22/03/2015

Tant qu'il y aura des pauvres chez nous...

Genève compte plus de 120 nationalités diverses. Sa vocation internationale bien ancrée dans son identité et son histoire fait vivre, directement ou indirectement, un tiers des emplois. Connue dans le monde entier, la cité de Genève représente un des lieux d'espoir pour l'humanité, à travers les négociations internationales qui s'y déroulent, les nombreuses organisations internationales qui suivent des enjeux clé comme par exemple la santé (OMS), le travail (OIT), le commerce mondial (OMC, CNUCED) ou encore le climat (OMM). On sait moins que plusieurs centaines d'ONG locales, petites et grandes, sont à l'oeuvre dans le secteur de la solidarité internationale.


Ce sont là des milliers d'habitantes et d'habitants du canton qui ont décidé, quelle que soient leurs origines, cultures, métiers, insertions sociales, de s'impliquer dans les diverses branches de la solidarité internationale: droits humains, aide humanitaire d'urgence, promotion de solutions pacifiques aux conflits, coopération au développement, qui font la fierté de Genève. Ce sont leurs projets que les collectivités publiques soutiennent, car à Genève la solidarité internationale vit à travers les projets de citoyens d'ici pour et avec des citoyens d'ailleurs. Les pouvoirs publics - communes et canton - étudient ces projets (eux-mêmes ou à travers la Fédération genevoise de coopération) et les financent en fonction de leurs analyses et priorités.

La politique de solidarité internationale de Genève est la reflet direct de sa vocation internationale, son incarnation citoyenne. Ce n'est pas une politique menée d'en haut, "top down" comme on dit, mais un lien entre le global et le local, entre le local et le local. La coopération au développement se traduit en effet par de multiples projets locaux visant à soutenir l'autonomie alimentaire ou énergétique, l'accès à l'eau, à la santé, à la formation, des activités génératrices de revenus, permettant aux populations de vivre durablement au pays.

A chacun sa tâche et sa responsabilité. Aux grandes organisations internationales le cadrage global indispensable à un commerce qui ne soit pas de l'exploitation des personnes ou des ressources, à un développement qui s'inscrive dans les limites tolérées par les écosystèmes (exemple: le changement climatique), à la création des normes juridiques mondiales nécessaires pour vivre ensemble sur cette seule Planète que nous ayons. Aux quelque 200 Etats de la planète d'organiser leur contribution. Aux pouvoirs locaux de veiller à la leur. Et aux citoyennes et aux citoyens de s'impliquer dans des projets à leur mesure.

Cet engagement de notre canton a trouvé sa reconnaissance dans la nouvelle Constitution entrée en vigueur en juin 2013. Son article 146 est très clair à ce sujet, et l'article 212 également, qui scelle la coopération entre le secteur associatif et le secteur public; la politique de solidarité internationale est particulièrement illustrative de ce point: l'action des collectivités passe largement par le soutien aux projets de leurs habitants. La loi cantonale prévoit de consacrer 0,7% du budget cantonal aux divers volets de la solidarité internationale; ce chiffre n'est pas atteint et de loin. Par contre beaucoup de communes suburbaines y parviennent ou s'en rapprochent. Parmi elles, celles de la couronne suburbaine dont la population n'est pas parmi les plus favorisées.

Cette solidarité internationale, qui laisse 99,3% des ressources budgétaires pour des tâches au profit de la population genevoise, a longtemps été considérée comme une expression logique et citoyenne du rôle international de Genève. Elle se trouve désormais parfois contestée, par des réflexions du genre: "tant qu'il y aura un pauvre dans ma commune, pas un sou pour des pauvres ailleurs". Comme si le modeste engagement pour un monde meilleur était de nature à priver qui que ce soit sur notre territoire de prestations et d'aide sociale!

Nous vivons tous dans le même monde, et ne pouvons nous en abstraire. Le jour où nous dirions: pas un touriste d'ailleurs, pas un produit d'ailleurs... on pourra en reparler. Mais nous savons tous que ce serait tout à fait absurde; de plus même si je ne m'intéressais pas au monde, le monde viendrait à moi que je le veuille ou non. Dès lors, soyons cohérents avec le rôle international de notre canton, et apprenons à dire: je m'intéresse au monde, les marchandises et les personnes se sont toujours déplacées, organisons cela selon des règles équitables, et comme je ne renonce ni à mes voyages, ni à mes rencontres, ni à mes achats, j'en tire une responsabilité personnelle: d'apporter ma pierre à l'édifice de la solidarité.

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Commentaires

Monsieur Longet on ne peut qu'être d'accord avec votre article cependant de nombreux citoyens de ce pays voire ailleurs déplorent cette sorte de pauvreté si bien entretenue et devenue malgré elle source de marketing pour associations sur le déclin
On sait très bien que les associations non gouvernementales qui ont été créée dans les années 60- 70 arrivent en bout de souffle et doivent trouver créneaux nouveaux pour redynamiser les esprits d'éventuels donateurs
On a vu avec Greenpeace ayant perdu toute crédibilité et en procès face à celui qui avait créé cette association qui ensuite est devenue ONG
Il y a trop d'associations et les gens se méfient de plus en plus comme après la guerre avec Pro-Juventute ou les portes se fermaient au nez des enfants vendant les timbres

Écrit par : lovejoie | 23/03/2015

Ce surplus d'associations, lovejoie a amplement raison! au fur et à mesure que l'on voit se réduire comme peau de chagrin les prestations avec sous-entendus variés en guise de justifications encourage la méfiance des uns envers les autres.
La Suisse, tant qu'elle ne se laisse pas influencer par l'UE, pour ne pas dire plus, a largement de quoi soutenir les moins bien lotis d'ici comme d'ailleurs.

Écrit par : MB | 23/03/2015

Il est facile de disserter sur des thématiques internationales, quand vous devriez apporter des solutions au quotidien des Genevois. Là, vous semblez, un peux moins loquace, alors que votre mission première devrait être celle-ci, par respect de vos électeurs.

Écrit par : Courvoisier | 24/03/2015

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