18/12/2016

Trump: populisme ou hyper-capitalisme?

A première vue, l'élection de Trump est la victoire du simple sur la complexité, du repli sur soi sur la gestion commune des défis communs, l'exaspération des "perdants" contre ceux qui gouvernent... Et si ce n'était qu'une stratégie particulièrement astucieuse de trumper son monde, de remplacer toute responsabilité écologique et sociale par le pur appât du gain?


 Le rejet des «élites», le ras-le-bol du politiquement correct, la révolte des perdants de la mondialisation, l’effet des médias sociaux et du manque de recul qu’ils entraînent, la montée de la colère des «blancs pauvres», tout cela était et reste vrai. Un vrai gros machisme, une vraie grosse vulgarité ont uni les électeurs et l’élu, chantant à l’unisson le retour à la vieille gloire de l’Amérique et à la prime à ceux qui gagnent.

Premier hic : des perdants qui encensent les gagnants? Comment ça peut-il marcher ? Et bien justement, six semaines à peine après l’élection (par une minorité des votants), le gouvernement trumpien est au complet. Et on voit que ça ne marche pas du tout. Qui trouve-t-on, dans ce futur gouvernement? Un ministre de la santé dont le programme est de démanteler les assurances maladie, un ministre de l’énergie qui "observe" une baisse des températures globales, une ministre de l’éducation qui met la priorité sur les écoles privées, un ministre de l’intérieur qui n’a qu’un reproche à faire aux membres du Ku-Klux-Klan: qu’il leur arrive de fumer un joint...

Millionnaires, milliardaires, nouveaux riches sans vergogne, leurs options et opinions ne sont qu'expressions brutales de la loi du plus fort, d'ignorance, de vulgarité, de morgue, d'indifférence aux droits humains pourtant fondement philosophique des Etats-Unis, de rejet des mécanismes multilatéraux de prévention des conflits et des plateformes de concertation, de climatoscepticisme voire de négationnisme environnemental, d'admiration pour Putine et Erdogan, autocrates chauvins entourés d’affairistes comme eux.  C'est aussi la promotion de la précarité des contrats de travail, de la malbouffe et du pétrole, de la liberté sans responsabilité... Tous se donnent la main pour abroger ce qui contrarie big oil et big business - dont les intérêts sont assimilés définitivement à l’intérêt de l’Amérique.

Une reprise en mains radicale, cohérente, brutale, de la chose publique par le monde des affaires le plus simpliste, le plus ringard qui soit. On croyait les électeurs de Trump opposés à la main-mise de Wallstreet sur leur destinée. Les voici servis. Un démantèlement social, écologique, culturel systématique et sans précédent, le retour aux années 50, l’innocence et l’esprit pionnier en moins. Et si l’élection présidentielle n’avait été qu’une vaste trumperie que seul un milliardaire sans foi ni loi pouvait mettre pareillement en scène ? Comédie ou tragédie, les mois qui viennent nous le diront.

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Commentaires

C'est quoi que vous ne comprenez pas dans le fait que la majorité des électeurs gagnants moins de 30'000$/ans ont voté Hillary ? Idem si on monte la limite à 50'000$/ans.

Contrairement a l'explication simpliste qui rassure les bobos, ce sont des gens diplômés et avec un bon revenu qui ont voté Trump. Les perdants de la mondialisation eux ont voté Hillary !

La presse anglo-saxonne pourtant très anti-Trump a fini par l'admettre. Alors sortez du déni et trouvez une autre théorie, peut-être qu'on peut simplement commencer par le bilan d'un Obama incapable et d'une Hillary corrompue jusqu’à la moelle.

Écrit par : Eastwood | 18/12/2016

L'absence de vergogne n'est pas le seul apanage des nouveaux riches qui dépensent l'argent qu'ils ont parfois soustrait à l'impôt mais caractèrise aussi les gauchistes qui dépensent l'argent d'un Etat que d'autres qu'eux on contribuer à enrichir.

