26/06/2016

Brexit, et maintenant?

Le score est net. Net en Angleterre, net dans les villes, net dans les régions et secteurs en panne. Net en Ecosse et en Irlande du Nord, aussi, si bien que chacun a bien vu que la sortie du Royaume-Uni de l'UE - si elle marque une césure forte pour l'UE - marquera probablement une césure plus forte encore pour le Royaume-Uni. Ce dernier risque non seulement fort de se retrouver réduit à la seule Angleterre mais l'Irlande pourrait retrouver son unité. Et du coup, les partisans du Brexit de prêcher aux Ecossais et aux Irlandais du Nord les bénéfices de l'Union...

Oui le Brexit aura un prix. Mais il permet de prendre la mesure de quelques phénomènes majeurs, dont il faudra bien s'occuper un peu plus sérieusement que jusqu'à maintenant.


Tout d'abord la corrélation quasi parfaite entre le vote des classes défavorisées et populaires et le vote identitaire. Que ce soit en Angleterre ou dans d'autres pays du continent, une sourde colère contre les politiques en place monte, une impressionnante défiance à l'égard des "décideurs" dont le vocabulaire technocratique, lisse, n'engageant à rien et faussement rassurant crée d'abord la distance puis un sentiment de trahison largement répandu. Oui les perdants de la mondialisation sont nombreux, bien plus nombreux que les partisans du libre marché le croyaient. Oui l'ouverture des frontières n'a pas été accompagnée d'une vraie lutte contre les inégalités, notamment territoriales. Oui les inégalités montent, le chômage ne se résorbe pas, le mécanisme des 30 Glorieuses, qui a fait croire un temps à un automatisme d'égalité de chances et de progrès social, est cassé. L'extrême-droite ramasse largement la mise des ravages du laisser-faire, et le discours se radicalise clairement. La députée anglaise assassinée à quelques jours du vote restera le symbole d'une hystérie où les mots finissent par devenir des balles, l'insulte tourner en haine, la haine aboutir au meurtre.

Ensuite, la passivité des "décideurs" face aux attentes des populations, aux multiples "fractures sociales" s'est accompagnée de leur inaction devant les doutes, les critiques et le sentiment d'abandon. Insultés, traînés dans la boue depuis maintenant 20 ans (ça avait commencé avec le traité de Maastricht), rendus responsables de tout ce qui fâche, les dirigeants européens ne se sont pas donné la peine d'une réponse audible, concrète, convaincante. Il y aurait eu beaucoup à communiquer, sur les avancées sociales ou les aides aux régions périphériques, sur les enjeux énergétiques ou environnementaux, sur de nombreux programmes et actions bien conçus et utiles. Ce mutisme est non seulement irresponsable, car ne pas répondre c'est accréditer la critique, il est aussi une forme particulièrement perverse de mépris: l'autre est nié dans son existence, on ne se donne même pas la peine de lui consacrer une minute d'attention. Ce refus d'argumenter se paie aujourd'hui cash. Les Etats membres portent ici une lourde responsabilité, mettant systématiquement sur le dos des "technocrates de Bruxelles" des décisions qu'ils avaient pourtant validées mais qu'ils trouvent électoralement inconfortables à appliquer...

Enfin le caractère hybride de l'UE. Elle a certaines caractéristiques d'un Etat (un drapeau, un hymne, une monnaie, un passeport, un contrôle - limité - des frontières extérieures, un parlement élu...) mais n'en est pourtant pas un. Le manque de légitimité démocratique vient essentiellement de là. Le Brexit exige maintenant de sortir de l'ambiguïté. Soit on retombe dans une simple zone de libre-échange, où les classes populaires aujourd'hui anti-européennes auraient pourtant tout à perdre, car elle serait privée de toute capacité de régulation, soit on va résolument vers une constitution fédérale européenne, avec un président élu par le peuple, des droits démocratiques (la moitié des Etats des Etats-Unis connaissent des éléments de démocratie directe), un gouvernement responsable devant le parlement, une Chambre des Etats, etc.

Bref une organisation comme la connaissent les grands pays fédéralistes tels que l'Inde ou le Brésil, pour ne pas toujours citer les USA. Et un projet qui peut mobiliser les volontés politiques, un récit qui donne une perspective, une sortie par le haut qui peut entraîner l'adhésion. Mieux vivre ensemble sur ce continent, développer une identité commune européenne fière de ce qui réunit les peuples d'Europe au-delà de leurs différences, valoriser le fédéralisme et les régions, cela est tout autre chose que de traiter du rayon de courbure des bananes (un exemple de communication absurde) ou d'organiser le repli derrière de nouvelles lignes Maginot. C'est paradoxalement un Anglais, Winston Churchill, qui dans son discours historique du 19 septembre 1946, au sortir de la 2e guerre mondiale et de ses 50 millions de morts, a appelé les peuples et régions d'Europe à se constituer en Etats-Unis d'Europe...

