20/02/2018

No Billag : voulons-nous fragiliser encore plus nos médias ?

 

La Constitution fédérale dispose que «la radio et la télévision contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement. Elles prennent en considération les particularités du pays et les besoins des cantons. Elles présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions» (article 93, l’alinéa 2).


L’initiative No Billag consiste à abolir cet alinéa essentiel, car il fonde la mission de service public de la RTS, et elle précise en lieu et place, pour verrouiller le tout, qu’«aucune redevance de réception ne peut être prélevée». Ainsi, en un tournemain, la radio-télévision dans son ensemble serait livrée aux seuls financements privés. Y compris les 19 chaînes de radio et télévision locales qui enrichissent l’offre médiatique en Suisse romande, mais qui ne pourraient aucunement survivre sans la redevance.

Le sort de la presse écrite, aujourd’hui bien fragilisée, les dérives des médias sociaux (qu’on ferait mieux d’appeler anti-sociaux, au vu des contenus virulents, agressifs, subjectifs qui y sont véhiculés sans aucune retenue et encore moins vérification) devraient nous alerter. Nous avons vu comment Berlusconi - digne comparse de Trump - a pris, voici quelque temps, tout un pays en otage par ses chaînes privées. Aujourd’hui, l’Amérique se trouve gravement déstabilisée par les flots de haine, de racisme et de rejet de la démocratie déversés en continu par les radios privées de l’ultradroite. Nous ne voulons pas voir cela ici!

Une information de qualité, des journalistes en mesure de faire leur métier, une éthique professionnelle rigoureuse, une structuration claire des arguments, des enquêtes là où cela fait mail - voilà autant de préalables indispensables à la démocratie, qui sinon risque fort d’aller à la dérive. Tout cela se trouverait hautement fragilisé dans un paysage audio-visuel abandonné aux sponsors et aux annonceurs, et dès lors gouverné par l’audimat et le sensationnalisme.

La redevance - dès le 1.1.19 un franc par jour - est un prix tout à fait raisonnable pour la démocratie. Et raser gratis ça fait bien longtemps qu’on n’y croit plus ! Une bonne information est un bien public essentiel, ne mettons pas en péril ce qui en reste aujourd’hui, mais faisons-en une référence pour l’ensemble des moyens de diffusion. La question posée le 4 mars nous place en face d’un vrai choix de société : le marché ne peut pas et ne doit pas se substituer à la démocratie.

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Commentaires

Je ne regarde ni la télé, je n'écoute pas la radio. C'est mon droit. Par contre Billag me force à payer la redevance car j'ai un ordinateur et un portable qui permettent potentiellement de capter des programmes TV ou de la radio que je n'utilise pas et que je n'utiliserai jamais.

J'essaye depuis peu de me mettre à mon compte. Je ne suis plus employé pour le moment. Chaque franc gagné à la sueur de mon front à une autre valeur. Une valeur différente d'une personne dont le salaire est assuré par des lois injustes. Je refuse clairement de jeter mon argent par la fenêtre, je n'aime pas le gaspillage et je suis contre.

Écrit par : Oyola | 20/02/2018

Cher Monsieur Oloya
Je comprends bien. Il y a ce que chaque personne décide de faire ou peut faire. Et il y a ce qui est bien ou pas bien pour la société. De plus, si toutes les personnes qui n'ont pas d'enfants refusaient de payer la part d'impôts revenant aux écoles, si tous ceux qui n'ont pas de voiture refusaient de payer pour les routes, les végétariens refusaient les subventions aux paysans élevant des animaux de boucherie, il n'y aurait bientôt plus de collectivité du tout. La société est un tout et doit être gérée comme un tout.
Cordialement
René Longet

Écrit par : longet | 21/02/2018

Cher Monsieur Longet,

Les routes sont indispensables, l'éducation l'est indispensable. C'est donc tout à fait normal et logique que la collectivité les finances. Vous ne pouvez pas comparer ceci à des activités comme regarder la télévision ou écouter la radio. Les consommer est un LUXE et un CHOIX personnel. Je pense que chacun devrait être libre de pouvoir choisir ce qu'il regarde ou écoute, en fonction de ses goûts et de son niveau intellectuel.

