19/05/2016

Coupes linéaires dans la vie associative, une mauvaise idée

On se plaint de la perte du lien social, du repli sur soi, du consumérisme, de l'abstentionnisme, du manque d'engagement. Or sans l'engagement de milliers de personnes, bénévolement, au service d'une cause ou d'une activité que leur est chère et qui les réunit, de leur environnement, quartier ou voisinage, de leurs proches, la perte du lien social, le repli sur soi et l'individualisme seraient bien plus grands encore.


A côté des producteurs de prestations que sont les entreprises de toute nature et les administrations publiques,il existe un troisième secteur, celui de la vie associative. Que serait notre société sans la dense vie associative, qu'elle soit un auxiliaire de tâches publiques comme les bénévoles des cuisines scolaires, ou de type sportif, avec ses centaines d'entraîneurs et encadrants bénévoles ou quasiment bénévoles, ou culturel et éducatif?

La collectivité devrait reconnaître cet engagement, le soutenir, le fidéliser, en remercier les acteurs. Car s'il venait à se restreindre, quel serait le coût pour la société, pour les individus? Tout ce que la vie associative accomplit, aussi en termes de rencontres et de possibilités de socialisation, d'apprentissage et d'intégration, soit ne se ferait plus, avec un coût social évident, soit devrait être fait sur une base rémunérée, et qui paierait l'étoffement indispensable des divers services sportifs, culturels, sociaux, éducatifs? Qui paierait les factures que les entreprises qui seraient en charge de ces prestations devraient nécessairement établir?
La vie associative a un coût, certes, mais elle apporte surtout un bénéfice immatériel et matériel considérable.


D'ailleurs de plus en plus les collectivités publiques établissent, pour les activités qu'elles estiment, en tant qu'autorités démocratiquement élues, d'intérêt public, des conventions, des contrats de prestations, explicitant ces activités et les subventions allouées pour leur maintien ou leur développement.


Et voici que sans nécessité aucune, une majorité d'une nuit , la nuit la plus sombre de l'année, décide au conseil municipal de la Ville de Genève une coupe linéaire de 2% pour toutes les associations subventionnées. Toutes, car c'est le propre d'une coupe linéaire, donc sans aucune réflexion fondée sur des considérations d'efficience ou de pertinence des activités soutenues. Toutes, indépendamment de savoir si cela fait mal, très mal ou faiblement mal. Toutes, car c'est un principe! Le principe ne peut être que compris comme un manque de considération pour la complémentarité entre l'action publique et celle des citoyen-ne-s engagé-e-s dans le tissu associatif, comme une forme de mépris pour celles et ceux qui sont au quotidien au front du bénévolat, bénévolat qui est d'ailleurs souvent à la peine, et où la relève n'est pas facile.  Au lieu de les remercier, de les suivre dans le quotidien et d'interagir avec intelligence avec elles, on fait comprendre aux associations qu'elles sont finalement taillables et corvéables à merci. Et soumises à l'arbitraire du prince.

Le message est clair, le symbole est clair. Il va à l'encontre de ce qu'il faudrait faire. Le principe de subsidiarité est un des fondements de notre vie sociale et institutionnelle; il vaut indépendamment des humeurs politiques du moment. Car l'engagement se construit sur la durée. Et le partenariat sur la confiance.

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