23/04/2015

Frontaliers, de l'espoir qu'on puisse à nouveau en parler sereinement...

Parmi les résultats frappants du premier tour des municipales genevoises, il y a bien le plafonnement voire le recul des formations populistes et le renforcement des deux partis du centre-droit, PLR et PDC. Il serait cependant tout faux de considérer que le fonds de commerce du populisme a du coup disparu. Le malaise ressenti au sein du milieu populaire et de la classe moyenne devant une mise en compétition inégale sur un marché insuffisamment régulé ne s'est pas évaporé comme par enchantement.


Les partis gouvernementaux ont simplement reçu une seconde chance pour faire la preuve qu'il y a de meilleures façons de traiter ces questions que  la surenchère démagogique ou d'opposer les catégories les unes aux autres. Il faut à ce titre toujours se rappeler que l'intérêt général se mesure toujours à l'aune de l'intérêt des plus faibles.

Tout traitement d'un sujet nécessite qu'on en connaisse bien les données. Les chiffres les voici dans toute leur simplicité:

- sur les quelque 300'000 emplois du territoire genevois, plus d'un tiers est assumé par des personnes domiciliées hors de ce territoire, soit 110'000 travailleuses et travailleurs. Ces personnes parcourent chaque matin et chaque soir des distances de plus en plus conséquentes pour répondre à l'appel des employeurs genevois, entreprises, services publics et organisations diverses. 50 km deux fois par jour sont devenus monnaie courante.

- Sur ces 110'000 pendulaires du quotidien, un quart environ, 30'000, viennent du canton de Vaud.

- 20'000 autres sont des ex-résidents du territoire genevois que le manque criant de logements à des prix abordables a poussés à habiter en France voisine,et partageant du coup les avantages et les inconvénients de la vie de frontalier.

- Les 60'000 pendulaires restants sont des Français de France, venus parfois de fort loin.

Sans cet apport extérieur, nos commerces, nos services (y compris les services publics, comme les TPG ou les HUG) fonctionneraient avec des temps d'attente insupportables, au ralenti, voire pas du tout.  Un emploi sur trois...

Le discours populiste consiste à jeter de l'huile sur le feu d'un certain ressenti populaire en opposant ces 60'000 frontaliers français aux quelque 20'000 demandeurs d'emploi résidant sur le territoire genevois. Les chiffres sont très clairs: même si on parvenait à remplacer 20'000 de ces frontaliers par 20'000 chômeurs genevois, il resterait encore 90'000 pendulaires avec toutes les nuisances engendrées par ce trafic aujourd'hui encore largement assumé en voiture (on attend le CEVA, les parkings d'échange et les lignes de tram transfrontalières - toutes choses combattues par les populistes!)... Peu significatif, car le vrai enjeu est la forte attractivité de Genève en tant que  métropole régionale.

Et si on commençait à parler autrement de ces situations que par des approximations et des invectives? Cela donnerait des objectifs comme "intensifier les efforts de qualification des demandeurs d'emploi genevois", "lancer des offensives de motivation pour les métiers de service et manuels", "lutter contre le dumping salarial et le travail au noir", "demander aux employeurs de donner leur chance, à compétence égale, aux demandeurs d'emploi déjà sur le territoire"... entre autres. Tout autre chose que "commune zéro frontalier"!

Tout cela dans le cadre d'une intensification et visibilisation de la coopération transfrontière, dans cet espace imbriqué depuis des siècles et dont il faut maintenant se donner les moyens d'un développement équitable et équilibré.

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Commentaires

Chiche !!!
Pourquoi donc ne pas s'évertuer à le faire et ce, au plus vite ?

"Les chiffres sont très clairs: même si on parvenait à remplacer 20'000 de ces frontaliers par 20'000 chômeurs genevois, il resterait encore 90'000 pendulaires".

Les demandeurs d'emploi de Genève ne demandent que cela.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 24/04/2015

Oui cher Monsieur en sachant cependant deux choses qui sont strictement liées aux faits:
- les nuisances objectives du trafic pendulaire quotidien n'en seront que marginalement diminuées;or, ces nuisances sont une des causes majeures de l'agacement des Genevois. Cela souligne la nécessité de débattre du développement de Genève et de mener une vraie politique d'équipement en transports publics. Comparez la région genevoise (le "Grand Genève") sous cet angle avec les agglos de Bâle et de Zurich: notre retard est énorme.
- le retour sur le marché de l'emploi des personnes qui en sort sorties à Genève nécessite une vraie coïncidence entre les cahiers de charge et besoins définis par les entreprises (privées ou publiques) et les aptitudes concrètes des demandeurs d'emploi. C'est pourquoi une offensive de qualification et une lutte contre la sous-enchère salariale demeure un des enjeux-clé de la lutte contre le chômage.

Écrit par : René Longet | 24/04/2015

Chiche une fois encore ... toute diminution, même marginale peut soulager un peu, non ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 24/04/2015

Monsieur Longet, je suis très content de constater que nos relations ont tant évolués.
Il fut un temps, vous ne publiez pas mes commentaires.
Je suit avec plaisir le débat qui s'installe entre nous.

Concernant les demandeurs d'emploi de Genève, le M.C.G. oublie toujours de se mettre à la place d'un employeur potentiel, pour lequel l'embauche d'un citoyen européen, qui ne parle pas ou alors très mal le français, n'est pas aussi simple que d'embaucher un frontalier de France, qui lui, le parle très bien, bien mieux que le premier.

Cela est en effet dommageable pour tout le monde, se mettre à la place de l'autre, serait bien plus bénéfique pour tant de politiciens, de milice ou professionnels.

L'U.D.C. aussi avait oublié au passage de profiter de l'occasion de la votation du 9 février 2014, de préciser que les allemands viennent à Zurich aussi comme professeurs, pour les fameuses têtes blondes ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 24/04/2015

"Les chiffres sont très clairs: même si on parvenait à remplacer 20'000 de ces frontaliers par 20'000 chômeurs genevois, il resterait encore 90'000 pendulaires".

Tout le probleme est la ! vous etes incapable de le faire ou ne voulez pas le faire pour d'obscures raisons.

Je ne trouve pas normal qu'un pays employe des personnes etrangeres alors que des chomeurs locaux pourraient faire l'affaire !

Et ne me sortez pas votre couplet sur les competences, nous savons tous que ce n'est qu'un pretexte falacieux. Les genevois ne sont pas plus betes que les francais.

Écrit par : bob | 24/04/2015

Monsieur Longet,
Comment obtenez-vous le chiffre de 20'000 chômeurs? Pour mars, l'OCE en déclare 13'000, chômeurs en fin de droit compris...

Écrit par : ciaociao | 27/04/2015

Si vous attendez le CEVA pour alléger le trafic à Genève, vous pouvez attendre encore longtemp car aucun chantier n'a débuté en France et, comme le président va bientôt être remplacé (Flamby est poussif), les délais seront encore prolongés, peut-être même que ce projet sera abandonné. Pour ce qui est des parkings, cela dépend uniquement de la France car ces infrastructures ne dépendent pas de notre pays. Quand aux lignes de trams, c'est aussi la France qui devra délier les cordons de la bourse car il n'y a aucune raison que ce soit les genevois qui payent. Concernant nos chômeurs, je constate que même les contractuels viennent de France (ce qui leur permet d'éviter de coller leurs compatriotes)et de se venger sur les genevois anti-frontaliers !! Stop à l'invasion !

Écrit par : Gedeon Teusmany | 27/04/2015

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