06/04/2018

Après le plébiscite de la mission de service public des radios et télévisions, quelle suite ?

Voici un mois, le 4 mars dernier, le peuple suisse donnait une réponse cinglante aux aventuriers de la démocratie qui voulaient livrer l’indépendance des radios et télévisions en Suisse à la seule publicité et aux investisseurs privés. La population a souligné, en ces temps d’incertitudes, son attachement à une information diversifiée, fiable, approfondie, guidée par une éthique professionnelle éprouvée. C’est assurément une des conditions au bon fonctionnement du débat démocratique, et le peuple l’a bien compris ainsi.


La RTS et les radios et télévisions locales et régionales sont donc sauvées, leur financement consolidé, leur mission constitutionnelle assurée. Mais quid des deux autres formes d’expression médiatique ?

La presse écrite se débat comme elle peut, et ne cesse de connaître coupes, restructurations, mutations, licenciements. Elle fait de son mieux pour remplir, malgré toutes ces difficultés, ses missions : fournir une information complète, donner du recul, éclairer, offrir les bases et les ouvertures pour le débat public. Chapeau de tenir bon par le mauvais vent qui souffle ! Mais un équilibrisme de tous les instants.

Quant aux médias dits sociaux, leurs faces négatives apparaissent de plus en plus clairement. Rentes de situation et abus de positions dominantes, comme le cas de facebook vient de le souligner. Plateforme de l’égocentrisme, du complotisme et de la radicalisation politique, de libération des bas instincts et des fantasmes les plus divers. Insultes, dénigrements, addiction au monde virtuel, tout cela doit urgemment faire l’objet de législations, comme elles se préparent en France et en Allemagne par exemple.

Pour notre pays, la voie est toute tracée : appliquer le sens de l’article constitutionnel confirmé le 4 mars dernier à l’ensemble des médias, écrits et «sociaux». Il n’y a aucune raison que ce qui vaut pour la radio et la télévision ne vaille pas, moyennant diverses adaptations bien sûr, pour les autres types de fournisseurs d’informations et d’opinion: un contrat avec le pays qui définisse une éthique à la hauteur de la responsabilité de tout influenceur, qui décrit une mission et qui en échange edonne les moyens d'une stabilité.

Qu’on en juge : voici ce que la Constitution fédérale dit au sujet de la radio et de la télévision :

Art. 93 : La législation sur la radio et la télévision ainsi que sur les autres formes de diffusion de productions et d’informations ressortissant aux télécommunications publiques relève de la compétence de la Confédération. La radio et la télévision contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement. Elles prennent en considération les particularités du pays et les besoins des cantons. Elles présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions. L’indépendance de la radio et de la télévision ainsi que l’autonomie dans la conception des programmes sont garanties.

 Et au sujet de la liberté de la presse et de l’information en général :

Art. 16 : La liberté d’opinion et la liberté d’information sont garanties. Toute personne a le droit de former, d’exprimer et de répandre librement son opinion. Toute personne a le droit de recevoir librement des informations, de se les procurer aux sources généralement accessibles et de les diffuser.

Art. 17 : La liberté de la presse, de la radio et de la télévision, ainsi que des autres formes de diffusion de productions et d’informations ressortissant aux télécommunications publiques est garantie. La censure est interdite. Le secret de rédaction est garanti.

Voilà donc d’excellentes références pour inscrire l’ensemble des médias dans un cadre consolidé. Le 4e pouvoir ne saurait être laissé aux seuls intérêts privés, qui se résument aux intérêts de grands groupes industriels ou financiers et aux fantasmes individuels. Pas de liberté sans responsabilité, pas de responsabilité sans cadrage ; pas de marché sans régulation, la démocratie est à ce prix , et tout spécialement quand il s'agit de ce qui structure le débat public.

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