19/09/2017

Coopération au développement, quelles options en ville de Genève ?

 

 

Quand l’exécutif et le délibératif ne sont pas composés des mêmes majorités politiques, et que le pouvoir budgétaire est le principal outil en main du délibératif pour peser sur les priorités politiques, il faut une solide volonté de travailler ensemble et une forte culture de débat. Choses qui ne vont pas de soi et que la plus grande commune du Canton n’a visiblement encore pas acquises. Probablement parce que chaque camp compte sur les élections à venir pour modifier dans sa direction les rapports de force. En attendant ce sont les plus démunis de la Planète qui en font les frais.


 

 

Nous voulons parler de la coopération au développement, expression de solidarité humaine élémentaire. Nous voulons parler des nombreuses associations dans lesquelles s’engagent de tout aussi nombreux habitantes et des habitants de notre communauté genevoise. Elles conçoivent en partenariat avec des populations défavorisées du Sud des projets leur permettant d’obtenir ce qui nous semble aller de soi: pouvoir accéder à des soins, à l’éducation, à un approvisionnement énergétique durable, à une alimentation saine, à l’eau potable, à un toit, à un emploi... Bref ce qui rend la vie possible. A l’évidence il s'agit là d'une prévention fort efficace de cette émigration forcée qui profite essentiellement aux passeurs, auxquels ces personnes dans la détresse remettent leurs dernières ressources - et bien souvent leur vie.

 

Avoir le droit de vivre dignement au pays, combler un peu les énormes inégalités sur cette Terre, aller ensemble vers un développement durable, voilà bien l’objectif et l'apport essentiel de la coopération. Les Etats se sont engagés depuis 1970 à y consacrer 0,7% de leur revenu national brut. La Suisse devait atteindre 0,5%, mais plafonne légèrement en-dessous. Notre Canton s’est engagé par la loi sur le financement de la solidarité internationale de 2001 à «consacrer au moins 0,7% de son budget annuel de fonctionnement à la solidarité internationale, particulièrement en soutenant des projets de coopération, d'aide au développement, de promotion de la paix et de défense des droits sociaux et de la personne». Il est malheureusement resté bloqué autour de 0,25% ! Toutefois, sans être soumises à cette loi, un bon tiers des communes et plusieurs villes suburbaines ont atteint voire dépassé ce pourcentage. Ainsi Carouge, Plan-les-Ouates, Onex ou Meyrin - le Grand-Saconnex et Lancy s’en rapprochant de très près, ; la Ville de Genève est un peu plus en retrait.

 

En votant le budget 2017, le Conseil municipal a enlevé à la coopération non seulement une augmentation de 250'000.- proposée par l’exécutif, mais 340'000.- supplémentaires. Certes, argumentent les auteurs de cette coupe, on reste dans le périmètre de ce qu’on peut comptabiliser, d’après les directives de l’OCDE, sous aide publique au développement (APD). En effet ces 340'000.- enlevés à la coopération ont été attribués à un programme d’aide au retour de requérants d’asile. Tâche sans doute utile, mais qui n’a rien à voir avec l’activité de prévention de terrain qu’est la coopération. On peut même dire que le retour individuel, pour faire sens, a besoin de la dynamique collective qu'apporte, précisément, le développement ! Financer l’un par l’autre, c’est comme opposer la coopération et l’aide humanitaire d’urgence, c’est jouer deux nécessités l’une contre l’autre.

 

Dans le Sud, les besoins sont immenses, faire payer aux populations dans le besoin nos querelles politiciennes locales n’est vraiment pas digne de la Cité internationale que nous voulons être. Faisons un pas dans la bonne direction et consolidons notre engagement genevois, en refusant ces coupes lors du vote référendaire municipal de ce dimanche ! Concluons avec Pierre Maudet: «L’aide au développement ne doit pas être une simple variable d’ajustement budgétaire car ce que nous ne dépensons pas ici, nous le dépensons ailleurs ou plus tard pour lutter contre l’immigration illégale ou organiser des expulsions.» (déclaration faite à Alliance Sud) et sortons une bonne fois la coopération des controverses politiques.

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