21/11/2014

ECOPOP: les enjeux écologiques pris à l'envers

En mettant la focale sur l'effectif de la population présente sur le territoire suisse et pas sur sa consommation,  ECOPOP prend l'enjeu écologique à l'envers. Car le vrai problème n'est pas que la population actuelle en Suisse ait dépassé les 8 millions de personnes, il est qu'elle fait sienne, globalement, un mode de consommation qui, selon l'Office fédéral de la statistique, dépasse de 4 fois ce à quoi nous avons droit: «l'empreinte <écologique> de la Suisse est plus de quatre fois supérieure à sa biocapacité", lit-on sur son  site Internet: www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/01.html
Au niveau mondial, si nous continuons de la sorte, il nous faudra l'équivalent de deux Planètes déjà dans 15 ans. Autant dire que ça va chauffer, de plus en plus, et qu'on se prépare une bagarre générale pour l'accès aux ressources.


Chaque année, le WWF publie l'Indice planète vivante, dont l'édition 2014 souligne que  les populations mondiales d'espèces de vertébrés ont chuté de 50% en 40 ans. C'est notamment la restriction des espaces de vie qui explique cette chute dramatique (mais aussi le braconnage, les pesticides, etc.), soit la manière dont les humains organisent leur emprise sur le territoire. L'agrobusiness est autant en ligne de mire que l'avance des cultures sur brûlis de petits paysans chassés de leurs terres, des chercheurs d'or, des routes tracées dans les forêts primaires, des mines et champs pétrolifères, etc. Le chiffre absolu de la population n'a ici pas grand chose à voir.

Il est vrai qu'en fermant à double tour nos frontières et en ne remettant pas en cause notre prédation du monde, comme nous y conduit ECOPOP, on reste entre nous à dévorer le repas des autres. Et moins on est à le faire, plus on s'en coupe une belle tranche... Absurdité dont je suis sûr que même les initiants ne voudraient pas. Mais qui est toutefois la conséquence logique de leur texte. Alors que l'écologie nous force à plus d'équité dans le monde, ECOPOP conduit paradoxalement à plus d'accaparement entre soi.

Certes, dire que  la croissance démographique de l'humanité pourrait se poursuivre sans limites serait parfaitement irresponsable et il faut, en effet, viser à terme une stabilité planétaire, ne serait-ce que pour assurer à tous un approvisionnement suffisant. ECOPOP, donc, ne voit que cette question, mais même au coeur de sa propre thématique, la solution avancée est fausse. En effet, la réduction de la croissance démographique - jusqu'au vieillissement des populations dont nous sommes témoins dans nos pays - est la résultante presque automatique du développement, et en particulier d'une plus grande autonomie et éducation des femmes. Ce sont là les leviers de la maîtrise démographique, et non la distribution technocratique de moyens contraceptifs comme le propose ECOPOP.

Et en matière d'utilisation des ressources, c'est clairement le mode de vie et de consommation, la façon irrationnelle d'user et d'abuser de notre Planète qui est la première cause de l'augmentation irresponsable de l'empreinte écologique. Ce qui est essentiel de comprendre, c'est que nous n'avons nullement besoin pour vivre bien, pour assurer notre prospérité, notre qualité de vie et notre confort, d'un tel niveau de prédation des ressources: nous n'agressons notre Terre nullement par nécessité mais par paresse, par bêtise, par attachement aux mauvaises habitudes.

Car nous savons construire des bâtiments positifs, soit producteurs d'énergie, des véhicules solaires et/ou à très faible consommation, réutiliser les objets, les réparer, les concevoir dans cet esprit plutôt que de les condamner à l'obsolescence accélérée, bâtir sans détruire la biodiversité, réaménager des espaces pour les espèces, respecter les cycles de renouvellement des ressources renouvelables, passer à l'agroécologie pour nourrir le monde; et pour les ressources non-renouvelables, boucler les boucles, transformer les déchets en ressources... tout cela est connu et maîtrisé. Mais nullement généralisé, et souvent, encore, ignoré, moqué, méprisé.

ll se trouve que le Conseil fédéral nous propose d'amorcer la transition vers les énergies renouvelables et une rationalisation dans le consommation énergétique (voir www.bfe.admin.ch/themen/00526/00527/index.html?lang=fr); il nous propose aussi d'aller vers une économie respectueuse des ressources, pratiquant le zéro déchet et valorisant la réutilisation et la réparabilité (voir www.bafu.admin.ch/dokumentation/medieninformation/00962/index.html?lang=fr&msg-id=47945).

