01/02/2018

Rattraper le retard ferroviaire genevois?

Le 30 janvier dernier la Tribune de Genève consacrait une page aux "ambitions" ferroviaires genevoises pour... 2050. Après la douche froide des subventions fédérales non accordées aux lignes de tram transfrontalières, voici donc nos projections ferroviaires pour dans 32 ans. Selon les statistiques officielles (Observatoire statistique transfrontalier, synthèse 2016), l'espace transfrontalier, défini ici comme le canton de Genève, le district de Nyon et "la zone d'emploi du Genevois français", comptait au 1er janvier 2013 (!) 953'000 personnes. 5 années plus tard on a sans aucun doute franchi la barre du million. De son côté, le service cantonal de la statistique a publié en juillet 2016 des scénarios démographiques allant jusqu'à une augmentation de 150'000 personnes d'ici 2040.

 


Nous sommes donc exactement dans les mêmes ordres de grandeur que l'agglomération de Zurich. Or, celle-ci n'a pas hésité depuis 30 ans à consentir des investissements massifs, appuyés par des subventions tout aussi massives de la Confédération, pour adapter les performances du réseau ferré à la réalité des déplacements de la population; aujourd'hui les capacités de desserte ferroviaires sont conformes à la dynamique démographique de la zone d'influence de la métropole alémanique. Résultat: l'agglo zurichoise est desservie par... 32 lignes de S-Bahn ou RER. Pertes de temps? Très limitées, fluidité des relations, facilité de déplacement, confort...

Rien de tel, absolument rien, n'est prévu à l'horizon 2050 (!) dans l'agglo genevoise. Le plan publié par la TDG relève deux petits bouts de lignes ferroviaires venant s'ajouter timidement à ce CEVA décidé en 1912 et inauguré en ...? Pont-Rouge-Bernex et Aéroport-Zimeysa. C'est tout. Les axes ferroviaires régionaux situés en territoire français n'y sont même pas indiqués.

La ligne Bellegarde-Divonne inexploitée pour les voyageurs depuis belle lurette,  fermée aux marchandises depuis quelque temps? Un fantôme. De même, la liaison Evian-Saint-Gingolph, ces 17 km qui boucleraient la boucle lémanique, dont la réhabilitation est pourtant demandée avec force par le Valais, et fermée elle aussi à tout trafic depuis vingt ans? En 2050 le terminus indiqué reste Evian. La suite sera bientôt plateforme routière, on peut en prendre le pari. L'idée de pouvoir décharge par le sud la liaison Genève-Lausanne sur laquelle on n'arrête pas de devoir doubler les voies à force de chantiers répétés et fort coûteux ne semble pas intéresser ceux qui se sont donnés pour mission de dessiner nos "ambitions"...

Développer encore et toujours l'attractivité du territoire, densifier la ville, poursuivre la dissémination de l'habitat individuel en France voisine comme dans le district de Nyon sans mettre comme préalable une desserte efficiente en transports publics c'est, très clairement, programmer les bouchons et des pertes de temps toujours plus grandes dans nos déplacements quotidiens. C'est avoir pour seule ambition, non de trouver des solutions à la hauteur d'une zone de desserte et de génération de trafic d'un million d'habitants, mais de subir le chaos sans aucun espoir d'en sortir encore durant trois décennies.

Cette planification doit être revue de fond en comble pour l'adapter aux vrais besoins, ou alors il faut cesser radicalement de développer l'attractivité de Genève. Le grand écart entre besoins et réponses est programmé. Et l'insatisfaction légitime des usagers de ces équipements squelettiques ne va faire que croître. Est-ce vraiment cela le dernier mot de nos décideurs cantonaux?

 

 

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Commentaires

Nous n'avons que ce que nous méritons. Le silence assourdissant des parlementaires et du gouvernement pour les projets Weibel justifie à lui seul la réticence de la Confédération à participer à notre cacophonie.
Je n'ai pas souvenir vous avoir entendu à ce sujet. Vous portez donc votre part de responsabilité et votre complainte tombe à plat.

