02/05/2017

Effet Hillary Clinton en France?

Après le Brexit et Trump, Marine Le Pen présidente dans 4 jours? L'ampleur du rejet des élites, affublées de tous les maux, la colère légitime des catégories et territoires délaissés depuis des décennies, le manque de densité et de routine politique de Macron (c'est sa première campagne de toute sa vie!), l'abstention annoncée et assumée d'une partie des électeurs mélenchonistes, le manque complet de scrupules de la candidate du Front National, apparemment prête à beaucoup de concessions opportunistes pour entrer à l'Elysée, rendent désormais possible son élection.


Dans un calcul sommaire certes, Macron doit l'emporter. Mais deux biais se conjuguent pour brouiller la simple addition des rapports de forces. D'une part, la mobilisation asymétrique. Les sympathisants de Le Pen sont nettement plus décidés d'aller voter et de se mobiliser pour leur championne que les électeurs de Macron. Cela peut notablement réduire la différence, leurs potentiels électoraux n'étant pas actualisés de la même manière. D'autre part, la tentation  de l'abstention qui semble bien gagner du terrain au sein de l'électorat. Qu'on aille à la pêche dimanche ou dépose un bulletin blanc ou nul dans l'urne, le résultat est le même.

Quelle que soit l'amertume des partisan-e-s de Mélenchon, peut-on vraiment espérer faire un tabac aux législatives si c'est la candidate du Front National qui ramasse la mise? Peut-on vraiment espérer reconquérir les catégories populaires si on laisse s'installer durablement l'extrême-droite au pouvoir et recomposer la vie politique? Le seul point commun entre Mélenchon et Marine Le Pen est la critique du libre échange, et même là, les motivations ne sont pas les mêmes. Mais cela saurait-il suffire pour lui donner les clés du pays? Et tout le reste du programme, des intentions, de la personnalité? C'est exactement comme si Sanders avait indirectement soutenu, en laissant ses partisans sans consigne, Trump, sous prétexte que lui aussi est critique face à une mondialisation sans foi ni loi. On voit le résultat, et si Mélenchon tient à la moindre parcelle de cette conscience écologique à laquelle il a fait appel, il doit bien savoir qu'il y a bien plus de chance de voir la France prendre en compte cette préoccupation essentielle avec Macron qu'avec son adversaire, qui na jamais évoqué ce thème et l'ignore sans aucun problème.

Tout abstentionniste doit savoir que sa décision implique inévitablement de laisser les autres choisir, et s'il est un peu critique à l'égard du Front national et de sa présidente, de lui donner indirectement sa voix en refusant la sienne à son adversaire. C'est de l'arithmétique élémentaire, et une responsabilité dont il faut vraiment mesurer les conséquences, surtout quand il n'y a que deux candidats.

Enfin, si le programme de Marine Le Pen est connu, celui de Macron reste largement à écrire. Se positionner dans cette logique est infiniment plus créatif et dynamisant que de subir par omission le règne d'une aventurière avide de pouvoir et de solutions simplistes, ajoutant de l'injustice à l'injustice. Dimanche à 20h il sera trop tard pour regretter.

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