01/03/2015

Occidentaux les Droits humains?

Voici peu, on aurait sursauté lors de toute remise en question de ce qui est vraiment le socle commun des acquis historiques et politiques des sociétés modernes: les Droits humains. Héritiers d'une glorieuse histoire, proclamés pour la première fois par les pères fondateurs des Etats-unis, esclavagistes et doutant même que les Noirs aient une âme, ayant fondé leur prise de possession sur la spoliation des premiers habitants, les Amérindiens. Mais réclamant pour eux ces Droits, ils jetaient sans s'en douter les fondements de leur universalité, de l'obligation qu'auront leurs descendants de les partager. Les femmes blanches, oui, avaient une âme. Du moins le même devoir que les hommes d'aller à l'église. Mais point de droit de vote, guère de droits civils, encore pour un bon moment. Logique: tout en haut de la hiérarchie: Dieu, le patriarche suprême, puis les patriarches humains, puis tout le reste. C'est qu'à la fin du 18e siècle, le repère normal était encore le suffrage censitaire: pour être citoyen, il faut compter (en banque).


La révolution française allait, peu de temps après, aller plus vite et plus loin. Puis plus près de nous, au sortir de la 2e guerre mondiale, les Nations Unies fraîchement créées sur les ruines de l'impuissante Société des Nations proclamèrent fièrement les Droits de l'Homme. Imprescriptible socle du contrat social, justification et finalité ultimes de tout pouvoir, politique, étatique, religieux, économique, ils proclament le lien indissoluble entre liberté et responsabilité, dignité et solidarité. 

Pendant 60 ans, on semblait installé dans un long fleuve tranquille d'une progression quasi automatique. En 1977 entrait en vigueur le pacte des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels, complément bienvenu, indispensable: les droits  de la personne ne sont rien sans sa pleine participation à l'économique, au social, au culturel - et vice-versa. En 1989, la fin de l'Empire soviétique, et dans la même temporalité des années 80 et 90, les progrès des mouvements féministes, semblaient à nouveau confirmer le "sens de l'histoire".
Depuis, nationalismes, intégrismes, désespérance devant la crise, montée des exclusions et des inégalités nous montrent que l'histoire n'est jamais univoque, le "progrès" jamais acquis. Et la bataille de recommencer à nouveau.

Un des arguments les plus pervers des adversaires des Droits humains est celui de leur origine prétendument occidentale, à savoir qu'ils ne correspondraient qu'aux aspirations et valeurs de l'Occident mais pas de toute l'humanité. Monde asiatique, monde musulman, monde du Sud, monde slave (et surtout russe), cela fait plusieurs cercles partiellement convergents qui se reconnaîtraient dans une autre vision de la société. Où on insisterait d'abord sur des devoirs définis par une hiérarchie autoritaire, hypocrite,  intransparente, corrompue, tenue à ne rendre aucun compte. Cette affirmation du caractère quasi néo-colonial des Droits humains est une vaste supercherie, un mythe créé de toutes pièces par les forces qui y ont intérêt: les régimes corrompus de nombreux pays, les régimes dictatoriaux tels la Chine ou l'Iran, les régimes en voie de le devenir comme la Russie de Poutine, les affairistes (de tous les pays...) pour qui l'éthique est un obstacle aussi inutile que suranné .

Heureusement, nous avons de quoi prouver la réalité de l'aspiration universelle aux Droits humains. Tiens, ces jours-ci, à Genève, si on allait nous en convaincre au Festival du Film et forum international sur les Droits humains? Magnifique occasion. Evénement très bien organisé et qui fait honneur au rôle international de Genève. Et en effet, la programmation nous mène bien loin du monde occidental:

- Pas drôle du tout d'être gay dans la Russie de Poutine, c'est ce lundi 2 mars à 18h 15. Puis le même soir, à 18h30, les Baha'is de Suisse nous convient à parler du droit à l'éducation (rappel: si l'Iran "tolère" les religions du Livre et les derniers témoins de l'antique zoroastrisme, rien de tel pour les Baha'is, persécutés activement et réduits à la clandestinité).

- Le même jour mais aussi ce samedi, un zoom sur l'Afrique du Sud. Mandela, la lutte contre l'apartheid, ça vous rappelle quelque chose? Une aspiration aux Droits humains parfaitement autochtone! Que des Noirs ont dû imposer de haute lutte aux Blancs qui les discriminaient violemment - qui ose ici parler de valeurs néo-colonialistes?? Que Mugabe parle aujourd'hui ainsi, Mandela doit se retourner dans sa tombe.

- Puis mardi 3, allons voir chez les Ouighours, oui les voisins (moins connus car sans Dalai Lama) des Tibétains, et qui commencent à bien partager le même sort. Ce n'est certainement pas par addiction à des idées néocolonialistes qu'ils revendiquent l'application, eux aussi, des Droits universels des êtres humains.

Et jeudi, un rappel sur les enfants forçats, pour bien souligner l'indivisibilité de ces Droits qui concernent tout être humain quel que soit son âge, son orientation sexuelle, sa nationalité, sa croyance (ou non-croyance)...

Toujours pas convaincu? Aucune excuse, le Festival vous attend...

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Commentaires

La femme dotée d'une âme... parole de Jésus de Nazareth à son disciple Pierre à qui il demande de ne pas écarter Marie de la communauté car "tout comme toi elle a une âme!" (Evangile de Thomas)
Vous avez raison, René Longet, de rappeler l'aspiration universelle aux droits humains également parce que cette aspiration est le moyen, le seul, garant de l'Evolution.
Droit des humains, des animaux, de la planète à commencer par le respect (pour les animaux, particulièrement dépendants, de même, les personnes affaiblies, démunies la compassion "active!" (Dalaï Lama)

Écrit par : Myriam Belakovsky | 01/03/2015

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