04/07/2015

Crise grecque: tragédie confirmée ou dénouement possible?

La Grèce antique nous a légué ses tragédies, dont certaines inspirent encore de nos jours auteurs et spectateurs de théâtre. La situation de la Grèce d'aujourd'hui nous présente une pièce grandeur réelle et en grand format où tous les acteurs semblent jouer faux:


- Une Europe qui s'acharne sur un pays qu'elle avait accepté voici plus de 30 ans dans l'euphorie, pensant que tout finirait par s'arranger et que personne ne verrait rien. Alors qu'on savait les comptes nationaux faussés et la gouvernance défectueuse. Le risque de l'adhésion, d'abord à l'UE, puis à l'Euro, a été pris en connaissance de cause pour des raisons politiques par ailleurs parfaitement honorables. Une UE qui n'a cessé de financer notamment des infrastructures, dont certaines inutilisées faute de ressources pour les exploiter, comme le réseau ferroviaire rénové récemment à grands frais...

- Une Grèce qui a terriblement tardé à faire le ménage chez elle, parmi ceux qui ne paient pas d'impôt, les profiteurs de toute sorte, les fonctionnaires fantômes, le clientélisme à tous les niveaux. C'est que tout ce beau monde s'est accordé pour faire payer la population. C'est le gouvernement conservateur qui voici quelques années, à la veille d'élections, a engagé des milliers de fonctionnaires supplémentaires en vue d'obtenir des voix. Précédemment, des avions de combat et des sous-marins ont été acquis à grands frais. Et tout récemment (27 juin) on pouvait lire dans la Tribune de Genève que les armateurs grecs (16% de la capacité de transport maritime mondiale) échappaient toujours au fisc!

Alors que les responsabilités sont largement partagées, on joue à se faire peur, et les Etats membres de l'UE au Sud et à l'Est qui ont passé à l'essoreuse des programmes de réformes structurelles ne voient pas pourquoi la Grèce y échapperait. En effet. Mais à quoi bon pousser au désespoir un peuple entier qui n'en peut rien? Pour le jeter dans les bras de la Russie ou de la Chine? A quoi bon punir le parti au pouvoir depuis six mois et qui est à peu près le seul à avoir les mains propres? Le coût d'une faillite d'Etat est bien pire que celui d'un rééchelonnement de la dette. Et que signifie le devoir de rembourser alors que l'on voit les mêmes Etats prêteurs soutenir à coups de milliards des entreprises dites "too big to fail", banques ou autres, elles aussi souvent très mal gérées et organisées? Avec déjà un quart de la population au chômage, une misère sociale qui augmente, jusqu'où veut-on pressurer un peuple?

Pourquoi ne pas échelonner une partie de la dette et caler son remboursement sur l'évolution du PIB grec et passer le solde par pertes et profits? Des réformes oui, mais en parallèle à de l'oxygène pour l'économie grecque, pas en préambule. Il faut en tout premier retrouver une dynamique économique avant de pouvoir servir une dette engagée sous d'autres gouvernements, dans d'autres contextes. La relance de l'économie doit être la première des priorités.

La descente aux enfers peut encore être évitée, ce serait cela la grandeur, et l'utilité, de l'Europe - d'une Europe dont nous pourrions être fiers. Avancer ensemble ou chuter enchaînés dans une spirale descendante, tel semble bien le choix de ces prochains jours. Alors que la tragédie reste là où on l'apprécie, c'est-à-dire au théâtre mais qu'elle épargne le monde réel!

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Commentaires

Et dire qu'après ces mises en garde d'autoritarisme, il existe encore en Suisse, des europhiles enthousiastes ...

http://www.europa.ch/index.asp?Language=FR&page=home_163_205

Serait-ils déçus par la chute du Mur de Berlin et celle de l'Union Soviétique ?
Nostalgie ... quand tu nous tiens ...
Il se peut fort que ce soient des rônins, à la recherche d'un nouveau maître.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 04/07/2015

Ne pas rater le blog de Ruben-Hayoun, le moralisateur exegète de la Kabale , admirateur sans fin de la finance internationale. à vomir.

Écrit par : briand | 04/07/2015

A part de l'huile d'olive, de la feta et peut-être une bouteille d'ouzo, vous avez beaucoup d'autre biens manufacturés en Grèce chez vous ? Avec une population inférieur la Suisse pèse 10x plus dans les exportation mondiale.