Écrit par : norbert maendly | 18/12/2016

Bonjour Eastwood: Obama incapable? Hillary corrompue jusqu'à la moelle? Prenons le premier. Il a constamment été bloqué par un parlement hostile.Sinon il aurait été bien plus loin, sur la question sociale et écologique notamment, et sur les investissements publics.Quant à Hillary, on va bientôt pouvoir regretter sa ligne, son professionnalisme et sa défense des valeurs humaines. Au moins pour Trump, aucun lien avec l'affairisme, aucune complicité avec les dictateurs de tout bord:tout est juste, clair et réfléchi, semblez-vous dire. Quant aux explications de vote, vos impressions valent ce qu'elles valent, attendons d'en savoir plus.
Quant à M. Maendly: je pense que vous savez que les dépenses publiques financées par nos impôts sont votées par les parlements communaux, cantonaux et national, démocratiquement élus. A ce que je sache, aucun est composé principalement de "gauchistes", et il est couramment admis que l'impôt est payé par les personnes physiques et morales en fonction de leurs ressources. Personne n'oublie qui contribue, pourquoi et à quoi. Personne ne met en doute que seule une économie productive et diversifiée permet de financer l'Etat. Mais est-ce vraiment la vision de l'Etat, de l'économie et de la fiscalité d'un Trump qui s'est vanté d'avoir évité durant des années de payer son dû à l'impôt et pour qui le copinage au sommet fait office de principe de gouvernement: plus c'est gros, mieux ça passe. Ne soyons pas dupes!

Écrit par : longet | 18/12/2016

Mr Longet : Vous avez raison d'écrire que nos parlements ne sont pas composés d'une majorité de "gauchistes" mais de plus en plus de partis dit de droite glissent à gauche comme le PDC par exemple et forment avec les premiers une majorité prompte à voter des dépenses sans savoir comment les financer. Ce qui m'étonne le plus c'est le positionnement à gauche du parti écologiste. La nature est foncièrement de droite et gère selon les critères que sont la selection naturelle et l'adaptation au milieu sa survie; critères qui à l’évidence ne sont pas défendus par les écolos puisqu'ils proposent l'égalitarisme entre les individus et l'adaptation du milieu aux espèces. Quand au copinage il sévi hélas dans tous les partis.

Écrit par : norbert maendly | 18/12/2016

C'est aujourd'hui 19.12.2016 que Donald Trump sera confirmé président ou, selon le voeu ardent de ses détracteurs, non.

Le populisme n'est pas ce que l'on a voulu en faire.
Il faut admettre qu'aujourd'hui toute personne qui parle de la souffrance sociale d'autrui est taxée "populiste"!

Comme il y a "protectionnisme" ou autres sans nuance.

L'abbé Pierre, avec les sans logis, aujourd'hui, serait un simple misérable cureton cherchant à redorer le blason de son église ou Guy Gilbert à propos des loubards.

Honte à qui, "populiste"! un instant remettrait en question non la décriminalisation de l'avortement mais ce dernier devenu, ce que militantes aux Droits de la femme, nous refusions: l'avortement comme moyen de contraception comme un autre (en Suisse, à l'époque, plaidant en faveur de la décriminalisation de l'avortement comme nous l'avons fait nous avons obtenu gain de cause mais jamais l'IVG tel que présenté aujourd'hui aurait été accepté).

La presse ne devrait-elle pas s'interroger sur son rôle à propos de tant de mots slogans ennemis de la sainte réflexion salutaire en for intérieur soit délibération intime!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/12/2016

L’Amérique a déjà jugé le bilan d'Obama, je rebondirai quand même sur quelques points:

"aucune complicité avec les dictateurs de tout bord:tout est juste, clair et réfléchi": Sauf avec l’Arabie Saoudite bien entendu, a moins que vous ne considériez pas une monarchie moyenâgeuse comme une dictature.

"aucun lien avec l'affairisme": Mais Hillary était la candidate favorite de Wall Street et autre Goldmann Sachs

"son professionnalisme et sa défense des valeurs humaines": On voit le résultat en Syrie, quant au valeur humaine d'une secrétaire d'état qui dit de Assange "Ne pourrait on pas simplement droner ce connard", je rigole...

"Quant aux explications de vote, vos impressions valent ce qu'elles valent, attendons d'en savoir plus.": Non monsieur, ce ne sont pas mes impressions, ce sont les résultat des sondages a la sortie des bureaux de vote, que la presse anglo-saxonne a finalement accepté de mauvais cœur.

