14/02/2016

Initiative de l'UDC: quelle Suisse voulons-nous?

Copieux menu cette fin de mois pour les citoyennes et citoyens appelés aux urnes.

Et beaucoup d'enjeux de taille.

Parmi eux, la xe initiative de l'UDC sur toujours le même thème. Non pas la défense des victimes, les lois existantes sont largement suffisantes! Mais sur le thème obsessionnel, qui est d'installer dans nos têtes trois idées fixes.


La première : que l'UDC serait la seule formation politique qui "aime la Suisse". Les autres sont présentées comme prêtes à baisser la garde, à vendre le pays aux étrangers, à brader sa fierté et son indépendance. Comme si aujourd'hui, avec notre très forte implication économique et culturelle avec le monde qui nous entoure, on pouvait tirer le rideau! Comme si la fierté d'être Suisse ou d'avoir un système politique décentralisé et démocratique était réservée à un seul parti politique... Et que dira cette formation quand il s'agira d'augmenter l'autonomie énergétique du pays en se débarrassant progressivement des énergies fossiles et fissiles, d'assurer l'égalité de chances dans le débat démocratique en contrôlant et plafonnant les dépenses de campagne, de renforcer la coopération au développement pour permettre  à d'autres ailleurs sur cette Terre de vivre dignement dans leur pays ou de dénoncer les dictatures qui rendent la vie impossible à des millions d'humains à travers le monde? Ou quand, en matière de souveraineté alimentaire, il s'agira de limiter les zones à bâtir pour préserver les capacités de production agricoles de proximité?

La deuxième: que la question clé du débat politique n'est pas la crise de l'emploi, la montée des inégalités, le "vivre ensemble" dans un monde kaléidoscopique et bouillonnant, mais la nationalité des personnes qui habitent la Suisse. Personne ne dit qu'il n'y ait pas de différence de droits, par exemple quant au droit de vote, ou qu'il ne doit pas avoir de limitation à l'immigration. Mais encore? faut-il imposer comme enjeu majeur du débat politique la différence entre qui est Suisse et qui ne l'est pas, allant jusqu'à soupçonner que les Suisses naturalisés ne sont pas tout à fait aussi Suisses que les Suisses "de souche historique"? Instiller une telle ligne de fracture c'est diviser la population selon son passeport, flatter des sentiments de supériorité ("il n'y en a point comme nous") et de rejet de ce qui est "différent". C'est en fait travailler à une autre identité suisse que celle que l'histoire nous a léguée, et qui est précisément non pas l'exclusion,la caricature, de l'"autre", mais la gestion des différences à travers des règles construites ensemble et la bonne foi. Chaque fois dans l'histoire suisse que nous avons cédé à la tentation d'un modèle unique, cela a mal tourné, et chaque fois que nous avons cherché et jusque dans l'architecture de nos institutions à oeuvrer à l'équilibre des différences, nous avons renforcé notre unité. Car l'identité suisse c'est cela, faire vivre ensemble des gens différents, autour de valeurs humanistes partagées.

La troisième: voulons-nous un système institutionnel où chaque pouvoir a sa fonction précise, ou donner une supériorité absolue à un des pouvoirs, le peuple? Certes, en démocratie tout pouvoir n'est légitime que par délégation de ce dernier. Mais les règles de droit une fois validées démocratiquement valent aussi pour le peuple. Certes, il peut en changer à loisir, en particulier par la voie de l'initiative populaire. Le peuple suisse pourrait théoriquement se prononcer pour une régime monarchique, il pourrait rejeter des pans entiers de l'ordre juridique international, comme il pourrait cesser de reconnaître les institutions supranationales en charge de la sauvegarde des droits humains. Certes, le peuple pourrait édicter des garde-fous pour les exécutifs, les parlementaires et la justice qui leur enlèveraient une partie de leur compétence d'arbitrage, et aussi vouloir décider à leur place. Il y a des gens qui voudraient décider en votation populaire de permis de construire, par exemple, ou de dossiers de naturalisation...

Mais la séparation des pouvoirs est aussi la garantie de la sauvegarde des libertés personnelles et d'une juste pesée des intérêts dans le traitement des situations personnelles. Le peuple doit donner les orientations politiques, s'assurer qu'elles soient respectées, mais non gérer en direct.