Écrit par : Pierre Jenni | 01/02/2018

Cette remarque de Monsieur Jenni me paraît très pertinente et je me réjouis d'entendre les verts et lesroses sur le sujet de l'alternative Weibel.

Écrit par : nEmo | 01/02/2018

Cher Monsieur Jenny
L'enjeu n'est pas au niveau d'un projet ponctuel, indépendamment des mérites de son auteur, mais d'une vue d'ensemble ambitieuse à la hauteur des besoins. Et cela je le dis depuis longtemps. On a certes commencé à investir un peu plus dans le réseau de trams et on va avoir le CEVA mais on reste bien en-deçà des exigences de la situation.

Écrit par : longet | 01/02/2018

Monsieur Longet, merci de revenir un instant. Votre mot me laisse perplexe. Les projets Weibel, car il y en a plusieurs, proposent justement une vision ambitieuse bourrée de qualités que vous devriez connaitre.
Je dénonce le silence des élus à ce sujet et je vous considère comme complice.
L'auteur se fout des mérites. Il pense, comme devraient le faire nos représentants, à l'intérêt du plus grand nombre et demande simplement que ses propositions soient objectivement évaluées.
Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Écrit par : Pierre Jenni | 02/02/2018

Monsieur Longet,

Vous avez raison d'évoquer le retard ferroviaire genevois, mais on ne va pas refaire l'histoire car c'est vers l'avenir qu'il faut désormais se projeter.

En préambule, il me semble indispensable que les milieux politiques genevois s'accordent sur une vision commune de cette desserte ferroviaire en prenant en compte tous les éléments, notamment l'existant, sans oublier les capacités financières du canton qui ne sont extensibles à l'infini. Le réseau ferroviaire du noeud de Genève doit être envisagé dans son ensemble, comme un système, tel que le préconise M. Weibel. Si vous preniez le temps de vous pencher sur le projet qu'il a développé, vous verriez qu'il est loin d'être ponctuel comme vous l'écrivez en réponse à M. Jenni.

Que pensez-vous par exemple de la configuration actuelle de ce réseau ferroviaire avec une gare de Genève-Aéroport en impasse, qui le restera par la seule volonté du DETA, alors qu'en la raccordant directement à la ligne Genève - Lausanne à la hauteur de Genthod-Bellevue, on aurait pu éviter l'extension de Cornavin et la sarabande de travaux pharaoniques au centre ville qui en résulteront ? Genève aurait pu éviter de dépenser inutilement 545 millions (425 pour le canton et 120 pour la Ville) pour l’extension de Cornavin, extension qui ne suffira pas à résoudre le problème puisque l’Etat a prévu deux autres étapes, dont la fameuse « Raquette » et un nouvelle gare à l’Aéroport, pour un montant total de plus de 4,500 milliards, montant dont la répartition financière n’a pas été établie à ce jour.
Par comparaison, le projet de M. Weibel ne coûterait lui que 740 millions en résolvant tout en dix ans, soit plus de six fois moins cher sans aucun impact sur Cornavin et le centre ville.

Que pensez-vous également de l'absence de prise en compte des convois de matières dangereuses dans le « projet d’infrastructure ferroviaire 2030/2035 » et du silence assourdissant de nos autorités cantonales à ce sujet dans leur prise de position à propos de projet mis en consultation publique récemment ? Vous qui avez la fibre écologique Monsieur Longet, cela ne vous interpelle-t-il pas de savoir que les convois ferroviaires de chlore à destination du Valais continueront de transiter par Cornavin, zone urbanisée s'il en est, sous le regard impassible de vos pairs, alors qu’il existe une solution simple qui permet d’éviter ce risque ?

Ne pensez-vous pas qu’il est temps que la délégation parlementaire genevoise aux Chambres fédérales s’accorde enfin sur un projet commun dans une approche pragmatique pour défendre les intérêts de Genève, plutôt que de s’égarer dans des débats dogmatiques stériles et ruineux pour Genève ?

Cessons de nous lamenter à Genève, si les projets genevois ont été recalés à Berne, ce n’est pas de la faute des Zurichois ou autres Suisses allemands, mais plus simplement parce que ces projets n’ont pas convaincu. Et s’il n’ont pas convaincu, c’est qu’ils n’étaient pas aboutis, voire franchement mauvais.

