31/03/2015

Gauche française, fin d'un cycle?

L'histoire semble se répéter: le 1er juin 1969, le candidat de la SFIO, le nom du PS français d'alors, à la succession du Général de Gaulle démissionnaire de ses fonctions, fait 5,01%. Il faudra ensuite toute l'ingéniosité et l'énergie d'un François Mitterrand pour reconstruire sur les ruines de ce parti une nouvelle formation, capable d'incarner une alternance crédible.


L'implosion de la gauche française est impressionnante. On peut parler de la gauche en général, car l'échec du PS n'est aucunement compensé par un succès d'autres composantes comme le Front de Gauche ou les Verts. Comment en est-on arrivé là, sur un fond de crise et de désarroi historique lui aussi?
En effet il s'agit en fait d'une auto-destruction d'un parti qui avait toutes les manettes du pouvoir en mains, voici à peine 2 ans et demie: la présidence de la République, les présidences des deux assemblées, la plupart des régions et des grandes villes. En très peu de mois, la forteresse s'effondre tel un château de sable, la descente aux enfers semble sans fin.

C'est que le pouvoir est une chose, avoir des idées une autre, les communiquer et donner un élan aux diverses composantes d'une société, donner du sens au moment présent, faire relever les défis de société ensemble en est une autre.

L'échec porte essentiellement sur ces points. En termes de politique économique, une mixture de rhétorique anticapitaliste et d'hymne à la croissance qui ne peut que décevoir un large spectre, depuis les PME ployant sous les difficultés jusqu'aux militants d'une société plus solidaire.

En termes de cohésion sociale, une morale républicaine qui ne saurait cacher cet "apartheid" social justement dénoncé par Manuel Valls (qui semble de plus en plus être un des seuls rescapés capables d'incarner les François Mitterrand de demain), à savoir ces territoires dramatiquement en déshérence et en fragmentation, que ce soient les espaces ruraux délaissés par le mouvement de concentration urbain ou ces vastes banlieues où le chômage massif des jeunes suscite à la fois le mépris des uns et la propagande intégriste des autres. Et on parle de plus en plus de génération sacrifiée. Or, la jeunesse est l'avenir de tout pays; c'est une lapalissade mais on parvient néanmoins à l'oublier.

En termes de modes de vie et de réinvention d'un modèle social, la piste de la sortie de crise par la relance écologique a bien été esquissée mais tel un mirage elle s'éloigne à mesure qu'on semble s'en rapprocher. Ségolène Royal (autre rescapée possible de la mésaventure) semble bien seule à vouloir imaginer la transition énergétique et la réduction de la place extrêmement élevée et fragilisante du nucléaire dans l'approvisionnement en électricité (plus de 75% contre 40% en Suisse, ce qui est déjà beaucoup trop!). Enfin, ce n'est que bien tard que la sécurité a été identifiée comme un bien public qu'il faut assurer pour faire respecter la loi, ceci dans le respect de la loi.

Tout pays a besoin d'un équilibre politique, d'une capacité d'alternance républicaine. Les processus électoraux mettent de plus en plus en place une alternance limitée à la droite et à l'extrême-droite et un partage inquiétant des tâches s'installe dans les esprits: la gestion territoriale et de l'économie à la droite, les enjeux sécuritaires et identitaires à l'extrême-droite. Une mixture improbable et pourtant réelle entre le néolibéralisme qui livre un pays à la loi du plus fort et qui néglige nécessairement les enjeux écologiques et sociaux, et le protectionnisme nationaliste qui proclame le repli sur soi et la ségrégation des populations selon leur origine et leur culture...

La responsabilité dans tout cela d'un homme, le président, est grande. A vouloir être normal, il s'est en fait retiré de toute ambition à un leadership pourtant cruellement nécessaire, se limitant à arbitrer de la façon la moins lisible qui soit les coups des uns et des autres. Or, un président "normal", ça n'existe pas, est une contradiction dans les termes. Et par voie de conséquence, un président avec un objectif de normalité ne saurait que se retirer de toute existence présidentielle.  Cruelle déception, car comment retrouver la confiance perdue si on a perdu la capacité de susciter l'élan nécessaire à l'avancement des choses, si on s'installe soi-même dans le rôle de spectateur alors que le rôle fondamental de tout dirigeant, à tous les niveaux, est d'être moteur?

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Commentaires

La France a besoin d'un chef, qui ait des idées, se projette dans l'avenir de ce qu'est ce monde contemporain impitoyable. Pour cela il fait sortir de la systématique du moule ENA. On a là toute une génération de politiciens issus du même moule, n'ayant jamais - à de trop rares exceptions - connu le monde "réel", celui de l'entreprise, de la création, de l'innovation et ....de la concurrence. Un monde où l'on se coopte, se soutien ou se trahit, au gré de la croyance que la seule chose qui compte c'est de gagner une élection, conserver son siège ou simplement sa chasse gardée. Le réveil est difficile car même le magicien Mitterand, illusionniste notoire qui avait fait croire qu'il était de gauche, n'avait en fait que réussi à utiliser les synergies et assouvir le seul souhait viscéral qui l'habitait : prendre la place de de Gaulle. Oui le réveil est dure pour toute une classe politique "biberonée" et entretenue au mythe de la suprématie des élites politiciennes. Mais rassurez-vous ce sont toujours les mêmes qui en paieront les conséquences, les faibles et les crédules. Pauvre France.

Écrit par : uranus2011 | 31/03/2015

Puis Jésus dit à ceux qui étaient là (Luc 19.24): «Enlevez-lui cette pièce d'or et remettez-la à celui qui en a dix.» 25 Ils lui dirent : «Maître, il a déjà dix pièces !» 26 — «Je vous l'affirme, répondit-il, à celui qui a quelque chose l'on donnera davantage ; tandis qu'à celui qui n'a rien on enlèvera même le peu qui pourrait lui rester.

La nature, dont l'homme fait partie, est brutale. De la bactérie aux galaxies le principe de la survie est à l'oeuvre. L'ignorer c'est mourir.

Le salut ne viendra évidemment pas du politique mais de la technologie avec le web 3.0 qui consacrera l'ère des communautés et du pouvoir redistribué par l'accès de tous aux réseaux grâce à l'internet des objets.

Écrit par : PIerre Jenni | 01/04/2015

François Mitterand, dont le ministre Bérégovoy s'est suicidé après avoir alloué une somme astronomique des caisses de l'état à l' "industriel" Bernard Tapie, c'est de celui-ci que vous nous parlez ?

Le Miterrand qui nationalise et spolie l'industrie française qui se voit obligée à quitter, que dis-je, à fuir la France ?

De 1981 à mai 1995, l'empereur socialiste en causé des malheurs ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 04/04/2015

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