A toute chose malheur peut être bon: le temps des faux-fuyants est terminé. Et il est intéressant de relever le partage des rôles entre la droite néolibérale qui a passé son temps à empêcher l'UE de réguler les effets du libre marché, et l'extrême-droite qui prend prétexte de cette faiblesse voulue de l'UE pour la dénigrer aux yeux du milieu populaire. Dont l'intérêt premier est pourtant que la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, les trois éléments constitutifs du libre échange, soit éthiquement défendable et socialement régulée. Ainsi deux fois trahi, le milieu populaire ferait bien de mieux choisir les tendances politiques auxquelles il confie ses destinées...

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Commentaires

Etonnant que vous n'y ayez pas penser, vous êtes écolo et la protection de l'air et les nuisances sonores devraient quand même vous interpeller ?

Écrit par : Corto | 26/06/2016

Monsieur,

Votre article nous explique ce que nous savons déjà.

Dans votre conclusion vous parlez des intérêts premiers de l'UE. Soit : la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux"

Que nous ont apporté ces trois éléments.

La libre circulation des personnes est le résultat de conflits sociaux. Cette libre circulation représente une "chance" pour beaucoup d'employeurs peu scrupuleux sur les conditions sociales. Mais elle représente pour une grande partie de la population locale une dégradation de leurs conditions de vie.

Quant à la libre circulation des biens : bonjour la pollution, la baisse de qualité des produits, la surconsommation d'objets inutiles, etc…

Quant à la circulation des capitaux : bonjour le pouvoir de détruire des milliers d'emplois, de ruiner des milliers de personnes, de mettre de gouvernements à genou, etc..

Franchement, ce n'est par l'Europe que nous pouvions espérer dans les années septante et surtout cette Europe n'est pas prête de changer et de se remettre en question.

La décision de la GB de sortir de l'UE est donc compréhensible.

De soutenir cette Europe c'est être l'idiot utile (sans toujours le savoir) d'un système que vous semblez soutenir.

Écrit par : boccard | 26/06/2016

Oui, Boccard, pas très curieux notre hôte, je pense même, qu'il s'est forcé, histoire de !

En tout cas, l'avenir écologique de Genève ne semble pas l'inquiéter outre mesure, car les conséquences écologiques du Brexit vont retombées droit sur Genève, mais ça ne l'intéresse pas !

Écrit par : Corto | 26/06/2016

Pour Monsieur Boccard: je ne crois pas que vous ayez lu mon article. Car sinon vous auriez vu que nous sommes d'accord sur divers points du diagnostic. Mais où sont vos solutions?
Quant à Corto, je ne vois pas le rapport avec le sujet. Les nuisances sonores, les conséquences écologiques du Brexit sur Genève, non là je ne vois pas. Expliquez-vous s'il vous plaît.

Écrit par : longet | 27/06/2016

René Longet, vous ne voyez pas venir des restrictions visant les companies "low-cost" genre easyjet avec ses partenaires "européens" et des redirections sur les aéroports helvétiques, diriger c'est prévoir, non ?

Les avocats de la compagnie Easyjet sont à fond sur le dossier et la gauche bien-pensante ne va pas louper l'occasion de planter ses drapeaux salvateurs aux alentours de Cointrin, cette ne faites prenez pas le rôle de "l'idiot-utile" de la gauche en mal de vengeances anti-Brexit !

Bien à vous

Écrit par : Corto | 27/06/2016

René Longet,

L'action Easyjet vient de plonger de 16,45% !!!

La Suisse sera l'une de ses dernières destinations possible !!

Donc 3 fois plus d'avions oranges à Cointrin d'ici quelques mois !!

Écrit par : Corto | 27/06/2016

Ou alors, en échange d'un silence lourd de conséquences, l'aéroport de Cointrin va fissa installer 10'000 panneaux photovoltaïques "made in China" sur ses toits subventionnés !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

- « Bref une organisation comme la connaissent les grands pays fédéralistes tels que l'Inde ou le Brésil, pour ne pas toujours citer les USA. »

A une différence près de la taille de l'Inde, du Brésil, des USA ... et de l'Afrique, ... et qui a le potentiel de revenir hanter les "citoyens" de ces grands pays "démocratiques".

Les frontières entre les états de l'Inde sont beaucoup plus _épaisses_ qu'un trait de crayon tiré à la règle sur une carte. Ce qui a le mérite de rendre le tir au fusil beaucoup plus difficile, ... et les problèmes de voisinage beaucoup plus difficiles à régler à coup de fusil, vu qu'un coup de fusil, ça part souvent tout seul.

Écrit par : Chuck Jones | 27/06/2016

Un de mes commentaire semble tombé dans les oubliettes, je prenais comme exemple : Easyjet !?

C'est à dire, le triplement des vols de cette compagnie arrivants et à partir de Genève dans les mois qui viennent !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

Les couches populaires sont les premières à subir les errances de l'UE. Je me souviens encore des délocalisation en Europe de l'est et les proposition de salaire à 300 euros pour des salariés français. Ensuite, il y eu le plombier polonais. C'est une réalité. Londres compte une très grosse diaspora polonaise, mais aussi de tous les pays membres de l'UE. En fait, les gens sont amenés à aller là où se trouve le travail. C'est cela l'UE. De la flexibilité à plus en finir pour les travailleurs.

