversaires politiques qui, et jusque dans notre nouvelle constitution, polluent le débat et les décisions par leur slogan simpliste et que la réalité vécue au quotidien par des dizaines de milliers de pendulaires dément cruellement: "Nous voulons le beurre, l'argent du beurre et la laitière." La laitière (prise pour cible facile) a été remerciée, mais il n'y a pour l'instant ni beurre ni argent du beurre... Du boulot pour la législature qui commence, et un peu de réalisme et de cohérence svp! Les pendulaires qui perdent des heures précieuses du fait des fallacieuses promesses du "Libre choix" ont droit à un peu plus de considération.

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Commentaires

La décision de raccorder les 2 gares est bien antérieure à 1912! Ce qui n'enlève rien à la pertinence de votre analyse, au contraire.

Écrit par : Olivier | 09/12/2013

"Car cette politique que les Genevoises et Genevois subissent dans leur vie jour après jour est dictée par le fantasme récurrent des partis de la droite unie, du MCG au PDC en passant par l'UDC et le PLR: la sacro-sainte "liberté de choix du moyen de transport"."

Faux, cette politique est dictée par une petite bande technocrates qui se croient à Paris, qui désynchronisent les feux, ajoutent chicanes, sens interdit et autres joyeuseté dans le seuls et unique but de dégouter les citoyens de prendre sa voiture (et donc paralyser les flux de vehicules), pour le FORCER à prendre des transports public qui ne seraient de toute facon pas en mesure de les prendre en charge, vu qu'ils sont deja sursaturés et/ou inadaptés à la demande ACTUELLE.

C'est la politique aussi des neinsager qui refusent/empechent toute construction de logement un tant soit peu d'envergure, ainis que les gauchiste de base qui s'obstinent à ne vouloir construire que des LUP inaccessible à la classe moyenne, mais bien accessible aux vagues de néo-resident étrangers venus chercher emploi, argent et logement dans l'eldorado genevois.
Et pendant ce temps la classe moyenne genevoise n'a d'autres choix que l'exil sur France ou Vaud et de prendre sa voiture pour aller bosser.

Seul point où vous avez raison: le réseau ferroviaire locale à l'état embryonnaire... quand on voit et utilise les reseau ferrés locaux ailleurs en Suisse, on se demande ce qu'attend Genève!

" Et le comble: en rendre Michèle Kunzler responsable"

Elle a été sanctionné pour le nouveau réseau lancé par son prédecesseur mais aussi et SURTOUT pour sa gestion du problème après:
Négation du problème, négation sur le fait qu'il n'est pas adapté à la demande et qu'il est anormal que ce soit aux citoyens et PAYEURS de s'adapter; Incapacité à écouter la population, Ecoute aveugle des technocrates bidons qui l'entouraient... meme après la baffe qu'elle s'est prise, elle ne comprend toujours pas et continue dans le déni. C'est aussi pour ca qu'on l'a dégagée...

"Les pendulaires qui perdent des heures précieuses du fait des fallacieuses promesses du "Libre choix" ont droit à un peu plus de considération."

Oui, ils auraient eu droit à plus de considération... AVANT de devoir se résoudre à devenir pendulaires... en leur permettant de LOGER LEUR FAMILLE à Genève, à proximité de leur emploi. Mais NON... on ne construit rien ou seulement de la PPE (pour les riches et les très aisés) et des LUP (pour les assistés de service, dnot la puplart n'ont d'ailleurs de Genevois que leur lieu de résidence... et inaccessibles à la classe moyenne genevoise).

Écrit par : Pierre Roche | 09/12/2013

La liberté -qui ne se limite pas au choix du moyen de transport mais qui inclut ce dernier- n'est pas un fantasme. Cela n'est bien évidemment pas valable pour vous, en tant que socialiste, mais un bon nombre de gens -et de partis, notamment ceux de droite- y tiennent, et nous sommes nombreux à nous en réjouir.

Écrit par : Ioan | 10/12/2013

Cher Ioan
oui bien sûr... Je croyais avoir démontré que la "liberté de choisir son mode de transport" était parfaitement illusoire et débouchait sur la servitude, les nuisances et les pertes de temps pour tous! Et si j'exigeais la "liberté" de me déplacer en transports publics partout, de porte à porte?? Pourtant c'est aussi ça le "libre choix". Absurde, je vous le dis!

Écrit par : René Longet | 11/12/2013

"La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres"; un dicton auquel les partisans du "libre choix" feraient parfois bien de réfléchir...

Écrit par : Mauro | 11/12/2013

Il y a longtemps que l'on connaît les bienfaits de "l'onde verte" (synchronisation des phases vertes des feux), mais, en dépit d'une couleur qui aurait dû leur plaire, ce sont bien les écolos et, notamment, le "vert à pied" qui l'ont "cramée" à Genève !!!

Monsieur Roche a entièrement raison, le libre choix du moyen de transport n'est qu'une réaction d'auto-défense de ceux qui ne souhaitent pas se voir imposer le diktat des transports publics à tout prix. Ces idéologues à la petite semaine, pensaient qu'en mettant un peu de bâtons dans les roues des automobilistes, ceux-ci abandonneraient rapidement leur véhicule pour adhérer au bonheur commun des transports de masse. Du coup, on désynchronise les feux, on supprime des voies de circulation, on crée des chicanes, sens interdit et autres réjouissances, mais à un moment ou à un autre les transports publics rejoignent le flux des véhicules privés et toutes ces mesures se retournent contre ceux qu'elles étaient sensées avantager.

Je suis le premier à me réjouir de pouvoir utiliser les transports publics, quand ceux-ci sont disponibles et pratiques, mais force est de constater qu'ils ne peuvent pas répondre à tous mes besoins de déplacement. Alors pourquoi pénaliser les autres moyens de transports, qui eux peuvent prendre le relais : c'est d'une bêtise crasse, mais cela représente bien l'état d'esprit de certains acteurs, et notamment de politiques, qui sont logiquement sanctionnés lors de votation.

Écrit par : Clyde | 11/12/2013

Cher Clyde
Merci pour cette contribution qui résume parfaitement la situation. Le refrain de la minorité qui pense savoir ce qui est mieux pour la majorité (et cherche à l'imposer) est une belle imposture intellectuelle, certes usée, mais apparemment encore d'actualité.

Écrit par : Ioan | 12/12/2013

M. Longet,

je suis étonné par votre réponse. En effet, par définition, la jouissance concrète de toute liberté empiète sur la jouissance d'une autre liberté. Si vous habitez 100m2, je ne pourrai habiter les mêmes 100m2, et ainsi de suite, de façon universelle.

Il s'agit par conséquent de permettre aux deux libertés de cohabiter. La confiscation récurrente d'espace public au profit des transports en commun n'est pas une façon neutre et impartiale de procéder; elle procède d'un choix politique.

Jusqu'à preuve du contraire, la mobilité individuelle est solvable et subventionne les autres modes; les transports en commun sont insolvables et subventionnés. Il ne s'agit pas d'une critique en soi ni d'une contestation de l'utilité des transports en commun, mais bien d'un rappel au respect du choix de chacun.

Écrit par : Ioan | 12/12/2013

@ Ioan

C'est très juste ! Avant de parler du beurre et de l'argent du beurre, il ne faut pas oublier qui paie le lait ... ;-)

Écrit par : Clyde | 13/12/2013

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