14/10/2015

Réfugiés: sortir des fantasmes

Le repli sur soi est la réaction commode quand nos propres difficultés nous bloquent toute vision d'ensemble. Il est facile d'envoyer au diable les mauvaises nouvelles, que ce soit sur les guerres au Proche Orient, les violations des droits humains ou le changement climatique. Et je serai le dernier à négliger les soucis du quotidien qui peuvent être très lourds, que ce soit la maladie, la précarité, la solitude, la perte d'un emploi et toute autre chose pesante qui prend logiquement beaucoup de place dans une vie.

Mais peu importent les raisons d'un déni, d'un refus de voir la réalité plus globale. Qu'on le veuille ou non, elle s'invite chez nous.


La migration est une histoire ancienne. Les humains ont toujours migré. Nous avons été bien plus longtemps nomades que sédentaires. En même temps, l'appropriation d'un territoire, puis sa défense est aussi une histoire ancienne.

Réguler les migrations est la tâche qui nous attend. Le différentiel de conditions de vie entre le Sud et le Nord pris globalement, même si les inégalités montent dans les pays industrialisés, reste très grand, notre continent reste très attractif.

Voici quelques siècles encore le courant allait dans l'autre sens. L'espoir d'une vie meilleure a fait quitter  au cours du 18e siècle et surtout du 19e, dès que les moyens de transport l'ont permis,  l'Europe à des populations entières, pour l'Amérique (pour le plus grand malheur des populations autochtones) ou aussi l'Australie. Les Suisses n'étaient pas en reste, il suffit de penser aux Nova Friburgo et autres lieux que nos compatriotes des siècles passés ont édifié dans le Nouveau monde.

Aujourd'hui, les dictatures comme en Erythrée, la terreur islamiste qui ravage l'ancienne terre de civilisation s'étendant de la Mésopotamie à la Syrie, les guerres civiles comme en Libye ajoutent un autre motif d'émigration. Qui nous rappelle quelque part l'épisode sinistre de la révocation de l'édit de Nantes par le roi absolutiste Louis 14...

Demain, comme le rappelle le chef du DFAE M. Burkhalter, ce seront les réfugiés climatiques qui viendront frapper à nos portes et nous demander des comptes sur notre consommation insouciante d'énergies fossiles...

On peut mettre la tête dans le sable, et regarder comment on gère les choses une fois qu'elles sont arrivées. On peut rêver de construire de nouveaux rideaux de fer après avoir à juste titre réclamé leur disparition. On peut imaginer tout contrôler.

Et on peut craindre l'immigration, vivre avec la peur. On peut aussi en voir les avantages, dans une société vieillissante et qui s'est toujours renouvelée avec l'arrivée de personnes venues d'ailleurs. Mais tout est dans le rythme et dans le nombre, dans la vision et la perception de l'intégration. Tout est aussi dans notre engagement pour agir sur les causes. Fermer les yeux sur les inégalités majeures dans le monde, se désintéresser des outils de gouvernance mondiale (qui sont en partie chez nous, dans le giron de la Genève internationale, dont nous parlons beaucoup mais que nous connaissons en fait très mal), pactiser avec des dictateurs ou du moins fermer les yeux, négliger l'aide au développement qui est une des clés pour construire avec les populations locales leur avenir sur place, ne pas avoir de vision prospective sur l'immigration sont vraiment de très mauvaises options... que d'aucuns propagent pourtant allègrement. Ne les suivons pas dans ces voies sans issue. Et travaillons à des solutions constructives, réalistes et acceptables pour le plus grand nombre.

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