10/01/2016

Après le climat les bus pour tous?

Voici un mois à Paris: embrassades, joie et bonheur, mines certes déconfites par tant de nuits blanches mais illuminées par des lendemains qui vont assurément chanter, annonce au monde juste pour Noël de la bonne nouvelle de l'année - après toutes ces images dramatiques d'attentats sanglants et de réfugiés éconduits par les passeurs, noyés dans la Méditerranée ou morts dans le désert : le climat est sauvé, il va l'être, on va tous s'y mettre.

Et voilà que cette même France qui a pratiquement sauvé le monde est confrontée aux basses réalités de la pratique. Une bonne partie du pétrole est consommé dans les transports, de 20% à un tiers, selon les pays. On sait que l'avion est très énergivore, le camion et la voiture aussi, la voie ferrée nettement moins, déjà pour des raisons physiques (moins de pertes car moins de frottement sur l'acier du rail), par unité transportée.

Dans l'histoire des transports, le rail est arrivé un siècle avant la route: c'est au début du 19e siècle qu'on a commencé à créer les réseaux ferroviaires tandis que la route a attendu le début du 20e siècle pour être vraiment praticable.


Nos villes et villages, dans toute l'Europe et dans le monde d'ailleurs, se trouvaient largement connectés par des lignes de tram, de desserte rurale et intervilles quand la concurrence automobile a commencé à se faire sentir, dans les années 30 puis avec force au cours des "30 Glorieuses" (1950-1980). Et, par voie de conséquence, ce réseau a été nettement réduit. Pas de même façon dans tous les pays, mais en France tout particulièrement. Des quelque 80'000 km de lignes au début des années 30, époque où on pouvait vraiment aller quasiment partout en tram ou en train, il n'en reste de nos jours à peine le quart. On peut voir d'ailleurs dans tous les coins du pays des ponts, des tunnels, des gares désaffectés... Et le libre choix de son mode de déplacement cher à d'aucuns n'est plus qu'un beau rêve. 

La COP 21 devrait permettre de trouver de bons arguments pour ne pas continuer à fragiliser la desserte ferroviaire. Or que fait la France, en vue de réduire le coût des transports et de faciliter les déplacements pour les populations à faible revenu? On libéralise à tous crins les lignes de bus, et concurrence directement de nombreuses dessertes ferroviaires dont la rentabilité est déjà en péril! Qui parmi les décideurs fait un rappel à la cohérence? Qui parmi les économistes organisant ainsi la concurrence a pensé que celle-ci pouvait être gravement faussée? Qui parmi eux a entendu parler des externalités,soit des dommages infligés à des tiers, et à l'environnement (la collectivité) par une activité et qui ne figurent pas dans ses comptes d'exploitation?

Oui vraiment, deux logiques s'affrontent. Celle du changement nécessaire de nos critères de décision, à la base de l'Accord de Paris sur le climat. Et celle qui se prétend moderne, mais qui oublie que très souvent le bon marché résulte de l'occultation de coûts cachés et infligés à la collectivité ou à d'autres. En l'occurrence en termes de dommages environnementaux. Que ce serait du cynisme pourrait encore passer. Car c'est probablement de l'ignorance, et là, c'est pire.

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Commentaires

"On libéralise à tous crins les lignes de bus, et concurrence directement de nombreuses dessertes ferroviaires dont la rentabilité est déjà en péril! "

Vous êtes vous posé la question des raisons du coût très élevé des transports par ligne ferroviaire ? En Suisse, les trains sont bondés et pourtant, ils coûtent presque deux fois plus aux usagers que la voiture qui, elle, devient non seulement bon marché, mais bientôt plus écologique que le train de par la masse qu'il faut déplacer et l'énergie requise pour ce faire.
Le train a d'autres défauts. Il ne peut desservir que des grands centres et il faut ensuite trouver une correspondance.
L'entretien des lignes est un gouffre pour la confédération et les grands ouvrages impliquent des amortissements sur plusieurs générations.

"Et celle qui se prétend moderne, mais qui oublie que très souvent le bon marché résulte de l'occultation de coûts cachés et infligés à la collectivité ou à d'autres."

Vous faites ici preuve de mauvaise foi et de désinformation. Non seulement les CFF sont subventionnés à hauteur de 50 % par nos impôts, mais en plus les diverses taxes sur les carburants et autres vignettes vont en partie vers le train.
Nous allons bientôt assister à un combat qui devrait rééquilibrer les efforts consentis entre FAIFF et FORTA afin que chaque pollueur paie effectivement en fonction de sa nuisance. Vous découvrirez alors l'ampleur des dégâts car les CFF ne seront non seulement plus rentables, mais déficitaires.

L'avenir se dessine vers des véhicules autonomes très légers et volants.
http://www.letemps.ch/societe/2016/01/07/ehang-184-super-drone-chinois-transporter-un-humain?utm_source=Newsletters&utm_campaign=ff73e30851-generale&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-ff73e30851-109535921
Tous les constructeurs de voitures développent des modèles électriques ou hybrides. A titre personnel, j'utilise depuis plus de 10 ans des Prius dans mon entreprise de taxis.

Écrit par : PIerre Jenni | 11/01/2016

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