Or, dans ces deux propositions, il est fortement contré au Parlement. La messe est loin d'être dire, la transition vers un développement durable loin d'être assurée. La chimère ECOPOP qui pose les problèmes à l'envers écartée, reste à traiter les vraies questions, dont celles que notre gouvernement met sur la table du Parlement. Et si les adversaires d'ECOPOP pouvaient se rallier à ces propositions, à ces stratégies visant à ramener notre empreinte écologique (quel que soit le nombre d'habitants du pays) à un seuil responsable et raisonnable? Ca, ce serait un vrai changement! Il suffit de le vouloir.

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Commentaires

"Autant dire que ça va chauffer, de plus en plus, et qu'on se prépare une bagarre générale pour l'accès aux ressources."

Eh oui! Mais pas une "bagarre", des guerres. Et qui ont déjà commencé.

Vous voulez moins de consommation? Alors réduire la population la diminue automatiquement. Donc Ecopop prend bien le problème à l'endroit.

Écrit par : Johann | 21/11/2014

Cher Johann
Votre raisonnement est faux. Il n'y a aucune raison que la réduction de la population réduise "automatiquement" la consommation. Si c'est une 4x4 pour tous, deux ordinateurs par chambre, toujours plus de surface habitable par personne, une fois par mois un week-end avec une compagnie low-cost, etc etc. moins d'habitants peuvent nettement consommer plus que la population actuelle!!
La réduction technique de l'empreinte écologique sur un territoire est incontournable, que cela plaise ou non, pour peu qu'on prenne au sérieux les enjeux de gestion des ressources de la Terre, renouvelables ou non.

Écrit par : René Longet | 22/11/2014

Je vous remercie de me prendre pour un crétin qui ne sait pas raisonner ou qui raisonne faux.

Cependant si vous vous donniez la peine de consulter les statistiques fédérales concernant la consommation d'électricité vous constateriez que l'une des premières causes de son augmentation (malgré tous les appareils modernes qui consomment moins [du réfrigérateur aux ampoules électriques, en passant par les écrans plats]) est LA CROISSANCE DEMOGRAPHIQUE. Et l'"embellie conjoncturelle". Qui amène plus d'immigrants.

Les données sont ici:

http://www.bfe.admin.ch/themen/00526/00541/00542/00630/index.html?lang=fr&dossier_id=00765

Quand la consommation baisse, c'est dû à des hivers cléments...

Depuis 1984, la consommation d'électricité à augmenté de 50%. De 40000 à 60000 GWh.

Et pourtant il a fait moins froid ces 10 dernières années qu'auparavant. Il n'y a qu'à voir en ce moment.

Si une personne est seule dans son appartement, il y aura une chambre avec de la lumière, une télévision ou un ordinateur allumé. Si il y a 4 personnes, il peut y avoir 3 ou 4 chambres avec de la lumière, 3 ou 4 télévisions ou ordinateurs ou consoles de jeu fonctionnant en même temps.

Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas diminuer la consommation individuelle. Mais je vous souhaite bien du plaisir si vous voulez interdire une télévision dans chaque pièce.

Quant à votre raisonnement envisageant que TOUTE la population puisse se payer un 4x4 ou une fois par mois un voyage avec une compagnie low-cost, cela montre seulement que vous êtes coupé de la réalité genevoise.

Et comme tout le monde nous annonce une catastrophe économique en cas d'adoption d'Ecopop (qui bien sûr ne se produirait même pas), une décroissance suivant un ralentissement (au lieu d'une embellie) économique ne pourrait que diminuer la consommation moyenne.

Donc nous avons 2 raisons pour voter OUI à Ecopop:
décroissance démographie = moins de consommation globale,
décroissance économique = moins de consommation moyenne individuelle.

Deux fois gagnant. Imparable.

Et je ne parle même pas des voitures, quand nous avons:
une famille en plus = une voire deux voitures en plus.
Et donc plus de pollution, plus d'embouteillages, plus de consommation de pétrole.