De plus, aujourd'hui les technologies permettent de facturer ces services à la consommation. Les programmes actuels étant de grande qualité, je pense que beaucoup d'utilisateurs seront contents à mettre leur argent et leur temps libre là dedans.

Enfin, il ne s'agit pas de couper les subventions, l'Etat continuera à les supporter de façon indirecte, via nos impôts.

Bien à vous,

Oyola

Écrit par : Oyola | 21/02/2018

Le véritable débat est évacué. Toutes les formations sauf l'UDC, comme d'hab', s'alignent pour sauver une institution condamnée à se réformer.
Indépendamment de tout ce qui a été dit, je considère qu'il est nécessaire de voter pour cette initiative afin d'équilibrer un peu les forces en présence et obliger la RTS à se remettre en question.
Mais quoi qu'il arrive le 4 mars, ce n'est que partie remise.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/02/2018

Deux réponses à ces deux commentaires:
1) Pour que les décisions démocratiques puissent être prises en connaissance de cause une éthique d'objectivité des médias, en l'occurrence la radio et la TV, est une condition indispensable. Il n'y a pas que de la distraction et ce n'est pas un luxe. C'est à mon sens un équipement qui va de pair avec la capacité citoyenne.
2) Pour réformer la RTS encore faut-il qu'elle puisse exister. Je rappelle que l'initiative No Billag inscrirait dans la constitution l'interdiction de tout prélèvement pour financer radios et TV y compris locales et régionales. Il n'y aura alors plus rien à réformer, puisque tout le secteur aura été rendu totalement dépendant de l'industrie du divertissement et de la pub.Voter Non c'est se garder un domaine d'intervention citoyenne et de service public.

Écrit par : longet | 21/02/2018

Il faut voter Oui afin de mettre un coup de pieds dans la fourmilière de cette institution qui n'est rien d'autre que l'organe officiel du PS depuis la disparition pour cause de faillite du Berner Tagwart ! Celui ou celle qui postule pour un poste à la RTS doit être socialiste ou khmer vert sinon il n'a aucune chance. Le seul réalisateur qui était de droite a été viré pour une futilité (faire disparaître le visage d'une présentatrice qui partait à la retraite dans le soleil)

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 22/02/2018

Pour M Descloux-Rouiller
Je récuse totalement vos allégations.
Elles sont insultantes pour les responsables et pour les journalistes et je vous invite à présenter des preuves.
Le statut constitutionnel de la Rts que no Billag veut abolir est clairement l'exigence de professionnalisme et d'objectivité.
S'il y a des critiques à faire c'est sur cette base, pas en lançant des affirmations péremptoires!
René Longet

Écrit par : Longet | 22/02/2018

M. Longet, si vous regardez Infrarouge lors de débats politiques, vous serez obligé de reconnaître que lorsqu'un gaucho s'exprime il n'est jamais interrompu mais lorsqu'un type de droite essaie de s'exprimer il est systématiquement empêché de parler. D'autre part, le réalisateur viré est une personne que je connais très bien et je confirme ma version. Celui qui est insultant c'est celui qui ne veut pas reconnaître les faits.

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 23/02/2018

Vous parlez de gauchot...mais en attendant, je connais des enfants collégiens pistonnés d'employé de la RTS qui se ventait d'engranger 100 CHF TTC par heure tout les week-ends pour effectuer des petits travaux pour la RTS durant leurs études. Moi je dis stop aux abus, quoiqu'il arrive, la démocratie n'a jamais été le meilleur des systèmes.

Écrit par : Oyola | 23/02/2018

Alors dans ce cas cher M.Oloya n'allez pas voter et laisser nos radios et TV tranquilles! Pour les petits jobs de jeunes, on n'arrête pas de demander et à juste titre aux entreprises de leur trouver des places, histoire qu'ils puissent mieux comprendre comment se passe la vie professionnelle. Il est semble-t-il assez fréquent que les employé-e-s d'une entreprise proposent aux RH la candidature de jeunes de leur famille. Ce serait un abus si cela verrouillait tout accès à d'autres jeunes, et si en effet les rémunérations sont abusives. Il faut critiquer des cas concrets et en parler dossiers en mains à qui de droit. Mais laisser entendre que c'est typique de la RTS et que c'est pour cela qu'il faut la supprimer, c'est clairement une "fake news". Alors merci en effet de ne pas aller voter, appliquez à vous-même votre affirmation que "la démocratie n'a jamais été le meilleur système", et laissez décider ceux que vous estimez les plus aptes à le faire.

