15/01/2018

L’ère de l’aviation sans limites est terminée

En France, dans peu de temps, le gouvernement va devoir trancher sur le lancement ou non de l’Aéroport de Notre Dame des Landes. Des spécialistes de la branche expriment leurs doutes, comme Jean-Louis Baroux, qui rappelle dans une récente chronique https://www.deplacementspros.com/Notre-Dame-des-Landes-et-l-utilisation-de-l-argent-public_a46310.html : «il ne suffit pas de créer une plate-forme aérienne pour en faire un succès. Les Canadiens l’ont expérimenté durement avec l’aéroport de Mirabel dont tout le monde louait les extraordinaires capacités de développement et qui a été abandonné pour le trafic passagers car trop éloigné de Montréal. Plus près de nous, l’exemple de Vatry, même appelé de manière un peu abusive Paris-Vatry, montre également les limites de l’exercice. Il est intéressant de se rappeler la construction de la gare TGV de Lyon St.-Exupéry, aéroport appelé à l’époque Lyon Satolas.


 

Ce superbe ensemble architectural a été ouvert le 3 juillet 1994 en vue de connecter les clients TGV au transport aérien. Et la gare a été desservie par des trains rapides en provenance de Paris, Lille, Marseille et Genève. Bien évidemment, aucun passager sérieux n’était partant de l’une de ces villes pour aller prendre un avion à Lyon. Or le coût a été si élevé, on a parlé d’un milliard et demi de francs pour un budget initial deux fois moindre, que les collectivités locales n’avaient plus d’argent pour créer une liaison en site propre afin de relier l’aéroport de Satolas et la ville de Lyon. Il a fallu attendre 2010, soit 16 ans plus tard, pour voir enfin la mise en place de cette indispensable desserte ! Il est bien à craindre que l’affaire de Notre Dame des Landes, si la décision de construire ce nouvel aéroport est prise, ne se traduise par les mêmes effet» .

Une décision favorable du gouvernement français décrédibiliserait aussi la posture offensive prise par le Président Macron sur les enjeux climatiques. Même si la contribution de l’aviation en termes d’émissions de gaz à effet de serre reste globalement en-dessous de 5%, ce n’est en tous cas pas une image de cohérence que la France enverrait au monde. Cette part doit décroître et non croître, ce qui sera inévitablement le cas si on continue de miser de manière irréfléchie sur ce mode de transport.

A Genève, une initiative populaire appelée « Reprenons en main notre aéroport » souhaite encadrer le développement futur de l’aéroport par des principes inscrits dans la constitution tels que la protection de l’environnement, l’aménagement du territoire ou de promotion de la santé. Déposée au printemps dernier, elle cible essentiellement la contradiction entre le caractère urbain de l’aéroport et les projets de développement de l’aviation, puisque le nombre de passagers devrait passer de 17 millions par an à 25 d’ici 2030.

Point commun entre les controverses autour d’un aéroport prévu en pleine campagne, donc loin de toute clientèle, et un aéroport rattrapé par le développement urbain ? Une prise de conscience croissante que l’aviation, rêve ancestral de l’humanité, doit faire l’objet d’un choix. Son développement ne peut pas être infini. Il faudra définir des priorités. L’aviation est bien trop précieuse pour être utilisée tous azimuts.

Indispensable pour assurer les relations lointaines, au-delà de 1000 km, faut-il gaspiller le kérosène dont elle a besoin et enrichir encore l’atmosphère en CO2 pour passer à des tarifs imbattables, ne couvrant pas leurs externalités environnementales, des week-ends dans les capitales européennes ? Peut-on encore se permettre de surcharger en nuisances les riverains des aéroports, alors que pour les courtes distances, il existe des liaisons ferroviaires compétitives ? Le TGV nous mène au cœur des villes avec nettement moins de nuisances.

Le débat est lancé, mais une chose est sûre : l’ère de l’aviation sans limites est terminée.

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Commentaires

Réintroduisez le passeport intérieur et ses limitations des déplacements du bas peuple, après tout une chose est sûre: C'est une spécialité socialiste.

Écrit par : Eastwood | 15/01/2018

Ouvriers partant pique-niquer à la campagne sur leurs vélos pendant les premiers congés payés, faisant des virées en moto, puis en 2CV quelques décennies plus tard, jouxtant les riches Anglais sur la côte d'Azur avec leur marmaille, visitant enfin les capitales européennes et quelques "paradis" lointains en avions low-cost, comme les riches d'autrefois.
Ils vont enfin, du moins leurs successeurs, les membres de la classe moyenne, retourner laver les voitures de leurs maîtres.

Écrit par : Mère-Grand | 16/01/2018

Et si nous donnions l'exemple en accentuant notre collaboration avec Lyon et en augmentant les liaisons TGV.
Ah, mais j'oubliais, nos penseurs n'ont pas prévu que le TGV passe par l'aéroport de Genève puisque c'est un cul de sac.
J'avais cru comprendre que le Conseil d'Etat envisageait de prendre des parts dans St Exupéry...
En tous cas, nous n'aurons tout simplement pas la place pour développer les infrastructures aéroportuaires, déjà saturées. La projection pour 2030 s'annonce apocalyptique.
A moins qu'un élu se réveille pour mettre en avant le projet Weibel.

PS. Dites-moi Monsieur Longet, quel but vise cette enquête sur le quartier de l'aéroport ? https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSd4ind-qElfg7fOi-a1EOIeDPwOhdcM1x3_-rmaPhU5NrVwHA/viewform

Écrit par : Pierre Jenni | 16/01/2018

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