De 2009 à 2013 rien qu'à Genève: 5000 voitures de tourisme en plus.

http://ge.ch/vehicules/statistiques

Et pendant ce temps la population du canton s'est accrue de 19000 habitants. Egale plus de consommation. A moins que vous vouliez que ces milliers de personnes se passent de chauffage, se déplacent à pied et ne mangent que des plats froids.

Écrit par : Johann | 22/11/2014

Il n'empêche pas moins que où que vous portiez votre regard sur le Plateau suisse, vous verrez des grues et des grues et encore des grues. Qui construisent des immeubles et des immeubles pour loger les "villes de Lausanne" que vous et les vôtres veulent laisser venir chaque année. Et comme chacun le sait, la Suisse est un pays immense où on peut construire à l'infini sans problème. Il n'y a jamais de bouchons sur nos routes, les urgences dans les hôpitaux sont facilement accessibles, les écoles ne sont pas surchargées d'élèves parlant toutes les langues de la planète...

Écrit par : Géo | 22/11/2014

Ne manquez pas en une du cahier "Samedi" une vue aérienne de Mexico par le photographe Pablo Lopez Luz, qui illustre parfaitement l'avenir de la Suisse selon l'alliance PLR/PS...

Écrit par : Géo | 22/11/2014

Si M. Longet accepte une contre-opinion...

https://danijol.wordpress.com/2014/11/22/initiative-ecopop-soutien-absolu/

Merci.

Écrit par : Danijol | 22/11/2014

C'est quand même incroyable que même après le rejet net d'ecopop il reste tabou de considérer une simple équation a deux membres:

L'impacte global sur l'environnement = La somme des empreintes individuelles

Et la somme des empreintes individuellse est l'empreinte moyenne x le nombre de personnes

Pour l’amoindrir on peut agir sur la démographie et/ou l'empreinte individuelle, le mieux étant les deux. C'est juste mathématique même si ça heurte vos convictions religieuses.

Écrit par : Oscar Goldman | 30/11/2014

Le peuple ayant parlé, et très clairement, la question de savoir s'il faut s'attaquer au nombre des habitants du pays ou à notre empreinte écologique est donc tranchée.
Il importe donc maintenant de regarder de plus près comment nous pouvons réduire notre consommation d'énergie et de matières, essentiellement importées d'ailleurs, en quelques décennies d'un facteur 3.
C'est tout à fait possible, puisque nous savons - par exemple - construire des bâtiments qui consomment très peu, voire au bilan énergétique positif; le bâtiment est responsable de quelque 40% des émissions de CO2, par exemple.
Il se trouve que le Parlement, actuellement en session, a accepté (au Conseil des Etats) une proposition du Conseil fédéral visant à favoriser le passage vers une économie assurant un bon usage ressources en en favorisant au maximum le réemploi, et que le Conseil national va devoir se prononcer la semaine prochaine sur la stratégie énergétique 2050 du même Conseil fédéral, proposant de mettre l'accent sur un meilleur usage de l'énergie et les énergies renouvelables...
De premiers pas dans la bonne direction, qui méritent le soutien de toutes et de tous.

Écrit par : René Longet | 30/11/2014

S'attaquer a l'empreinte écologique OU au nombre d'habitants n'est pas la question ! Diminuer la 1ere si la 2eme augmente annule tout le benefice de l'effort. Si vous ne voulez pas le comprendre, ou éviter la question, le résultat lui n'en sera pas moins bien réel.

NB: Selon les derniers chiffres (habilement sortis après la votation de ce weekend): 140'000 personnes ont immigré en suisse en 2013. Soit le tiers de l'Allemagne qui compte elle 80 millions d'habitants, et le record européen par habitant.
A ce rythme ça veut dire dans seulement 10 ans l’équivalent de l'aglo zurichoise ou 14 fois la ville de Lausanne sera a ajouter sur notre territoire. Or le moindre plan pour de nouveaux tracés de chemin de fer, de nouvelles autoroutes etc, voir de nouvelle écoles et hopitaux... nous prend minimum 25 ans.

La réalité des faits c'est ça, elle n'a rien d’idéologique, et ça nous rattrapera forcement.

Écrit par : Oscar Goldman | 02/12/2014

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