23/08/2014

France: un pays en désarroi

On le ressent immédiatement: un bref séjour de l'autre côté de la frontière, les thèmes récurrents des conversations, la lecture de la presse... les Français ont le moral au plus bas. Plus aucune confiance en leurs dirigeants, sans alternative qui les convainque, ils ne savent véritablement plus à quel saint se vouer.

Ce désarroi est inquiétant et nous touche. Pour ma part, je soulignerais trois enjeux.


Premier enjeu: pour sortir d'une crise qui est à la fois morale et économique, on doit conjuguer des mesures économiques, sociales et écologiques équilibrées et équitables. Faciliter la vie aux entreprises et à ceux qui prennent des risques parfois très conséquents en investissant, embauchant, faisant vivre villes et villages est essentiel; assurer une existence digne à ceux qui ne trouvent néanmoins pas de travail, qui ne peuvent plus ou pas travailler pour des raisons d'âge ou de santé l'est également; créer des emplois et de l'activité à travers la transition énergétique, par exemple, enfin, est une nécessité de notre temps.

Deuxième enjeu: un programme cohérent ne suffit pas, encore faut-il savoir créer un consensus politique large. Ce que l'Allemagne a su faire, à travers un gouvernement "à la Suisse" associant centre-droit et centre-gauche, et qui a notamment permis d'instaurer un salaire minimum, pourquoi la France en serait-elle incapable? Quand des forces antagonistes y sont contraintes à s'entendre, on appelle cela d'un air dégoûté la cohabitation, et on souhaite qu'elle reste la plus brève possible. Pourtant un programme largement porté est la meilleure parade aux extrémismes, aux "n'y a qu'à" et aux surenchères électoralistes.

Troisième enjeu: la qualité des leaders. Ceux qui ont su affronter de puissants vents contraires pour sortir leurs pays d'impasses majeures sont entrés dans l'histoire et les peuples s'en rappellent encore: Roosevelt et le New Deal, Churchill et la capacité de résister au nazisme déferlant sur l'Europe, De Gaulle et la force d'oser la décolonisation et de repositionner son pays dans le monde. Cela lui a valu 13 tentatives d'assassinat - mais c'est bien dans son lit qu'il est mort, le devoir accompli.

Point commun de ces leaders: la capacité de concevoir ce qui est juste pour leur pays, la capacité de tenir ferme le gouvernail, la maîtrise de l'attitude et du verbe qui explique, rassemble, mobilise, rassure. Pas besoin de craindre la presse people: même leurs petits travers, d'ailleurs connus de tous, rassurent chez eux. Force est de reconnaître que François Hollande, pas plus que son prédécesseur ou ses détracteurs, n'est de ce bois-là. Il aurait pu faire l'affaire sous la IVe République, dans le contexte autrement plus exigeant de la Ve, le décalage est patent.

Enfin, la situation en France est aussi péjorée par la désinvolture des partis. L'UMP se déchire sur de sordides affaires d'argent et autour de la seule course au pouvoir. Le PS est aux abonnés absents, comme vidé de sa substance, le réservoir d'idées novatrices est ailleurs, dans la société civile, chez les intellectuels, les sociologes, les philosophes, les analystes - dont le pays ne manque heureusement pas.

On a mis la faute de l'absence du parti gouvernemental dans le débat d'idées sur un certain Harlem Désir visiblement dépassé par sa tâche. Mais son successeur ne semble pas pouvoir faire mieux. Tout indique la fin d'un cycle pour les socialistes français, qui se retrouvent un peu comme la SFIO en 1969, quand elle fit un score minable à la présidentielle, finissant droit dans le mur.

Redresser un pays, offrir des orientations et des choix clairs, réalistes, justes, concrets et qui engagent, passe par le renouvellement en profondeur des porteurs de ces orientations et de ces choix: les partis. Face au pays, les politiques ont une grande responsabilité; si par dépit les électrices et électeurs en sont à se retourner vers une extrême-droite qui fait tout pour les rassurer et les séduire (mais le naturel revient au galop), la faute n'est pas la leur mais celle des partis de gouvernement. L'heure de la refondation du PSF a sans doute sonné.

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Commentaires

Oui mais en contrepartie les Français sont très famille et ne passeront jamais autant de temps à regarder les infos,ils font semblant pour qui a eut l'occasion de les rencontrer et être accueillis à bras ouverts chez eux
Ils rouspètent par principe et savent chasser leurs ennuis en mangeant et buvant comme au temps des trois Mousquetaires,conviviaux ils le sont comme nos grands parents malheureusement tout fout le camp surtout en Suisse puisque désormais seuls des clics résonnent pour meubler les instants de silence
Chez nous c'est chacun chez soi et Dieu pour tous mais en ce moment il a d'autres chats à fouetter comme par exemple surveiller le remplissage des hottes des Trois Rois Mages sensés apporter la Mire de la première Tv,l'encens ou essence devenu pétrole ,et l'or devenu Saint Or-dinateur/rire
Très bon dimanche pour Vous Monsieur Longet

Écrit par : lovsmeralda | 24/08/2014

"Deuxième enjeu: un programme cohérent ne suffit pas, encore faut-il savoir créer un consensus politique large."
Parfaitement ! Malheureusement le substantif "consensus" est complètement inconnu en France. Il faudra bien pourtant que les politiques français cessent de se quereller par principe et soient capables, quel que soit le bord qui gouverne, d'une opposition constructive.

Mais que l'on soit de gauche ou de droite en France, seule l'accession au pouvoir et son exercice sans partage constitue un programme. Et comme l'écoute des autres est systématiquement considéré comme une preuve de faiblesse, toute discussion est par définition stérile et vouée à l'échec.

Le plus triste, finalement, est de voir un électorat qui s'est laissé entraîné dans une spirale du changement et des réformes assénés par des candidats au pouvoir dans l'incapacité de les appliquer parce qu'ils ne correspondent à aucune stratégie, sinon celle d'envoyer les opposants dans les cordes à défaut de les mettre k.o.

Ce jeu de chaises musicales aux accords plus que discordants profitent à l'extrême droite qui n'attend que le moment propice pour abattre ses cartes.

Je ne suis cependant pas sûr que le peuple français soit bien conscient des dangers qui le menacent. Parfois il joue avec le feu. On peut certes jouer avec le feu sans se brûler, mais il est loin d'être acquis qu'on puisse jouer avec le F.N. sans une petite révolution. A quel prix ?

Il existe pourtant dans ce pays des hommes et des femmes capables de "coaliser large" mais qui ont, pour l'instant, le désavantage d'être considérés comme trop mous puisque consensuels.

La réorientation de la politique française prendra encore du temps. Il y a toute une culture politique à faire évoluer, aussi bien dans les instances dirigeantes que dans l'esprit des électeurs.

Écrit par : Michel Sommer | 24/08/2014

France, un pays en désarroi ? Normal, elle est dirigée par les socialistes !!

Écrit par : Octave Vairgebel | 25/08/2014

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