21/09/2014

De l'Ecosse à la traversée de la rade, commentaire à contre-courant

Face au vote des Ecossais en faveur de leur maintien au sein du Royaume-Uni les réactions ont été conformes aux attentes. Sur tout le continent, les proeuropéens se réjouissent et les anti-intégrationnistes partagent la déception des indépendantistes écossais.

Denis de Rougemont et son Europe des régions est bien oublié!


Ce Suisse grand Européen (ce qui à son époque n'était pas encore une contradiction) est en effet un contributeur important dans le débat sur la forme et le but de l'intégration européenne. Pour lui, l'objet ultime, le seul et vrai qui en vaille la peine, était la disparition progressive des Etats au profit des régions, et ainsi aussi des peuples oubliés au sein des Etats-nations. L'éveil nationaliste des Basques, Catalans (de France comme d'Espagne), des Bretons et des Ecossais va exactement dans ce sens: créer depuis la base des diversités régionales et culturelles (et du droit aux appartenances multiples: on peut se sentir pleinement Français et pleinement Breton, pour peu que l'Etat français comprenne ce que la diversité culturelle veut dire) une Europe qui les respecte, qui organise leur collaboration et complémentarité. Une vision plus proche des anciens Empires pluriculturels mais qui furent - ô combien déliquescents et délégitimisés - engloutis par leur défaite en 1918, que de l'alliance des Etats unitaires (heureusement de moins en moins la règle) que De Gaulle appelait faussement l'Europe des patries.

Les proeuropéens l'apprendront à leurs dépens, quand les Ecossais devront quitter l'UE dès lors que les citoyennes et citoyennes britanniques l'auront décidé. C'est là qu'ils réaliseront que la vérité et souvent dans les paradoxes, à savoir que le combat pour l'indépendance de l'Ecosse et celui pour une Europe unie (mais fédéraliste) était bien le même...

Paradoxe de même, à Genève, où les sondages donnent une bonne avance à la traversée de la rade. Je prétends que peu de citoyennes et citoyens qui s'apprêtent à dire oui croient vraiment que cela va alléger leur quotidien en termes de  bouchons. Pas plus qu'ils ne pensent que cette dépense est vraiment prioritaire à l'heure où "nos écoles ne sont plus entretenues" (argument avancé pour ne pas contribuer au financement de parkings en France qui auraient prévenu chez nous la croissance des embouteillages...). Ni qu'ils pensent que c'est bénéfique aux parcs, à la rade ou aux quartiers adjacents.

Mais uniquement de rage que rien de fondamental ne bouge depuis 30 ans en matière de transports. Ou si peu: une performance meilleure des TPG;  quelques nouvelles lignes de trams (mais pas un mètre supplémentaire depuis l'inauguration du TCOB voici 3 ans); le chantier du CEVA, enfin mis en route après cent ans d'attente - tout cela ne suffisant de loin pas à absorber la croissance des mouvements pendulaires. Nous avons toujours les trams les plus lents du continent, s'arrêtant à tous les feux rouges (ou presque), l'organisation des feux de circulation la plus incompréhensible qu'on puisse imaginer, des conditions de plus en plus chaotiques aux heures de pointe. Le prix d'une politique de gribouille qui, de mauvais compromis en mauvais compromis, à force de vouloir satisfaire tout le monde, ne satisfait plus personne.

Comparons avec Bâle, Berne ou Zurich... c'est édifiant. A Genève,  2e agglomération du pays après Zurich, nous avons un bassin de plus de 600'000 habitants, mais des infrastructures de transport dimensionnées pour 300'000, ça ne peut pas marcher. Alors, si la traversée de la rade devait être votée, gageons que là aussi la raison en sera largement paradoxale. Et je m'empresse de dire à celles et ceux qui n'auraient pas encore expédié leur bulletin: traversée qui ne résoudra rien, mais qui engloutira des finances permettant de réaliser environ 20 à 30 km de lignes de trams, soit d'enfin finir le redémarrage de notre réseau commencé voici 30 ans: les lignes de St.- Julien, St.- Genis, Ferney et Vésenaz - inscrites peu ou prou dans les planifications territoriales - mais au financement de moins en moins assuré.

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Commentaires

Que du bon sens. Mais qui en est encore pourvu aujourd'hui. Mais je ne suis pas encore persuadé que le dieu bagnole va triompher dimanche prochain.

Écrit par : Johann | 21/09/2014

Les écossais ont vu leurs droits surpassés par les intérêts des médias.

A Genève, ceux qui donneraient leur oui à ce projet de traversée, si réduit dans ses objectifs mais si important, car

- destructeur de l'urbanisme de Genève-centre et ses accès depuis l'étranger,
à tout jamais

- impactant l'environnement et l'écologie du bout du lac,
sans espoir de retour

- et tellement coûteux pour l'ensemble de la collectivité et les futurs budgets de GE,
qu'aucun chiffrage n'a été donné;

Ces gens-là
ne font qu'utiliser en toute ignorance, en tout égoïsme, en toute inconscience, en tout j'menfoutisme
ce droit et ce pouvoir que notre démocratie directe leur accorde,
dont ils abusent au nom de lobbies, de leurs égos ou de bénefs à court terme

combien d'électeurs genevois sont incapables, lors de leur vote, de discernement, d'intérêt ou de s'informer pour la chose sur laquelle ils décident, de conscience tout court

combien d'entre eux se rangent aux côtés de choix faits et communiqués pour eux, par la comme de partis populistes servant des lobbies exogènes au canton

on en est à combien d'électeurs résidant à Genève, conduisant l'usage de la démocratie directe CH à sa perte en romandie?

Écrit par : pierre à feu | 21/09/2014

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