23/04/2017

France: recomposition politique en marche

Révolution silencieuse en quatre temps, d'une dimension comparable à la création de la 5e République voici 60 ans.


Premier mouvement: aux primaires des deux partis qui se sont succédé dans la gestion de la 5e République, les Républicains et le PS, ce sont les candidats les moins consensuels de chaque camp qui sont désignés: Fillon et Hamon. Premier signe d'une volonté de clarifier le jeu.

Deuxième mouvement: au premier tour, ces deux partis qui depuis 60 ans structuraient les débats et condamnaient à l'insignifiance les positionnements plus à leur droite, plus à leur gauche ou au centre, sont froidement éliminés du jeu. Bien plus nettement cependant pour le PS, où Hamon, alors qu'il n'a strictement rien de commun avec lui, retrouve à peu près le score de Gaston Defferre en 1969. Une véritable fin de cycle. Il est vrai que si Mitterrand a construit le PS puis sa présidence en rassemblant, Hollande a cru devoir diviser pour régner. La déroute est au bout de ce chemin.

Troisième mouvement: quel projet autre que le rejet, bien nécessaire, du Front national, réunira donc le centre droit et le centre gauche autour d'un Macron quasiment assuré de gagner? Saura-t-il, au-delà d'un score qui sera certainement des deux tiers des voix, réellement allier dans un même élan les réponses aux soucis du patron de PME et celles à offrir aux nombreuses catégories et territoires en déshérence? Saura-t-il aller au-delà de l'option fatale entre un protectionnisme qui étouffe et divise, et un libre-marché qui également étouffe et divise, en proposant les régulations et stimulations adéquates, une dynamique innovante au triple plan économique, écologique et social, qui ne laisse personne au bord du chemin? Ce sera tout le pari de ce renouveau qu'il souhaite incarner. Au bilan du gouvernement sortant: une loi sur la transition énergétique créatrice d'emplois durables, un soutien à l'économie sociale et solidaire dévolue au bien commun, une inflexion écologique et sociale de la politique agricole, autant d'acquis fragiles à cultiver comme axe du renouveau.

Quatrième mouvement: les législatives. En élisant pour la première fois un président incarnant un "centre" qui n'a jamais eu droit à la parole en France, qui va obligatoirement devoir rassembler autour de ce "centre", un nouveau chapitre s'écrit en effet pour ce pays. Mais deux ailiers (dont les voix mises ensemble totalisent presque la moitié de l'électorat) guettent chaque faux pas, tous deux pleins de sollicitude - à leur façon et de manière radicalement opposée - pour les laissés pour compte, une extrême-droite populiste, et une gauche populaire, alternative et vivante, à l'image de Podemos en Espagne ou Syriza (à l'étoile pâlissante toutefois) en Grèce.


Et si le remède était d'abord institutionnel, en allant vers plus de démocratie directe; moins, beaucoup moins de centralisation sur Paris; plus de solidarité entre régions et plus de résilience territoriale, plus de relocalisation solidaire; plus d'innovation sociétale et écologique? La recomposition politique en cours prendra alors tout son sens. Au-delà des femmes et des hommes qui seront élu-e-s à l'Assemblée nationale, il faudra un véritable projet de société, une vraie refondation institutionnelle. Et si le 5e mouvement était, comme en 1789, de convoquer des Etats généraux façon 21e siècle, avec des cahiers de doléances dans chaque commune, points de départ d'un engagement et d'un élan nouveaux? N'est-ce pas aussi un peu ainsi que le programme de Macron a été construit? Il faut souhaiter à la France, aux Françaises et aux Français, de nouvelles façons de faire.

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Commentaires

Pour la gauche c'est plutôt "décomposition politique en marche" et l'ami maduro la gauche suisse en dit quoi????

Écrit par : dominique degoumois | 24/04/2017

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