Avec l'initiative soumise au vote de ce 28 février, nous trouvons réunies les trois questions posées ci-dessus et elle nous interpelle donc sur notre vision de l'identité suisse et sur l'équilibre institutionnel que nous voulons. En l'occurrence, l'initiative sur l'expulsion obligatoire fait croire que la justice est laxiste et ne se soucie pas de la victime, et lui enlève toute possibilité de prendre en compte les circonstances des cas concrets. Autant remplacer les juges par des automates vérifiant une check-list... Et au passage, on instille dans les réflexes de la population une présomption d'innocence pour le Suisse et un soupçon de culpabilité pour l'étranger. Et si ce dernier est victime d'un délit commis par un Suisse...?

 

 

 

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Commentaires

On sent dans la vacuité du propos un désarroi. Depuis que la gauche a perdu son âme en validant les lois du marché sous Blair, elle n'a plus rien à dire et donc elle se contente de fustiger ceux qui gagnent.
L'UDC n'est pas le bloc monolithique que vous décrivez. Elle ratisse large avec son aile libérale dite Blochérienne et sa composante agrarienne qui défendra ardemment la proximité si chère aux écolos.

"... il (le peuple suisse) pourrait rejeter des pans entiers de l'ordre juridique international, comme il pourrait cesser de reconnaître les institutions supranationales en charge de la sauvegarde des droits humains."
C'est ma foi bien ce qui vous pend au nez à force de piétiner la volonté populaire. La perte de crédibilité du politique incite les citoyens à une grande méfiance sur les réelles intentions des institutions supranationales qui s'apprêtent, pour ne donner que cet exemple, à valider les accords transnationnaux qui promettent la fin du service public et l'enrichissement des plus nantis.
Vous viendrez, la queue entre les jambes, vous excuser, mais ce sera trop tard. Ayez au moins l'honnêteté, comme le Dr Buchs et Mauro Poggia dans leurs blogs respectifs, de reconnaître que le politique est inféodé à l'économie et que les petites gens, à qui vous voulez enlever leurs derniers outils, n'ont plus leur mot à dire.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/02/2016

Le peuple n'est pas "un des pouvoirs". Le peuple est le souverain. Votre mépris du peuple est typique des gens qui vomissent la démocratie.

Écrit par : Charles | 15/02/2016

M. Jenni et "Charles", j'ai envie de vous dire: tout ce qui est excessif est insignifiant. Mais je veux tout de même vous répondre.
M. Jenni: bienvenue au club de ceux qui doutent des vertus de la mise en concurrence inégale de tous contre tous. Et ne faites pas comme si je soutenais la promotion d'un marché libéré de toute régulation éthique, écologique et sociale. Je vous mets au défi de trouver la moindre déclaration de ma part où j'aurais pris une position de ce type!
M "Charles", courageusement anonyme: un peu de nuance, s'il vous plaît. Le débat doit-il être clos avant d'avoir eu lieu par des anathèmes et des amalgames? Aucun pouvoir ne saurait être absolu, le pouvoir absolu corrompt absolument, fût-ce le pouvoir du "peuple". Vous aussi je vous mets au défi de trouver la moindre déclaration anti-démocratique de ma part. La démocratie c'est écouter les avis divergents et chercher des solutions ensemble, cela a toujours été ma position, et c'est pourquoi je dialogue également avec des personnes usant d'"arguments" de votre acabit. On n'a jamais raison tout seul, et cela vaut aussi pour vous.

Écrit par : René Longet | 16/02/2016

Merci d'avoir pris la peine de répondre à un bout de mon commentaire. C'est assez rare pour le relever.
Je pense que vous ne réalisez par vraiment ce qui est en train de se mettre en place de manière encore floue dans le monde étonnant d'internet.
S'il est difficile de se projeter dans un avenir même proche, on commence déjà à sentir le vent tourner et la décentralisation qui était une des première vertus du net reprendre sa place envers et contre tout.
Ce ne sont donc pas seulement les capitalistes netarchiques comme Google, Facebook, Apple, Amazon, Uber qui sont condamnés à relativement court terme, mais tout le système financier et politique, toutes les structures hiérarchiques qui vont subir un changement profond.
On parle pour le moment de bulle technologique, mais cette crise annoncée n'est que le début d'une mutation beaucoup plus profonde qui redonnera effectivement le pouvoir aux gens, horizontalement.
Bref, tout ce dont vous rêvez va devenir accessible mais il va falloir renoncer à votre petit pouvoir de représentation et faire confiance.
http://www.letemps.ch/societe/2016/02/14/blockchain-chaine-libere?utm_source=mail

Écrit par : Pierre Jenni | 16/02/2016

Je précise, au sujet de la représentation.
Nous aurons toujours besoins de vos services, comme nous aurons besoin de journalistes, de libraires, d'éditeurs et autres professions qui nous permettrons de nous guider dans la jungle du net.
Mais vous ne pourrez plus faire ce que vous voulez car vous serez suivi en temps réel et toutes vos interventions parlementaires feront l'objet d'évaluations permanentes et de vérifications destinées à corréler vos promesses électorales avec vos actes. Vous avouerez que c'est une sérieuse révolution dans le landerneau politique.

