28/04/2015

Pierre Weiss, un combat pour des idées

Pierre Weiss vient de succomber à un mal particulièrement sournois. Nous étions nombreux à admirer son combat, sa façon directe et limpide qu'il avait d'en parler, sans jamais en charger son interlocuteur. Et avec une très grande dignité, en le prenant à témoin, il en faisait un compagnon même d'un petit instant. Nous tous en étions impressionnés, émus, touchés. Nous étions nombreux à admirer son courage, sa capacité de lutter. Hélas, même les derniers progrès de la médecine, dont il avait accepté de faire l'essai, n'ont pas permis qu'il puisse prendre le dessus.


Souvent nous nous sommes affrontés, étonnés aussi de la position de l'autre. Moi de me demander comment avec une telle intelligence, une telle vision des choses, on pouvait encore croire que le marché et la consommation allaient guérir les fractures du monde. Et lui sans doute de sourire de ma naïveté à toujours vouloir argumenter, convaincre alors même que les opinions étaient faites.

Mais toujours j'ai salué en lui l'homme. L'homme qui ne se cache pas derrière ses idées, parce que ce sont vraiment les siennes, celles dont il est fait. L'homme qui ne se donne pas un rôle, car il l'assume pleinement, il est tel qu'il est. L'homme enfin qui ne se résigne jamais à l'à-peu-près, à la facilité, aux compromis fumeux, aux approximations. Qui n'hésitait jamais à sortir de son carquois telle flèche acérée, telle pointe polémique, car il savait que l'adversaire était de taille, et c'était le respecter que de ne pas le ménager: finalement, il avait accepté d'en découdre, il connaissait le risque. Gare à son contradicteur pris de court. L'homme, aussi, qui savait - tout en étant tout à sa tâche - ouvrir avec son interlocuteur d'autres dimensions. Celles de l'histoire, de la trajectoire humaine, de la culture, du plaisir d'être simplement là sur cette Terre.

Etre exigeant avec soi-même permet de l'être avec les autres, et allier rigueur, passion et esprit de répartie est vraiment la formule gagnante de tout débat politique de qualité. Ne rien céder mais écouter. Affirmer mais progresser. Savoir qu'on n'a pas raison tout seul, et savoir aussi contribuer à partir de là, à travers la confrontation, à cette raison collective qui s'appelle la démocratie, la république.  Sans vrai débat, pas de démocratie, à l'heure de l'invective et du slogan, cela mérite d'être rappelé.

Merci Pierre Weiss pour cet apport essentiel à notre vie publique. Mes sincères condoléances à sa famille et à tous ses proches.

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