18/05/2018

1918-2018: quelles leçons de l'histoire?

La guerre de 1914-1918 reste un incroyable basculement dans la monstruosité. Autant celle de 1939-1945 peut être comprise comme une nécessaire bataille contre la barbarie nazie, autant la précédente n'avait aucun sens réel. Des millions d'humains sacrifiés dans une boucherie atroce, pour quelques kilomètres carrés qui changent de main. Les historiens sont aujourd'hui d'accord que son déclenchement a pratiquement eu lieu par omission. Les familles royales des nations belligérantes étaient toutes plus ou moins parentes. Les conflits auraient parfaitement pu être réglés diplomatiquement, comme cela avait été le cas durant les 50 années précédant la déflagration.

Une sorte de course à l'abîme, une fatalité mortifère, a saisi les gouvernants, précipitant leurs peuples dans la chute. Mais aussi leurs propres Empires multinationaux.


Les conséquences, l'Est européen et surtout le Proche Orient ne cesse depuis un siècle de les payer. Pourtant une autre voie n'était pas hors de portée. Il eût suffi que l'Empire ottoman respecte et considère ses éléments arabes et les inclue réellement dans sa gouvernance. Il eût suffi que l'Empire austro-hongrois fasse de même avec ses éléments slaves. Cela n'est pas arrivé et un nationalisme de plus en plus exclusif les a fait imploser en peu de temps. Implosion qui a sonné le début de l'épuration ethnique. Le drame: celle-ci est par définition sans fin.

Qu'on en juge par l'Asie mineure, appelée aujourd'hui Turquie. On a commencé par y liquider les Arméniens, génocide terrifiant, préfigurant les autres massacres systématiques de peuples entiers du 20e siècle. Puis ce fut le tour des Grecs, des Juifs, des Arabes. La question Kurde vient de là: du refus d'accepter qu'il puisse y avoir sur le territoire de la république turque d'autres peuples, d'autres cultures, que celle des Turcs.

L'instabilité chronique des Balkans, où le feu couve en permanence sous la cendre, partage les mêmes origines. Quant aux nationalismes croate, slovaque, hongrois, serbe, polonais, voire l'extrême-droite autrichienne: à chaque fois l'on se définit par l'exclusion de l'Autre, de tous les autres et le soutien subversif accordé aux minorités nationales de son ethnie établies dans le pays voisin.

Et bien sûr les drames que vivent la Palestine, l'Irak, la Syrie, voire la Libye trouvent leur origine dans la manière dont s'est conclue la première guerre mondiale.

Qu'on s'en rappelle à l'heure où le nationalisme, le chacun pour soi ("America first") renaît avec force, où les peuples se réfugient derrière des "hommes forts", peu regardants sur les droits de l'homme et la démocratie. Et qui ne croient plus aux mécanismes de régulation internationaux, affichent leur mépris des négociations multilatérales, négligent et délaissent les Nations Unies. On se retrouve peu à peu dans la suprême inconscience de 1914, où à force d'attiser les haines et les braises, à jeter de l'huile sur le feu, à vanter sa supériorité naturelle et l'infériorité des autres, un immense brasier a consumé en d'inouïes souffrances des millions d'innocents dans la fleur de leur jeunesse.

Tout nous indique que le monde est sur une pente glissante. Il faut dire que ce glissement est puissamment alimenté par les dirigeants de nos démocraties, définitivement impuissants à recadrer une économie incapable de produire du sens et du travail pour les humains, qui continue à fonctionner sur le profit financier à court terme pour quelques-uns, sur la prédation de la nature et de ses ressources, et sur la croissance des inégalités. La vraie poudrière de notre temps est bien l'alliance objective entre l'hypnose néo-libérale qui paralyse toute volonté d'intervention dans l'économie et la réaction de repli nationaliste des populations ainsi abandonnées à la loi du plus fort.

 

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Commentaires

Je vous conseille de lire "Les Somnanbules" de Christopher Clark, auteur passionnant, ou "Comment l'Europe a marché vers la guerre 14-18".

Ce livre a reçu le prix du Livre d'Histoire de l'Europe 2014 entre autre.

Écrit par : M.A. | 19/05/2018

En présentant la situation en termes d'analyse transactionnelle, le monde n'est plus régi par des relations entre adultes qui s'écoutent, essaient de se comprendre et trouvent un compromis, mais par des relations de type "parent-parent" qui hurlent sans écouter ni considérer le point de vue de l'autre, ou par des relations "parent-enfant" tu obéis et fais ce que je te dis.
On sanctionne à tout va, on discrimine, on essaie de dominer, et on pollue, on détruit les ressources naturelles, on asphyxie la planète de pesticides, de médicaments aux effets secondaires dévastateurs et de CO2, sans que personne n'ose s'y opposer par peur d'être soi-même détruit par la toute puissance des grandes multinationales et les exigences de nos industries. Energie, croissance, mépris du travail et des êtres vivants. Tout cela pour le fric ou pour l'espoir d'être réélu.

Écrit par : Lambert | 19/05/2018

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