Le projet développé par M. Weibel reste d’actualité, nonobstant les décisions prises à ce jour. C’est une question de volonté politique. Prenez le temps de consulter ce site :
http://www.gerer.ch

Bien à vous !

Écrit par : Charles Matthey | 02/02/2018

Monsieur Longet,

Je regrette que vous ne l'ayez pas perçu, probablement ne l'ai-ja pas assez bien expliqué.

Ce que je propose, c'est justement de procéder à une approche d'ensemble, par opposition à ce que fait l'Etat. Oui, vous avez raison, le réseau ferroviaire concerné par une étude vue de Genève ne doit pas se limiter à la seule périphérie de la ville, il doit s'étendre partout où il est opportun. La ligne du Tonkin comme la ligne Bellegarde-Divonne entrent sans aucun doute dans le champ d'étude du réseau ferroviaire. Ma conception ne l'interdit évidemment pas.

Ma conception part au contraire du refus de l'approche fractionnaire de l'Etat, qui additionne des petits bouts partout où un morceau fait apparaître un déficit de capacité. Ma conception adopte une perspective nettement globale, avec pour objectif de créer un mouveau système homogène, cohérent.

Contrairement à l'Etat, qui, voyant que Cornavin arrive à sa limite de capacité, décide d'agrandir Cornavin, qui, voyant que Aéroport arrive à sa limite de capacité tout en constatant que son extension n'est physiquement pas possible, décide d'une improbable "Raquette", je propose de réaliser tout autre chose, la boucle de l'Aéroport, qui permet de diviser par deux tout le trafic attendu entre Genthod-Bellevue, Cornavin et Aéroport, dispensant d'agrandir Cornavin et dispensant de la "Raquette".

Contrairement à l'Etat, qui décide de faire une traversée autoroutière du Lac sans même imaginer de lui associer une traversée ferroviaire, j'ai envisagé, étudié et proposé un tracé qui rende la chose possible.

Pardonnez-moi de vous l'exprimer ainsi, je vous trouve un peu gonflé de réduire mon travail "au niveau d'un projet ponctuel". Et vous, que proposez-vous, à part de revoir les cas de Bellegarde-Divonne et du Tonkin?

Le site: www.gerer.ch

Écrit par : weibel | 02/02/2018

Je suis curieux. Dites-moi Monsieur Longet, saviez-vous ce que viennent de vous rappeler MM Weibel et Matthey ?
Si c'est oui, alors j'attends des arguments pour contrer, dénoncer et défendre le projet du CE.
Si c'est non, je prends peur. Si nos représentants les plus engagés, comme vous, ne connaissez pas les projets Weibel, comment justifier notre démocratie semi-directe qui délègue notre voix à des parlementaires ?

Écrit par : Pierre Jenni | 02/02/2018

Bonjour
Je me refuse ici à faire un travail de technicien qui ne m'appartient pas. Je constate un fossé entre les équipements ferroviaires prévus pour 2050 et les besoins en déplacements d'une population qui ne va cesser de croître. Merci aux auteurs de projets, et surtout il faut que les planificateurs fassent un inventaire des besoins et des réponses les plus adéquates. Je n'ai pas à préférer les solutions d'un tel par rapport à un autre mais à appeler les pouvoirs publics à relever le défi et à s'en donner les moyens.

Écrit par : longet | 02/02/2018

Monsieur Longet,

Selon vous, Monsieur Weibel a fait un travail de technicien.

A la réflexion, pourquoi ne pas utiliser cette expression! Mais parfois, Monsieur Longet, les techniciens sont visionnaires et il faut tout simplement les écouter pour s'engager plutôt que de stagner.

A quand un projet de l'Etat pour 2080? Ce serait un bon moyen de ne rien décider. Et puis, nous serons tous morts!