Écrit par : Pierre Jenni | 16/02/2016

Monsieur Longet,

Je vous remercie de votre réponse. Votre défi? Facile. Vous voulez limiter, réduire la démocratie à des "orientations politiques" et vous continuer en écrivant que le peuple doit seulement "s'assurer qu'elles soient respectées, mais non gérer en direct." Toute réduction du pouvoir du peuple (traduction directe du mot démocratie) manifeste une volonté antidémocratique. Au nom de quoi? De votre parti pris. D'un parti pris qui se situe au-dessus de la volonté du peuple. Vous déniez une partie du pouvoir du peuple quand le sujet traité ne vous convient pas. Vous avez le sens démocratique à géométrie variable. Et vous ne faites pas confiance au peuple. Il n'est pas question de "raison" ou d'"avoir raison". Il est question de pouvoir. Et la décision du peuple s'impose à tout le monde, vous y compris. Apparemment vous ne comprenez pas la différence entre ces deux mots: raison et pouvoir.

Qui donc le pouvoir absolu du peuple peut-il corrompre? C'est l'accaparement du pouvoir par une minorité, un élite, une personne qui corrompt. Exactement ce que vous voulez en privant le peuple de son pouvoir de décision quelle que soit le sujet. Vous voulez un exemple de corruption? Intéressez-vous au dossier du stade de la Praille où à plus d'une reprise on a fait en sorte que le peuple soit privé de donner sa décision.

Quant a "gérer en direct", où est le problème? Constamment le peuple suisse "gère en direct", prend des décisions à la place des autres pouvoirs institués, qui ne peuvent agir et prendre des décisions de gestion qu'avec l'accord, souvent tacite, du peuple du fait de la possibilité d'un référendum. Ainsi la question du Musée d'Art et d'Histoire est une gestion directe. Voulez-vous d'autres exemples? De la vignette en passant par le tunnel du Gothard...

Quant à "prendre en compte les circonstances des cas concrets", il existe des lois qui ne la prévoient pas. Comme les amendes d'ordre. Chacun est prévenu.

En matière d'anathème, je remarquerai que votre volonté de réduire la démocratie en est une forme. Vous jetez aussi l'anathème sur un parti et une partie de la population qui ne pensent pas comme vous. Oui, c'est un parti qui lance des initiatives, et qui donc fait recours au peuple, même pour "gérer en direct" quand les élus trahissent l'esprit d'une loi et font trainer son application. Au lieu de vous lamenter sur ce que font les autres, que ne faites-vous pas pareil! Lancez donc des initiatives contre le chômage, pour la réduction des inégalités. Non, tout ce que vous êtes capable de faire, c'est de critiquer les autres, mettant en évidence la vacuité de votre programme. Et finalement votre discours se limite à prendre le contre-point de l'UDC, d'être à la remorque de ce parti. En l'occurrence vous vous faites l'avocat des criminels ou délinquants étrangers.

Sachez que je n'ai jamais voté pour l'UDC. Je réponds toujours à la question posée sans tenir compte de qui pose la question. Un référendum ou une initiative en Suisse ne sont pas des plébiscites.

Écrit par : Charles | 16/02/2016

Depuis quelques jours la presse publie des listes de personnes qui défendent les criminels étrangers plutot que leurs victimes. Donc, le Croate qui a escroqué 5 assurances et encaissé 200.000 balles, le Sri-lankais qui a "oublié" de déclarer la mort de sa femme il y a 8 ans et encaissé plus de 200.000 balles des services sociaux ou le portugais, aidé par 40 complices de son pays et qui a escroqué 9 assurances en faisant des fausses déclarations d'accident pour encaisser plus de 200.000 balles sont des cas-bagatelles selon nos gauchos stupides ! Du balais pour ses escrocs.

