26/01/2015

L'Europe refondée à Athènes?

Ils ont osé, osé déchirer le carcan d'une austérité mal partagée, mal conçue. Et cette fois, le refus des contraintes,le vote protestataire, n'est pas passé par un vote de repli sur soi, d'exclusion, de division, un populisme bête et méchant. Non cette fois-ci ce n'est pas quitter l'Europe qui est recherché, contrairement à ce que les ultranationalistes anglais, hollandais, français, danois hurlent à longueur de journée et cherchent à rendre plausible aux milieux populaires rendus à juste titre irascibles devant l'impassibilité et l'impuissance de nombreux dirigeants face  à la montée des inégalités. Tout au contraire, la Grèce a opté pour une autre Europe, une Europe plus démocratique, plus équitable, plus sociale, plus présente tout en étant plus respectueuse des différences (comme le veut un vrai fédéralisme).
Elle n'est certes pas le premier pays à vouloir sortir du joug de la logique financière, à décider de rééchelonner la dette, de la renégocier voire d'en annuler une partie. Les exemples sont nombreux dans l'histoire du XXe siècle. Plus récemment, aussi par un vote populaire, c'était l'Islande qui avait imposé une sérieuse redéfinition de son assujettissement au carcan financier.

Mais c'est la première fois dans l'histoire récente du continent que la perspective de la reconstruction d'un Etat, d'une société, d'un pays, d'un mode de développement se présente de façon aussi ample.


Nous pouvons en effet distinguer quatre axes d'engagements et d'espoir majeurs:

1) Une volonté de réformer l'Etat, un Etat largement inadapté, pléthorique, aux comportements clientélistes et autoritaires d'un autre temps, avec emplois fictifs et organisations parallèles qui parasitent le corps social bien plus qu'ils ne le servent. Le vote de ce dimanche est un vote-sanction à l'égard d'une telle conception de l'Etat, qui devra  désormais concilier efficacité et équité, fonctionnement démocratique et transparence, se déployer pour soutenir autant les initiatives créatrices que les nombreuses personnes aujourd'hui abandonnés au bord du chemin.

2) Une volonté d'égalité devant l'impôt. Ce qui rendait aussi insupportables les exercices d'austérité imposés à la Grèce était la capacité phénoménale d'aucuns de ne pas verser leur juste part, capacité souvent proportionnelle à leurs fortune et revenu! La moindre des choses est ici que, si jamais ces armateurs, promoteurs, propriétaires fonciers et autres qui se soustraient depuis des décennies à leurs devoirs devaient mettre leur argent en cachette chez nous, nous nous engagions à restituer au peuple grec ce qui lui revient.

3) Une nouvelle impulsion pour une Europe repensée autour des vrais besoins des peuples. Non cette Europe de plus en plus complexe, de moins en moins lisible, sans vrai projet mobilisateur, pressée par d'aucuns à privilégier la libre concurrence à armes inégales, mais une Europe de la régulation, de la démocratie, fédéraliste, bref plus proche de ce dessein qui seul la légitime et la justifie: fédérer les peuples et les régions du continent autour d'un projet politique fort et solidaire.

4) Enfin, un nouveau paradigme du développement. Le choix politique que le peuple Grec vient de faire ouvre une chance à une alternative au choix  désespérant entre une austérité linéaire, étouffante, et une fuite en avant destructrice selon le modèle consumériste dominant (appelée "relance"). Une alternative fondée sur la valorisation des ressources énergétiques renouvelables, un bon usage de l'énergie, un développement agro-alimentaire fondé sur le savoir-faire local, une politique du logement développant les coopératives et l'habitat durable, un tourisme respectueux des sites et des gens, un renouveau des transports publics (qui malgré de gros chantiers de réfection ... sur fonds européens voici dix ans à peine ... sont à l'agonie), un service public, de santé, d'éducation, de l'accompagnement social décentralisé et rénové. Car autant il n'y a pas de pensée unique en économie, il n'y a pas de "sortie de crise" unique.

Et si ce qui va pouvoir se passer en Grèce ne donnait pas seulement un nouvel élan pour l'Europe mais aussi à des modes de développement plus harmonieux - ce qu'on appelle le développement durable, autour d'une relocalisation solidaire? Tout cela va être passionnant à observer, nous concerne au premier chef. Car si un société arrive à se reconstruire, si elle arrive à innover, à créer, à imaginer les modes de vie de demain, cela sera un beau signal et un beau stimulant pour nous tous.

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Commentaires

Tous les fantasmes de la gauche se focalisent sur la Grèce, c'est dire la vacuité de son programme.
Un Etat pléthorique ? Je me pique pour vérifier que c'est bien vous qui le dites. On parie que Genève dispose de plus de fonctionnaires par habitant que Athènes !
Je ne me réjouis pas de la suite. La gauche de la gauche a été élue en désespoir de cause et n'apportera rien à son peuple. Elle n'a que l'arme du chantage envers l'Europe qui a eu la faiblesse de croire en la Grèce et ses représentants du moment.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/01/2015

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