Bref tout ça pour dire que solidarité européenne ou pas, il n'y aucune raison ou moyen rationnel qui feraient que les grecs vivent mieux que ce qu'ils sont et font. Sauf peut-être en s'endettant sans jamais rembourser...

Écrit par : Eastwood | 04/07/2015

quelque soit le dénouement de sa manoeuvre pseudo-démocratique, Tsipras n'a utilisé ses mois au pouvoir que pour faire sa danse des 7 voiles devant un conseil de l'UE dansant le sirtakis à son rythme -

soit rien de démocratique du bogosse, hormi des visées de manips populaires,
où le populo demande, subi et nourrit

- la dépendance de ces accros aux ambitions politiques que sont Tsipras & son ministre des finances

- la corruption en continuité du système clientéliste et placement des copains & famille (Tsipras a appliqué à ses proches ce modus-operandi de ses prédecesseurs)

- les pré-retraites dès 53 ans de ces fonctionnaires hors-sol dont le nombre a gonflé au max / l'un des moyens de la Grèce pour afficher 1 pib positif

- la croissance de leur économie parallèle, du black & évasions fiscales à tout va, comme unique pilier de survie

et les européens avec eux, la "retructuration de la dette gr" signifiant échellonnement d'une partie de celle-ci .. et abandon du reste,
au prix de

- la hausse des taux d'intérêts et des dettes nationales
- la baisse de l'euro
- le discrédit des marchés vis-à-vis de l'euro
- la perte de confiance des pays européens, dans l'Europe

sans parler de la bulle financière (faut s'y préparer) créée par la BCE perfusant des mois durant les guichets des banques grecques

auxquels s'ajoute pour certains européens (surtout Allemagne et France),
le paiement de la restructuration des dettes grecques, soit

- prolongement des crises de l'emploi, aggravation des difficultés de redressement, d'investissements, pertes de pouvoir d'achat,
- réductions ad minima des dépenses sociales.

Bref, quelque soient les résultats grecs, le chantage géo-stratégique des bogosses
"nous première démocratie, berceau de l'Europe, vous disons: attention, voilà l'Afrique du nord, les turcs, et sinon voilà Poutine!"

va se payer cher, très cher... pour les français en première ligne.

Écrit par : genevois déshérité | 05/07/2015

Le problème se situe au fait que la Grèce est un Etat désorganisé, et que les Etats européens les plus faible qui eux ont fait des efforts, ne voient pas pourquoi aider sans fin un pays qui fuit ses responsabilités.
Si la Grèce, enfin, fait les changements structurelles nécessaires pour un bon fonctionnement de l'Etat, la confiance serait là et les aides aussi.
La responsabilité est totalement grec.
L'Europe n'est pas un monstre et les citoyens européens n'ont pas envie que leurs impôts servent indéfiniment à combler les carences grecs

Écrit par : Glob | 05/07/2015

"La responsabilité est totalement grec."

La responsabilité qui doit être retenue est celle de ceux qui ont décidé comment les prêts de 2009 devaient être dépensés, les dirigeants de la zone euro.

Ils ont refusé de négocier la structure de la dette 2009 de la Grèce, pour consacrer 48% des prêts au paiement d'écheances de dette et de taux d'intérêts, rapportant 2 milliards d'euros par an à la BCE, et plus de 20% des prêts au rachat au prix fort de la dette grecque détenue par les marchés privés.

Mais tout celà n'est que de la fumée pour éviter que les principaux responsables ne portent le chapeau.

C'est déjà écrit en allemand: l'explosion de l'Euro est programmée.

Depuis 2012, l'Allemagne d'Angela Merkel consacre l'ensemble de ses ressources disponibles à la réduction de sa dette publique.

L'Allemagne s'est fixée comme objectif de réduire sa dette à 69% du Produit intérieur brut (PIB) à l'horizon 2017, contre plus de 80% en 2012, et à 60%, soit le plafond fixé par le pacte de stabilité européen, d'ici 2024.

La récession de 2008-2009 a fait des dégâts en Allemagne, sa dette passant de 64% en 2007, à 81% en 2010. Mais depuis 2010, les crises en Europe conséquentes à la récession sont pour l'Allemagne un véritable boulet.

Écrit par : Chuck Jones | 06/07/2015

L'euro a été créé pour servir l'hégémonie allemande. Et ça y est, on y est. Merkel gouverne l'Europe (BCE, institutions, commission, politique économique etc) Eh bien je dis : Laissons-la, toute seule, décider. Qu'elle se dé....brouille.

