06/06/2016

Un vote populaire pas si confus que ça

Les réactions au vote populaire de ce dimanche ont été en général d'insister sur la perplexité des électrices et électeurs et de se demander comment dégager de tout cela une ligne, ou alors de titrer que le gouvernement fédéral avait su tirer son épingle du jeu. Quoi qu'il en soit, les deux interprétations vont dans le même sens, de l'absence de cohérence. Cette interprétation est superficielle et perd de vue les tendances de fond.

En effet, il suffit de reprendre quelques-uns des thèmes de ce dimanche pour s'apercevoir qu'il en ressort tout à fait un message sinon clair du moins lisible.


Prenons le vote sur l'initiative dite vache à lait. Elle aurait privé la Confédération de 1,5 milliard de recettes par an, qui auraient dû être exclusivement dévolues au réseau routier. Echec spectaculaire au niveau national, encore plus net à Genève (3 votant-e-s sur 4 la refusent). Au niveau cantonal genevois, même cohérence: 2/3 des votant-e-s se prononcent pour un texte parlementaire qui, pour la première fois, matérialise une tentative de passer de la guerre des transports, propre à Genève depuis plus de 30 ans, à une vue d'ensemble conçue selon une hiérarchie claire des modes de transport en fonction des situations géographiques. Certes 3 électrices et électeurs sur 5 soutiennent le principe d'une traversée routière du lac, mais si elle devait se faire, une fois l'emplacement et le financement précisés, ce sera exclusivement dans le cadre d'un plan d'ensemble qui aura aussi permis d'ici là de développer substantiellement le réseau des trams et des trains régionaux.

Examinons maintenant deux sujets fort controversés, proposés chaque fois par des acteurs extérieurs au monde politique.

Le revenu de base inconditionnel d'abord. Son refus sec et sonnant n'a pas clos un débat qui venait de commencer, comme certains le proclamaient dimanche haut et fort, au contraire. La simplification des multiples régimes d'assurance sociale, voire la recherche d'un modèle unique, un revenu de base dans une société qui voit s'accroître les inégalités de manière continue, resteront des demandes essentielles. Mais pas inconditionnel: pas de raison de le verser à ceux qui n'en ont nul besoin, ni sans contre-partie. Un service civil universel devra sans aucun doute constituer la symétrique à un tel système. C'est sur de telles pistes que le débat va fatalement maintenant se redéployer.

Et l'initiative sur le service public, ensuite, victime de sa rédaction très éloignée de ses ambitions. Mais le malaise autour d'une organisation des services publics visant la recherche incessante non d'optimisations uniquement mais de rentabilité, même là où l'utilité publique commande de fournir des prestations non rentables financièrement (ce qui est, faut-il le rappeler, une des raisons d'être du service public), dont le secteur de l'électricité est un bon exemple, demeure. Tout comme le malaise autour de salaires des dirigeants de ces entités, dépassant facilement le double, voire le triple de la rémunération d'un membre du gouvernement fédéral - de tout cela, on n'a assurément pas fini d'entendre parler!

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