12/10/2014

Energie: on est au bord du gouffre, alors faisons un grand pas en avant...

Mme Leuthard n'a pas peur des contradictions. D'une part, elle propose au pays une nouvelle orientation énergétique: fermeture à terme des centrales nucléaires qui produisent près de 40% de notre électricité; mise en avant des énergies renouvelables; valorisation du gisement des économies d'énergie. D'autre part, elle propose le libre choix de son fournisseur d'électricité pour chaque consommateur.

C'est occulter un facteur essentiel: les prix sont faussés. Le nucléaire laisse ses coûts aux générations à venir: démantèlement pièce par pièce des centrales en fin de vie, gestion durant des millénaires des déchets radioactifs... Le pétrole idem, car les conséquences du changement climatique que la consommation des énergies fossile favorise seront (et sont déjà) pour d'autres.


Dans un marché pareillement faussé, ce qui est apparemment le moins cher peut parfaitement se révéler le plus polluant, le plus coûteux pour la société dans son ensemble. Sans correction de ces distorsions, le solaire, l'éolien, la géothermie, les déchets de biomasse, le bois, etc., ne sont souvent économiquement pas compétitifs. Le bas prix de l'énergie ne permet souvent, aussi, pas de rentabiliser des mesures d'économie (isolation des bâtiments, notamment). La voiture électrique est à la peine.

La transition énergétique souhaitée par Mme Leuthard a besoin d'une fiscalité écologique forte, permettant d'intégrer les coûts externes dans les prix payés par les consommateurs. Au lieu de cela, on ajoute des subventions sur des prix faussés, on crée de nouvelles catégories de bénéficiaires: l'électricité hydraulique - qui en effet en a bien besoin, dans la situation telle qu'elle est.


Et surtout, alors que nos barrages, naguère fierté du pays, naguère gérés par des entités publiques, sont aujourd'hui très largement non rentables, le prix de l'électricité sur un marché largement ouvert à cette compétition faussée ne permettant plus de couvrir les coûts, on se trouve avec la plupart des sociétés gestionnaires de ces équipements - qui ont assuré durant des décennies notre autonomie énergétique - au bord du gouffre.

Et c'est là que Mme Leuthard nous propose un grand pas en avant: offrir aux consommateurs individuels le libre choix de leur fournisseur. Gageons que l'option du meilleur marché saura se faire entendre, et que la conscience que le meilleur marché est souvent collectivement cher payé n'est pas encore majoritaire chez le consommateur moyen.

Dès lors que va-t-il se passer? Une pression encore accrue sur notre production hydrauligue, un besoin accru de subventions pour les énergies renouvelables, nouvelles (solaire, éolien) ou anciennes (barrages). Une place de choix sur le marché pour l'électricité polonaise à base de charbon, française à base de nucléaire. Cela s'appelle un fantastique auto-goal.

Si on veut détruire les outils qui ont fait la fierté du pays et des générations d'ingénieurs qui les ont construits, nos barrages, on ne s'y prendrait pas autrement. Si vraiment on tient à libéraliser, un préalable incontournable, absolu, est la vérité des prix. Toute autre stratégie est suicidaire pour notre politique énergétique. C'est donc au nom même de la stratégie énergétique que Mme Leuthard a proposée qu'on doit combattre la libéralisation qu'elle propose maintenant. A la schizophrénie fédérale répondons par la cohérence citoyenne.

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Commentaires

Bonjour René!

Alors là vous ne pouvez savoir quel plaisir vous me faites!Vous avez illuminé mon dimanche...et à 11'000 km de Genève!

Vous avez tout à fait raison, je vous approuve entièrement, à 100% et vous auriez pu en ajouter plus!L'auto-goal est plus que modeste!

Aucune énergie est propre, qu'elle soit solaire, éolienne, géothermique etc., toutes passent par une phase de production qui ne l'est pas!
Énergies alternatives? Mis à part l'éolien, le solaire et la géothermie...l'imagination des spécialistes s'arrête là!
Et s'il existait autre chose, une autre source méconnue, ou plutôt méconnue parce que la science ne sait pas comment la calculer?

Suisse, de Genève en plus, j'habite le Venezuela depuis bientôt une vingtaine d'années. Avec un ami allemand, nous démarrons un projet de générateur électrique totalement nouveau. Rassurez-vous, rien à voir avec la multitude de fanas du mouvement perpétuel et de l'énergie libre que nous pouvons voir sur internet. De la physique tout simplement et qui respecte les lois de la conservation et de conversion.
Même Hawking s'y intéresse après que je lui aie remis la publication de l'Université Polytechnique du Venezuela (UNEXPO) au mois de juin de cette année.

J'avais proposé cette solution à la Suisse, aux Verts: la réponse de Van Singer fut: tous les jours arrivent 50 cm de courrier de gens qui croient avoir inventé le perpetuum mobile... pour un ex de l'EPFL chapeau!!!

Cette mentalité est l'une des raisons qui m'aie fait quitter la Suisse...Chevrolet, ça vous rappelle quelque chose? (ou Opel)

Regardez de quoi il s'agissait, imparfait, car maintenant nous passons à la vitesse supérieure ici avec le gouvernement (malgré le pétrole)et allons commencer la phase recherches pour la fabrication d'un prototype. Ce n'est pas aussi simple que cela en a l'air, si c'était le cas, cela existerait déjà! Il faut compter entre 2 à 3 ans pour cela. Ce n'est pas aussi compliqué que l'ITER (ni aussi cher, mais plus rentable!), mais il s'agit aussi de high-tech et de haute précision. Pour la Suisse cela aurait été quelque chose de merveilleux, mais...comme nous sommes un pays pauvre et n'avons pas 5 millions d'Euros à investir dans une recherche qui pourrait produire des milliards et apporter une solution définitive à des problèmes mondiaux...faut pas pousser!

Serait-ce cela la peur d'une recherche dans ce domaine: solutionner les problèmes?

Si cela vous intéresse d'en savoir un peu plus: http://youtu.be/m_uLmPNLBEg
ou mon blog: http://lesautresenergies.blog.tdg.ch/

Écrit par : Ronald Fries | 12/10/2014

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