Écrit par : jean-louis | 06/07/2015

Les socialistes, en bon donneur de leçon, viennent nous expliquer ce qui se passe, que ce n'est pas la faute du peuple Grec, que les salauds c'est forcément les autres, et que bien sur, ils savent ce qu'il faut faire.

Après nombre d'entre eux, voici venir René Longet qui nous fait part de ses pensées drapées de vertu et de compassion pour les grecs, voici venir la solution de René Longet. Le socialiste est un bien curieux intellectuel: il propose des solutions aux problèmes qu'il a lui-même crée.

Regardez, je vous le montre de façon très sommaire. Voici le classement international par rang de la Héritage Foundation quand au degré de liberté économique dans les différents pays d'Europe de l'ouest, donc réciproquement du degré de collectivisme ou socialisme de ces pays. Un chiffre petit indique plus de liberté économique et donc un chiffre grand plus d'étatisme en matière économique.


5 Suisse
11 Danemark
13 Grande Bretagne
16 Allemagne
17 Pays-bas
21 Luxembourg
23 Suède
27 Norvège
30 Autriche
40 Belgique
49 Espagne
64 Portugal
73 France
80 Italie
130 Grèce

Ne trouvez-vous pas que cela ressemble méchamment à l'ordre inverse dans lequel ces pays ont des problèmes? Mieux, n'est-ce pas un ordre qui ressemble à celui de la prospérité? La preuve, classement du PIB par tête en parité de pouvoir d'achat:


2 Luxembourg
6 Norvège
8 Suisse
11 Pays-bas
15 Autriche
16 Allemagne
17 Suède
20 Danemark
23 Belgique
25 France
27 Grande Bretagne
28 Italie
33 Espagne
41 Portugal
43 Grèce

La ressemblance entre les ordres est frappante: plus un pays est économiquement libéral (sur le premier classement), et plus il est prospère, réciproquement, plus il est étatiste/socialiste et moins il est prospère.

Monsieur Longet se plaint également indirectement de ce que la Grèce est un terreau fertile pour la corruption. Cela aurait-il aussi un rapport avec son degré de collectivisme? Vérifions rapidement. Prenez maintenant le classement de corruption (indice de perception de corruption CPI) des mêmes pays (plus le chiffre est grand plus le pays est corrompu):

1 Danemark
4 Suède
5 Norvège
5 Suisse
8 Pays-bas
9 Luxembourg
12 Allemagne
14 Grande Bretagne
15 Belgique
23 Autriche
26 France
31 Portugal
37 Espagne
69 Grèce
69 Italie

L'ordre est sensiblement le même que dans les deux classements précédents. Impressionnant n'est-ce pas?

En somme, plus un pays est socialiste moins il est prospère et plus il est gangréné par la corruption. Et là on ne peut pas dire que l'on compare des pays non comparables comme si on comparait des pays du tiers-monde à des pays développé, j'ai pris spécifiquement les pays de l'ouest de l'Europe, donc assez comparables.

On peut le faire comme ici à la louche, on peut aller voir ce que l'économétrie bien faite montre. C'est sensiblement pareil.

Ce que j'aime le plus chez les socialistes, c'est que sans le comprendre, ils ne cessent de se plaindre des conséquences de leur propre politique. Ils pensent être la solution aux problèmes, alors qu'ils en sont la cause.

Yaka! Faucon! Ecoutons-donc les solutions de Monsieur Longet, c'est sur que ceux qui défendent la doctrine qui créent ces problèmes sont les plus à même de les résoudre.

Vous voulez plus de prospérité et moins de corruption Monsieur Longet? Il y a une solution très simple, ce qu'il nous faut c'est plus de liberté économique et moins de socialisme. Je sais, ça va être difficile à admettre pour vous, mais c'est ce que les données montrent. On le sait les nombreux pays qui pour leur plus grand malheur se sont adonnés pleinement aux joies du socialisme.

Vous voulez que la tragédie reste au théâtre et épargne le monde réel ? Disons que le théâtre grec que vous invoquez s'est invité sur votre blog pour l'espace d'un instant : vous êtes Cléon, et moi, tel Aristophane je viens de vous clouer au pilori de la réalité.

D'autres commentaires?

Écrit par : Frederic Bastiat | 06/07/2015

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