11/05/2015

Onex, Lancy, Vernier, alliances de circonstance ou nouveau départ démocratique?

Les perdants du jour sont décidément fâchés contre le peuple. Et font ce qui caractérise tous les mauvais perdants: ils demandent à modifier la règle du jeu de ces élections et interdire que les partis puissent s'allier au 2e tour - justement ce qui fait, aussi,  l'intérêt d'un 2e tour.

Rappelons tout d'abord que les électrices et électeurs sont tout à fait libres de voter comme ils l'entendent. Et que ce qu'il faut demander à un système électoral, c'est que le hasard du scrutin majoritaire ne donne pas tous les sièges à la liste qui a juste une majorité relative, et où par hypothèse une majorité d'électrices et d'électeurs, ayant choisi d'autres listes, se retrouveraient dès lors exclue de toute représentation.

Pouvoir s'allier entre partis est donc une exigence démocratique, l'empêcher restreint la démocratie.


Certes les alliances à Onex, Lancy et Vernier avaient comme point de départ un agacement croissant à l'égard de personnes et d'une formation dont les trois candidats non élus sont décidément les leaders sinon juridiques du moins "naturels": Stauffer, Golay et Cerrutti (curieux, deux gendarmes ou ex-gendarmes sur trois... que viennent-ils faire si nombreux dans cette galère?). Ces trois candidats ont ainsi réussi au moins un exploit: fédérer les autres forces contre eux. Pourquoi? Pas par bas calcul électoral, mais par la faute de leurs excès et de ceux de leur formation. De par le comportement d'une formation qui semble sans limites, qui crée une agitation permanente, un climat de surenchère, aux positions sur passablement de points largement imprévisibles. Mais s'allier contre ces excès qui finissent par ronger la confiance dans les institutions, la fiabilité des exécutifs, leur fonctionnement même, ne serait en effet pas tout à fait suffisant...
Et c'est là que la chute des uns s'accompagne d'une nouvelle volonté de travailler ensemble des autres.

C'est cela la grande innovation. Verts, PLR, PDC et Socialistes ont des visions sur pas mal de points très divergentes, sinon il n'y aurait pas de raison que ces partis existent de manière différenciée. Mais ils ont aussi des convergences, sinon il ne serait pas possible d'administrer ensemble des villes, de voter ensemble des crédits, des projets et des résolutions dans les conseils municipaux. Trouver le délicat équilibre entre affirmer les différences qui seules justifient qu'il y ait pluralité de partis, et capacité de valoriser un tronc commun, voilà un exercice salutaire, qui sera j'en suis sûr apprécié des citoyens, qui ont besoin de savoir qui propose quoi, certes, mais aussi qui peut travailler pour le bien public avec qui et sur quelles bases.
A ce titre, à Onex, par exemple, un certains nombre de propositions concrètes (et pas des "promesses" de gratuité) ont été proposées à la population, qui permettront aux élus de jeter les bases d'une coopération positive.

Mais la tâche des partis dont le point commun est de ne pas accepter la surenchère populiste ne s'arrête pas là: le populisme est un thermomètre, il est une mesure de l'angoisse et des préoccupations d'une partie de la population qui se sent fragilisée, exclue, non prise en compte. La preuve est faite que le populisme ne se prête pas pour gouverner. Mais, divers présidents de partis l'ont dit dans leur commentaire des élections du 10 mai, la responsabilité des élu-e-s et de leurs formations est maintenant de donner une réponse à ces inquiétudes. Une réponse constructive, positive, tangible, qui doit permettre à ce 25% d'électorat inquiet de recommencer à se connecter à une certaine forme de confiance et d'implication.

Les enjeux de cette inquiétude sont essentiellement au nombre de 4: la sécurité, l'intégration, l'emploi, l'agglo.

Reprenons-les brièvement. Pour la sécurité, il y a consensus je crois pour une présence policière effective sur le terrain, afin de garantir sur tout le territoire une prestation publique qui est, tout simplement, le respect de la loi, y compris quand il s'agit d'un arrachage de sac à mains, de deals ou de vols de vélos. Et cette garantie du respect de la loi passe elle-même évidemment par le respect des formes que la loi prescrit. Pour l'intégration, il devrait y avoir consensus sur le fait que la collectivité est portée par tous ses membres, quelles que soient leurs origines et nationalités, et que la clé du tissu social est le respect par tous de la loi commune et l'apprentissage réciproque de la diversité; d'ailleurs de nombreux partisans des formations populistes sont issus de l'immigration, leur propre historique devrait porter témoignage de dynamique positive et non de refus. Pour l'emploi, une vaste offensive pour la réinsertion des personnes en quête d'emploi, une lutte ferme contre le dumping salarial devraient être les bases d'une action efficace et visible. Enfin, structurer, légitimer démocratiquement, organiser le vivre ensemble dans notre espace géographique franco-valdo-genevois partagé devrait être une priorité des formations politiques chargés de responsabilités exécutives dans nos communes.

C'est à ces conditions que la victoire de ce dimanche sera non un moment parmi d'autres d'une variabilité démocratique mais un nouveau départ pour un nouveau style politique.

16:09 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

"Mais s'allier contre ces excès qui finissent par ronger la confiance dans les institutions, la fiabilité des exécutifs, leur fonctionnement même, ne serait en effet pas tout à fait suffisant... "

Non, les partis populistes se sont justement développés en raison de la perte de confiance dans le politique et non pas l'inverse.

Parler de nouveau départ démocratique, fallait oser ! L'exemple le plus marquant est certainement celui de la Suède : http://www.contrepoints.org/2015/01/27/195862-coup-detat-en-suede

Écrit par : Pierre Jenni | 12/05/2015

L'alliance à Vernier avec Pierre Ronget (PLR) n'est-elle pas vouée à un triste sort ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 12/05/2015

Les commentaires sont fermés.