Écrit par : longet | 23/02/2018

Oui il y abus quand la RTS investit 100 mio dans un nouveau bâtiment de la radio à Lausanne. Elle ferait mieux d'améliorer le contenu de ses programmes avec cet argent, que dis-je notre argent.
Quand le comité de direction de la SSR, bénéficie d'un véhicule de service pour usage privé.
8 véhicules, assurances, essences, Pourquoi donc ?
Laissez nos radios et tv tranquilles ? Vous plaisantez M. Longet. Qu'elles nous rendent des comptes plutôt. Vous vous prenez pour François Fillon ? Les chèques en blanc ça suffit.

Écrit par : NoBillag | 23/02/2018

Cher Monsieur Descloux, là c’est déjà plus concret et moins péremptoire, merci ! Intéressante votre proposition de faire un décompte des interruptions lors des débats politiques. Je ne sais pas si cela a déjà été fait. A voir si cela confirme votre affirmation que les uns seraient « toujours » interrompus et les autres « jamais ». Bien sûr il faudrait d’abord se mettre d’accord sur qui est à classer parmi les « gauchos » (pas les cow-boys argentins ...) et qui parmi les »types de droite » (pas de femmes, donc). Et sans doute de nombreuses personnes résisteraient à votre volonté de les catégoriser ainsi. Quant au « réalisateur viré », son départ forcé est tout au plus un indice. Mais de quoi ? A ma connaissance c’est plutôt la gauche qui cherche à encadrer le droit du licenciement. Comme vous le dites, tout débat commence par « reconnaître les faits » . A supposer que vos critiques soient validées, encore faut-il pouvoir s’en plaindre, et il faudrait s’appuyer sur l’article constitutionnel que No Billag veut précisément supprimer pour pouvoir le faire. Alors prétextes pour supprimer nos radios et TV ou vraie volonté de réforme ? On ne peut pas vouloir réformer quelque chose et le détruire en même temps. Quand tout sera privatisé, vous pourrez juste changer de chaîne mais elles se ressembleront toutes. Il sera trop tard pour regretter la bonne vieille RTS. Réformer ce qu’il y a à réformer c’est mieux que détruire.

Écrit par : longet | 23/02/2018

Autre problème à la RTS, c'est les emplois bidons. J'ai assisté à beaucoup d'émissions et je suis toujours surpris de voir des "cablemans" qui tirent ou poussent des câbles de caméra alors qu'il existe des caméras autonomes, c'est un exemple parmi d'autres. Autre problèmes, les décorateurs travaillent pour des entreprises privées et construisent des stands lors des automnales ou salon de l'auto et, de ce fait, piquent du boulot aux entreprises privées. Ils exercent également leur talent pour construire des décors pour le Grand Théâtre ! Etrange !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 24/02/2018

A l'attention de NoBillag
Qui a dit "laissez nos radios et tv tranquilles"? Personne.
Mais pour corriger ce qu'il y aurait à corriger, encore faut-il que ces radios et ces TV puissent exister autrement qu'avec les seules recettes de la pub, des sponsors et des investisseurs privés qui ne sont intéressés que par l'audimat.No Billag? Un "remède" de cheval qui au lieu de soigner le "malade" le tue!

Écrit par : longet | 24/02/2018

Sauf que...
La RTS ne fera rien pour changer quoi que ce soit.
Parce que c'est le modèle même qui est périmé et voué à disparaitre.
Alors peut-être échapperez-vous à ce coup de semonce, mais ce ne sera que partie remise.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/02/2018

Le débat est intéressant en tout cas. Je suis intéressé de voir les résultats des votations.

Je serai plutôt pour une alternative, en tout cas attendons de voir ce qu'il va se passer.

Quelles seraient les conséquences d'un Oui à Non Billag ?

Écrit par : David | 25/02/2018

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