19/05/2017

Pendant ce temps... lu dans la presse

Pendant que notre attention est accaparée par les turpitudes de Trump et la baguette magique du prince charmant Macron tentant de susciter une France positive, ailleurs dans le monde...

 

Nous étions restés sur des chiffres de réduction importante du rythme de déforestation de l'Amazonie, un des poumons du monde, réserve incroyable de biodiversité et lieu de vie depuis des millénaires de nombreux peuples autochtones. Mais voilà que le lobby agricole brésilien, un moment un peu cadré par des lois enfin mises en oeuvre, un pouvoir fédéral protecteur des arbres et des peuples de la forêt, (re)montre les dents.


Le départ forcé d'une présidente certes loin d'être parfaite et son remplacement par des coalitions vacillantes d'humains encore plus vacillants a fait qu'à Brasilia on a baissé la garde. Pire, ce pouvoir vacillant a besoin des voix du lobby agricole bien représenté au Parlement: près de 220 élus sur 500... Le président Temer, non élu mais en fonction depuis un an, depuis la procédure de destitution de Dilma Roussef, est  très proche d'eux, voire pourrait être pris pour leur créature.

Et on laisse faire, on revient en arrière, des années lumière en arrière. Des milliers d'hectares sont en train de tomber sous le vacarme assourdissant des tronçonneuses. Le marché, plus ou moins noir, du bois tropical est florissant. Et surtout, après les arbres, c'est le règne d'immenses monocultures de soja, transgénique essentiellement. Culture totalement industrielle, avec quasiment aucun emploi, car entièrement mécanisée, et qui sert non pas à nourrir les humains ... mais les centaines de millions d'animaux en élevage industriel de par le monde, et à faire que nos vaches, qui depuis longtemps ne se contentent plus de l'herbe de nos prés, augmentent leur production de lait. Un lait qu'on surproduit - ce qui entraîne quasi mécaniquement la chute de son prix. Et du paysan avec. Oui le chemin est court, très court, entre la fin d'un monde magnifique là-bas et notre surconsommation de viande ici. Alors que nous savons tous que moins serait mieux.

Après la forêt, ses habitants: depuis des décennies, la célèbre autorité protectrice des droits des autochtones, la Funai, fait tout ce qu'elle peut pour assurer la survie des peuples de la forêt. Ses affrontements avec braconniers, occupants de terres autochtones, latifundistes et autres prédateurs légendaires. Là aussi tout n'est pas parfait. Mais voici que le parlement vient de réduire son budget de moitié. Et, pas en arrière suivant, que le gouvernement s'attaque aux terres réservées aux autochtones et délimitées avec difficultés à travers de longues procédures. Ces terres sont convoitées par le lobby agricole, et diverses d'entre elles sont d'ores et déjà occupées illégalement par des exploitants industriels. Qu'importe, on va légaliser tout cela, des modifications constitutionnelles réduisant les droits des autochtones se préparent, et voici que le lobby agricole veut même supprimer la Funai. Il fallait y penser, il fallait oser.

Oui nous sommes tous concernés. Ce qui se passe là est inacceptable, viole les droits humains les plus élémentaires et toutes les conventions internationales sur la protection de la biodiversité (sources: Libération du 12 mai 2017, Neue Zürcher Zeitung 18 mai).

Tout est lié, en particulier à travers notre consommation de viande. Rappelons-nous en chaque fois que nous lisons "Viande du Brésil": cette viande est tachée du sang des autochtones, du sang de la forêt, du sang du monde.

Justement, alimentation... gardons le meilleur pour la fin. Dans le Matin du 13 mai, le patron de Syngenta  dénonce la culture biologique (ça ne s'invente pas). Elle se passe de pesticides? Mais non, la nocivité des pesticides n'est nullement établie, dit-il. Elle a un rendement inférieur? C'est un incroyable gaspillage de sol, dénonce-t-il (oui un peu comme la forêt tropicale, ça ne sert à rien, tous ces arbres...). Comme si la biodiversité, le respect du sol et du produit, un produit moins gorgé d'eau et plus riche en expression gustative n'avaient aucune importance. Et bien sûr, 3e accusation, les producteurs bio traitent aussi... puisque Syngenta vous le dit. Mais ils ne consomment pas de produits de cette maison chimique ni d'aucune autre maison d'ailleurs. Ils leur arrive certes de traiter, mais avec des produits naturels, et sévèrement contrôlés. Syngenta qui dénonce le bio, on aurait envie d'en rire, s'il n'y avait pas derrière tout cela finalement le même cynisme que celui du lobby agricole brésilien. Après moi le déluge, et avant le déluge, le tiroir-caisse. Bon appétit!

 

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Commentaires

Présenté ainsi, le monde est un foutoir.
C'est pourtant sans surprise que j'ai découvert la raison principale du refus de Greenpeace d'entrer en matière sur la question du gaz de méthane de provenance bovine qui est plus nocive pour l'environnement que le CO2 émis pas l'homme sur toute la planète.
Avec un tel combat, Greenpeace perdrait au bas mot la moitié de ses contributeurs qui ne sont pas prêts à remettre en question leur habitudes de consommation carnée.
Oserais-je vous encourager à vous familiariser avec les outils numériques qui se profilent tels que les blockchains et les applications décentralisées (dapp) ?
Vous découvrirez la révolution silencieuse qui se met en place et qui pourrait nous éviter un bain de sang.

Écrit par : Pierre Jenni | 19/05/2017

Bravo René pour ton article, ce qui se passe au Brésil est incroyable mais malheureusement totalement occulté par les "trumperies" et autres news.
Rien n'a changé depuis que j'ai quitté le Brésil il y a 30 ans ce sont toujours les grands propriétaires terriens qui font la loi.
Il faut continuer à dénoncer ce désastre programmé.
Cordialement
Alain Gaumann

Écrit par : Alain Gaumann | 28/05/2017

La situation au Brésil est particulièrement catastrophique, et ce surtout pour les peuples autochtones qui voient leurs droits reculer encore une fois.

A noter que les Nations Unies font leur travail dans ce domaine, grâce à la participation directe de représentants autochtones du terrain dans plusieurs mécanismes.

Lors du dernier Examen Périodique Universel du Brésil, qui s'est déroulé à Genève début mai 2017, deux recommandations faites au Brésil par d'autres Etats soulignent l'urgence de la situation et surtout que le Brésil doit prendre des mesures rapides:

1) Les Pays-Bas: Develop a National Action Plan on Business and Human Rights in order to prevent development projects from violating the rights of traditional populations, indigenous peoples and workers and causing damage to the environment, and in order to ensure effective remedy with meaningful consultation to the affected communities.

2) L'Autriche: Establish a mechanism to allow for speedy and correct judicial decisions under strict observance of constitutional and international law regarding the territorial rights of indigenous peoples.

Le rapport complet de cet examen se trouve ici (en anglais): https://www.upr-info.org/sites/default/files/document/brazil/session_27_-_may_2017/a_hrc_wg.6_27_l.9.pdf

Ainsi, même si la situation au Brésil échappe aux grands médias, les violations sur le terrain ne sont pas oubliées sur le plan international. Reste maintenant au gouvernement brésilien de faire preuve de volonté pour résoudre ces problèmes, et cela est une autre histoire...

David Matthey-Doret

Écrit par : David Matthey-Doret | 30/05/2017

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