31/07/2018

Le 1er août, jour du dépassement

Aujourd’hui premier août !

Que ce jour nous dit-il ?

C’est la fête nationale bien sûr.

La commémoration de ce singulier pays qui a réussi à concrétiser la démocratie, à pratiquer le fédéralisme et à relever le défi du multiculturalisme. Qui a certes plus de peine avec l’égalité de chances, une politique économique et sociale forte, une implication continue dans le monde.

Mais qui a de quoi être fier de lui, du rôle qu’il s’est assigné, de ce qu’il est, une nation crée politiquement et non ethniquement, de ses valeurs, qui sont autant de références pour un engagement positif.


Mais c’est aussi le jour du dépassement. Dépassement de quoi ? Des capacités de charge de notre Terre, de sa capacité à produire du sol fertile, des espèces animales et végétales en abondance, de l’eau, de l’air, un climat vivable...Oui ces conditions de notre existence digne sur cette petite planète sont aujourd’hui gravement en péril.

Voici dix ans, l’équipe du scientifique suédois Rockstroem avait défini «neuf frontières planétaires». A savoir le changement climatique, les atteintes à la biodiversité, l’acidification des océans, l’affaiblissement de la couche d’ozone, les cycles du phosphore et de l’azote, l’utilisation de l’eau douce, les pertes de sols, la charge atmosphérique en aérosols et la pollution chimique.

Plusieurs d’entre elles sont actuellement déjà franchies, notamment le changement climatique, la réduction de la biodiversité et la perturbation du cycle de l’azote. Plus globalement, la mesure de notre empreinte écologique est aujourd’hui la référence pour une gestion équitable des ressources planétaires.

Le jour du dépassement est ainsi le jour à partir du quel l’humanité commence à vivre à crédit, sur des ressources non renouvelables, sur ses réserves. Ce jour s’établit sur une moyenne mondiale ; pour certains pays, il est encore loin, pour d’autres, comme la Suisse, c’est bien plus tôt dans l’année qu’il survient.

Comme le dit l’Office fédéral de la statistique sur son site Internet : « Le déséquilibre entre empreinte écologique par personne de la Suisse et la biocapacité mondiale existe depuis plusieurs décennies. Ce mode de vie est uniquement possible grâce à l'importation de ressources naturelles ainsi qu'en exploitant des biens communs globaux (comme l'atmosphère). Toutefois, ce mode de vie n’est pas durable car la consommation suisse par personne est 2,9 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne (...). Nous vivons donc aux dépens des générations futures et d'autres régions du globe. »

Le même Office a publié voici six mois les résultats d’une étude pilote : « Les émissions suisses de gaz à effet de serre, calculées en termes d’empreinte, se sont élevées en 2015 à 116,2 millions de tonnes d’équivalents CO2. Ce chiffre tient compte des gaz émis sur le territoire suisse et de ceux émis à l’étranger pour produire des biens et des services destinés à la Suisse. Les gaz émis à l’étranger – 76,1 millions de tonnes d’équivalents CO2 – représentent près des deux tiers de l’empreinte totale de la Suisse».

Ces chiffres ne sont pas étonnants, puisque depuis toujours nous dépendons largement de ressources importées d’ailleurs. Ce qui pendant longtemps ne posait pas de problèmes, puisqu’il y avait assez de régions en excédent. Avec l’augmentation de la population mondiale et l’entrée de toujours plus de personnes dans la société de consommation, une révision globale de nos modes de vivre est inéluctable.

Voilà donc une réflexion pas vraiment déconnectée de notre Fête Nationale, traditionnellement dévolue à l’introspection et à un état des lieux de notre pays.

Que ce double Premier août nous incite à davantage prendre nos responsabilités globales et locales.

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