En fait en déclassant les électeurs de Trump en "loser revanchard frustré de la mondialisation" vous leurs déniez un choix démocratique libre et réfléchit, vous déniez leur statut de citoyens responsable et stigmatisez la moitié d'une nation. Et accessoirement vous créé chez les esprits vulnérables une fracture leurs faisant croire que "Trump n'est pas leur président". Ils ne se rendent même plus compte que ce faisant il n'attaque pas Trump, mais en 1er lieu la démocratique.

Écrit par : Eastwood | 19/12/2016

@Myriam Belakovsky

Le populisme est synonyme de démagogie.

Parler du peuple, c'est une chose le manipuler, c'est autre chose. Trump est un manipulateur. Il ne fera pas mieux que les "élites" qu'ils dénoncent, mais fera pire, sauf qu'il fera beaucoup de publicité sur des faits que le peuples voudra entendre.

L'abbé Pierre était un homme sincère, pas de démagogie avec lui, il ne faisait pas de populisme, mais faisait preuve d'humanisme.

Suivre les bas instincts d'une partie du peuple en proférant un racisme contre son propre peuple noir, hispanique, (etc), ce n'est pas parler de la souffrance social, mais bien de rameuter tous les frustrés haineux à lui.
C'est aussi ça le populisme.

L'humanisme, c'est se préoccuper du peuple. Le populisme est l'antichambre de la démocrature qui ne sert que ceux qui le propagent.

Écrit par : motus | 19/12/2016

@ motus

Le populisme n'a pas toujours été synonyme de démagogie.
Je vous invite à vous informer sur ce même mot et démarche aux Etats-Unis d'il y a un certain temps.

La presse française d'aujourd'hui, selon laquelle, insiste également sur la dérive partielle et partiale

hypocrite par excellence du choix de ce mot "populisme"


populisme mot qui fait frémir ceux d'entre nous qui par-dessus tout tremblent pour un éventuel partage plus équitable de leurs revenus, biens ou fortunes

tel cette bonne nouvelle pour eux du retrait de l'ISF (qui, selon Mme Royal, n'était qu'un détail infime!

En ces temps de liberté d'expression on n'aura jamais autant censuré.

Etant de langue maternelle française et par formation professionnelle à chois assistante sociale ou éducatrice, ou les deux (car je ne vois pas comment dissocier statut socio économique/éducation je connais le sens du mot humanisme.

Merci.
Bonnes vacances à tous.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/12/2016

"Le populisme est synonyme de démagogie" dit Motus en réponse à Myriam Belakovsky.

Faux et archi-faux. Il vaut mieux ne pas écrire ( bouche cousue ) que ce que dit motus.

Le Populisme est le résultat du défaut de la "démocratie", de la rupture flagrante entre les Elites qui gouvernent et les besoins réels du peuple.

Avant de critiquer le "Populisme", adressez vos doléances aux Gouvernants de l UE plus de droite que de gauche. Tous ont tissés des alliances contre nature avec les Golfistes, avec l Otan et avec Washington jusqu au stade de devenir leurs chiens de poches et de devenir des pays pro-terroristes comme la France, la Turquie et les USA( je n ai pas dit carrément Terroristes, ce que je pense, pour ne pas risquer que mon texte resterait à la Douane!).

Écrit par : Charles 05 | 21/12/2016

Pour en revenir exactement à ce mot employé pour tout ce qui dérangerait les tenants du néolibéralisme contemporain en lisant attentivement la presse non encore censurée on note les réserves concernant ce mot populisme qui fut l'appellation même des avancées sociales menées en Amérique il y a quelques décennies.

Lorsque Marine Le Pen dénonce ce qui ne joue plus en France on crie immédiatement au populisme.
Or, qui, en France, crie au populisme sinon ceux qui redoutent une victoire possible du FN aux présidentielles 2017

Simple suggestion: laisser un instant de côté la dénonciation du populisme de Marine Le Pen pour voir si ce qu'elle dénonce est fondé ou non

Ecole Santé Travail Chômage, liste non exhaustive...

Qui lui donne raison parce qu'étant directement concerné par le démantèlement ou la décadence française du moment?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/12/2016

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