Écrit par : Gedeon Teusmany | 16/02/2016

Juste un petit commentaire: il me semble par trop populiste l’argument de lUDC selon lequel «on n’aurait pas respecté la volonté du peuple », raison de l’initiative de mise en œuvre. Or, la disposition constitutionnelle sur l’égalité (art. 8 CF) et la Loi sur l’égalité (vieille de 20 ans !), mais l’inégalité persiste toujours (Page du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes BFEG -http://www.ebg.admin.ch/themen/00008/00072/index.html?lang=fr): « Le principe de l'égalité salariale entre femmes et hommes est inscrit dans la Constitution fédérale et concrétisé dans la loi sur l'égalité. Les personnes des deux sexes doivent recevoir une rémunération égale pour un travail équivalent. Et pourtant, les écarts de salaire restent importants en Suisse. Les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que les hommes. Environ 40% de ces écarts sont dus à des comportements discriminatoires. Les femmes cadres gagnent même 30% de moins que leurs homologues masculins. Le monde du travail est imprégné de clichés sur le caractère féminin ou masculin des métiers. Le niveau des salaires dans les métiers typiquement masculins est nettement plus élevé que dans les métiers typiquement féminins »). Curieusement, cette volonté du peuple paraît ne pas préoccuper l’UDC, même si la question de l’égalité est beaucoup plus fondamentale pour la société dans son ensemble.

Écrit par : Roberto Bedrikow | 17/02/2016

Un cas-bagatelle de plus ce matin, un sénégalais a piqué 350.000 balles dans un restoroute vaudois ! Cela s'appelle le respect du pays d'accueil !!

Écrit par : Gedeon Teusmany | 18/02/2016

Quelques réponses à ce qui est dit ci-dessus:
1) A M. Jenni: oui l'informatique peut être un supplément de démocratie par son accès plus direct à l'information. Tout à fait d'accord avec vous pour ce qui concerne la transparence des options prises par les élus.Par contre je constate les inconvénients de l'immédiateté. Souvent on tire d'abord et réfléchit ensuite... et ce qui a été posté ne peut plus guère être effacé.
2) A M. "Charles" et Teusmany: ne faites pas comme si l'expulsion de personnes étrangères condamnées n'existait pas, ce qui est problématique dans l'initiative et qui sera aussitôt regretté si jamais elle passait en invoquant telle ou telle situation (mais il sera alors trop tard)est l'automatisme qui met tous les délits et toutes les situations dans le même panier. Et merci de donner des lieux et des dates et si jamais l'état de la procédure pour les exemples que vous citez. C'est la seule façon de rendre les choses crédibles, car les rumeurs il y en a beaucoup.
3) A M. Bedrikow, merci de citer ce cas. Il y a aussi celui de l'initiative des Alpes.Les initiants considèrent que le projet d'un 2e tunnel routier au Gothard alors qu'on s'apprête d'inaugurer le tunnel ferroviaire de base contrevient directement au vote populaire qui a inscrit cette initiative dans la constitution, Alors, selon les sujets, deux poids, deux mesures??

Écrit par : longet | 20/02/2016

M. Longet, le cas du 18.02 est une info de la Tribune de Genève de ce jour. Les cas précédents sont également parus dans la m^^eme journal la semaine précédente. Aujourd'hui un kosovar a brulé un feu en moto, le chien de la police l'a retrouvé mais ce voyou n'a pas de permis et il ne respecte pas les règles de la circulation. De plus il a fuit a vive allure lorsue la police a voulu l'intercepter ! Bon retour dans son pays ! Pour ceux qui ne sont pas expulsables faute d'accord il y a une solution : stopper l'importante et abusive aide financière à ces pays.

Écrit par : Gedeon Teusmany | 20/02/2016

Votation du 28 février : L'UDC en autre et son art de manipuler les textes ou l'information amènent à la confusion totale chez de nombreux citoyens. Dès lors, la réflexion ou l'analyse se sclérosent et le cerveau se fige sur le premier mot entendu "criminel". Le texte de cette 2èmes initiative va définitivement trop loin et représente une rupture des règles démocratiques. De plus, nous avons déjà voté en 2010 oui à une première initiative qui réclamait le bannissement des délinquants étrangers. Cette 2ème initiative exige l’expulsion automatique également pour des délits et infractions légers.
On ne tiendra plus compte de l'appréciation des juges... vers quelle société voulons-nous déraper ? C'est une terrible violation du droit humain d'être entendu? je n'arrive pas à croire que sous nos latitudes, dans un pays comme le nôtre avec une population nantie et hyper formée, nous puissions régresser de la sorte. De plus, intéressons-nous d'avantage aux causes qui amènent certains à commettre des délits, investissons dans la sensibilisation et la prévention au lieu de la condamnation. J'appelle chacun de nous à oeuvrer pour plus d'humanité et de tolérance dans ce monde vis à vis de son prochain (toute culture confondue) afin que nous prenions le bon chemin de la transition sociale, écologique, économique et environnementale. "Que celui qui n'a jamais péché, jettes la première pierre!"... nous nous retrouverions tous les mains vides et bras ballants. Avec le coeur et la raison

Écrit par : Clotilde Jenny | 25/02/2016

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