26/10/2014

Moins d'Etat, moins de service public audiovisuel?

Voici plus de 20 ans apparaissait une nouvelle marotte idéologique dans le paysage politique: dénigrer l'Etat. Par nature, il serait contraignant (oui, il faut arbitrer au nom de l'intérêt public, ça commence avec les feux rouges et finit à la FINMA), bureaucratique (là on peut réformer), trop coûteux (pas vraiment, si on va voir ailleurs), inefficace (pas vraiment non plus) - bref l'ennemi du genre humain, de l'émancipation de l'individu, c'est l'Etat. Moins d'Etat, moins de régulation! Et on a vu ce qu'on a vu, une mondialisation qui oppose les pays et les humains les uns aux autres à armes inégales, une considérable recrudescence des inégalités, et toujours aucune solution pour les fléaux que sont le chômage et l'exclusion.


Cette idée de brûler l'Etat a fait faillite. Elle signifierait l'impossibilité de concevoir et de mener tout projet collectif, livre les plus faibles sans défense au bon vouloir des plus forts, ignore les droits des moins favorisés, appelés à quémander la bienveillance des puissants, et fait des devoirs des plus fortunés un simple appel moral,à bien plaire. Elle sèmerait le désespoir et démobilise tout un chacun. Une collectivité deviendrait un amas d'individus sans direction autre que la loi du plus fort. Non l'Etat n'est pas une oppression par principe, c'est la possibilité d'imposer un équilibre entre droits et devoirs, d'assurer l'égalité de chances, une formation pour tous, une infrastructure de qualité, la mobilisation de tous pour l'intérêt commun. Tout cela dans le respect du droit et des règles démocratiques. L'Etat, une chance, la crise nous le montre chaque jour. Pour peu,évidemment, que les détenteurs du pouvoir d'Etat en fassent bon usage... mais cela c'est une autre histoire. Sans Etat, la question ne se pose même pas. On voit qu'avec les tentations d'un néolibéralisme exacerbé on a passé très près du précipice.

Et voilà que d'aucuns remettent ça concernant les médias audiovisuels. Nous avons la grande chance en Suisse d'avoir des médias de service public.

Qui peuvent se permettre d'enquêter sur certains intérêts économiques, de se mettre à dos sans trop de risque pour leur avenir certains puissants. Qui ont en toute chose une rigueur, une éthique, une professionalité à toute épreuve. Le jour où n'existent plus que des radios et TV commerciales, vivant des publireportages et des publicités, ça va être bien plus difficile de se fâcher avec un sponsor potentiel - de la chimie, des assurances ou de l'immobilier.

Qui peuvent se permettre de brocarder les politiques et d'agender à une bonne heure d'écoute des documentaires didactiques mais moins attirants pour le grand public. Avec des médias audiovisuels privés, plus de telles programmations, la primeur au match, aux beautiful people, à la distraction - du pain et des jeux et de l'audimat ... puisqu'il faut que ça rapporte au quotidien. Ca peut faire plaisir au quotidien. Mais c'est la fin programmée d'un pays, d'une communauté agissant et se comprenant comme telle. Le superficiel érigé en principe de vie.

Ce n'est pas une caricature. On a vu ce que Berlusconi a pu faire en Italie grâce à des médias à sa dévotion. En gros, 20 ans de perdu pour le pays, ça fait cher payée la minute de distraction... Non épargnez-nous cela, on ne change pas une équipe qui gagne. Que la SSR reste un producteur, un diffuseur et soit au quotidien à l'antenne, notre SSR à nous, pas un quarteron d'actionnaires intéressés par le rendement à court terme et la brosse à reluire aux petits copains. Le service public, c'est le coeur de la nation, avec la radio et la TV on s'en rend pleinement compte. Ne jouons pas avec le feu. Et quand les pyromanes de la cohésion sociale ont le culot de s'appeler "Avenir suisse", disons-le leur haut et fort, de cet avenir-là, nous n'en voulons pas!

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Commentaires

@Monsieur Longet votre article reflète le bon sens celui de nos anciens qui ont su nous enseigner des adages emplis de sagesse comme ,mieux vaut un tien que deux tu l'auras ,on n'échange pas un borgne contre un aveugle et autant garder ce qui parait imparfait à certains car on sait qui on a mais on ignore qui on aura et de toutes manières si changement il y a ,suivront de nouvelles plaintes de mécontentement
On est beaucoup d'internautes non accrocs au système virtuel et beaucoup se demandent si le mot divorce n'a pas pris en otage de nombreux cerveaux qui espèrent obtenir sur un simple claquement de doigts des changements réformes tous azimuts avec davantage d'ennuis à la clé pour tous les contribuables
Car nous savons que si une émission ne nous plait pas il suffit d'en trouver une autre ou simplement s'occuper l'esprit à autre chose comme des nettoyages ce qui permet de redynamiser l'intellect qui n'a que trop tendance à s'endormir face a l'écran
très bonne journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 27/10/2014

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