Écrit par : chabloz | 03/02/2018

Merci pour cette demande de précision. J'ai dû mal m'exprimer. Pour moi un technicien est une personne qui est capable de traduire une idée ou une réponse à un besoin en un projet réalisable et concret. Ce qui n'est pas mon rôle ni dans mes compétences. Je me situe en amont de cela, dans l'appel aux décideurs de faire l'inventaire des besoins et de les traduire dans une esquisse de réseau. Je n'ai jamais dit ni laissé entendre que les projets de M. Weibel n'avaient pas leur place dans cette réflexion ni ne devaient pas être étudiés. Ce qui manque est toutefois plus profond: la reconnaissance de l'enjeu régional d'un sous-équipement dramatique en termes de desserte ferroviaire locale. Le projet de M. Weibel est une contribution mais ne suffira certainement pas.

Écrit par : longet | 03/02/2018

Bonjour,
Les derniers succès de Genève en matière de mobilité n'est que le reflet de la pauvreté du débat politique genevois sur ce thème. Il ne sert à rien de critiquer la Berne fédérale. Cette dernière a tout loisir de comparer avec les visions des autres cantons. C'est (presque) aussi simple que cela.

Écrit par : Olivirr | 03/02/2018

Je suis pleinement d'accord avec Olivier et c'est bien le sens de ma note. Merci de l'avoir souligné. En période électorale cela devrait interpeller...

Écrit par : longet | 03/02/2018

Cher Monsieur Jenni
Vous insistez mais ne prenez pas connaissance de mes réponses. Alors pour la dernière fois je souligne que je refuse de me situer comme technicien ou comme évaluateur de projets. Je réclame une vue d'ensemble permettant de répondre aux besoins d'une population croissante qui est aujourd'hui très mal desservie et qui le restera encore pour longtemps s'il n'y a pas de vraie volonté politique de doter une agglomération transfrontalière de la dimension de Zurich d'un réseau ferroviaire régional cohérent et répondant au flux actuels et prévisibles de déplacement. Toutes les propositions s'insérant raisonnablement dans ce but sont les bienvenues. Aucun projet actuellement connu ne constitue à lui seul la solution mais peut y contribuer.

Écrit par : longet | 05/02/2018

Monsieur Longet, je vous ai lu très attentivement. J'en suis logiquement arrivé à la conclusion que vous ne connaissez pas les projets Weibel qui ne font pas que contribuer mais proposent véritablement "un réseau ferroviaire cohérent et répondant au flux actuels et prévisibles de déplacements".
Je comprends bien que vous n'avez pas les compétences pour évaluer ces projets. En revanche il me semble que le minimum que l'on puisse attendre d'une personne engagée comme vous c'est de proposer l'étude de ces projets. Et ceci bien en amont des décisions prises par les autorités communales, cantonales et fédérales.
M. Weibel décrit très bien son parcours du combattant auprès de l'OFT et de l'Ofrou. Rien de technique là dedans, juste les errances du politique qui doit aujourd'hui continuer sa fuite en avant pour ne pas reconnaitre ses erreurs.
J'espère que vous n'en êtes pas et que vous demanderez à ce que ces projets soient évalués. Le site de M. Weibel est très complet et vous pourrez passer outre le côté technique en vous focalisant sur le caractère purement politique.
C'est du moins ce que je ferais à votre place si "rattraper le retard ferroviaire" est véritablement pour vous une préoccupation.
Et vous découvrirez avec surprise que c'est réalisable pour six fois moins cher que le programme prévu. Ce qui, vous en conviendrez, donne beaucoup plus de chances de succès au vu de l'état des finances de notre canton.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/02/2018

Je vous remercie d'avoir publié mon commentaire. C'est tout à votre honneur.
Afin de vous faciliter la tâche, je vous propose ce lien qui vous donne une idée des errances de nos instances. Rien de technique, juste du bon sens.
http://mobilite.blog.tdg.ch/archive/2016/09/21/genevois-on-vous-berne.html

Écrit par : Pierre Jenni | 06/02/2018

Et voici en un clin d'oeil la démonstration non technique de l'avantage économique du projet de désenclavement de l'aéroport.
https://sites.google.com/site/pastoucheacornavin/

Écrit par : Pierre Jenni | 06/02/2018

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