Ensuite, il y a la crise migratoire. L'UE a prouvé qu'elle ne garantissait pas la sécurité. Des présidents d'Etats qui émettent alors des avis divergents sur la question de l'immigration.

L'UE est projet non fini et mal ficelé. Aucun accord pour savoir où se situe les frontière de l'UE.... N'importe qui peu y rentrer ou y sortir. C'est un moulin à instabilité. Elle paie aujourd'hui le renoncement à sa constitution.

Et pour finir, je pense que les allemands, français et autres oublient que les britanniques et en particulier les anglais se sent appartenir au Commonwealth. L'UE ne représentent rien à leur yeux ou simplement un moyen de faire du business.

Écrit par : Riro | 27/06/2016

Com posté sur le site de J.S. Egly, qui semble le déranger, pas publier, donc en complément du commentaire de Riro :

Chuck Jones,

L'Ecosse votera encore moins dans le sens d'une séparation avec l'Angleterre depuis que celle-ci est sortie de l'Europe, tout ce serait le cas avec le pays de Galle et l'Irlande, quoi que pour l'Irlande, les données soient moins clear-cut.

Une scission entre l'Ecosse et l'Angleterre dans l'actuel contexte serait d'autant plus pénalisant pour l'Ecosse qu'elle ne l'a été avant le Brexit !

Autre remarque, celle concernant l'immigration, que ferait l'Ecosse avec les millions de migrants localisés actuellement en Angleterre et ne voyant guère d'avenir avec (futures) restrictions anglaises, choisiront-ils de passer en Ecosse afin d'y trouver un blanc-seing lié aux partages institués par l'UE ?

Ne pas oublier que selon des enquêtes, plus de 70% de ceux qui ont voté le Brexit, l'on fait en rapport à l'immigration et aux problème naissants dû à cette situation tendue.

Pierre, plus de 400'000 posts de travail de haut-niveau sont occupés par des européens en Angleterre, sans parler des plombiers polonais et des carreleurs portugais, 400'000 emplois à haute valeur ajoutée et l'Angleterre a besoin de cerveaux, son économie se porte à merveille, donc, qui tient le couteau par le manche lors d'éventuels accords bilatéraux ?

Des centaines de milliers d'européens travaillant en Angleterre qui devront très rapidement obtenir des permis de travail et de résidences, alors que le chômage explose les compteurs du coté français et dans la majorité des pays européens, cet un luxe que l'UE ne pourra pas se payer, surtout avec des salaires dépassant les 10'000 euros par mois !

Ce n'est pas tellement l'idée d'une Europe unie qui a provoqué le vote des anglais, mais des politiques sociales de gauche impossibles à juguler, donc, ce sera l'Angleterre qui sera aux commandes des futures accords entre l'UE et cette nouvelle Angleterre élégante saura, comme elle toujours su le faire, pour gérer ses frontières indiscutables.

J'avais fait une parenthèse sur l'Irlande, vous verrez qu'une Irlande indépendante de l'UE deviendra un eldorado technologique d'ici 5 ans !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

"Les conséquences écologiques du Brexit vont retombées droit sur Genève"
C est quoi ce discours du café du commerce? Tout d abord, c est archi faux de le dire ainsi. Et le droit à un peuple de son auto détermination, doit il avoir tout d abord un pré avis favorable, l aval et la bénédiction des Genevois, entre autres car le Nuage de Tchernobyl, entre autres ne s est pas arrêté sec à la frontière, non?
C est vrai qu après avoir décidé de se débarrasser de son chien, ceux qui parlent des retombées droit sur Genève nous diront après coup que le chien avait la rage bien qu il ne l a jamais eue de sa vie en pre-mortem! Comme quoi les mensonges et les enfumages vont bon train mais seulement à gober par les idiots du village!

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 02/07/2016

Charles vous n'avez pas compris mon deuxième degré, pas étonnant, tous mes commentaires ne sont pas publiés !!

Écrit par : Corto | 02/07/2016

"Charles (05) vous n'avez pas compris mon deuxième degré, pas étonnant, tous mes commentaires ne sont pas publiés !!"
Ah c est toujours autant la faute aux autres (le cas échéant, je présume, M. Longet et un peu moins moi-même!)que le "moi" victime aussi.

Écrit par : Charles 05 | 03/07/2016

Tiens tiens, je ne cherche nullement la clémence de @Corto loin de cela et vice versa. Juste, par respect aux contributeurs et lecteurs de ce blog, il parle qu on ne comprend pas ses points de vue car ses billets sont censurés par l"affreux" (2ème degré) Mr longet qui le censure. Heureusement que l éditeur de ce blog le fait car quand on voit que 6 ou 7 billets sont de Corto et qui ont été publiés sur 10 (je ne les ai pas tous lus pour des raisons qui m appartiennent ) et il se plaint d être censuré, on dirait qu il s agit d un langage pas trop équilibré sauf s il s agit d un agent de service secret étranger ce qui n est nullement le cas, je l espère pour lui.

Écrit par : Charles 05 | 06/07/2016

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