27/08/2018

Chiffres qui tuent chiffres qui sauvent

Changements climatiques : trop tard pour agir ? La biodiversité ? Décimée par les substances chimiques et la perte des biotopes. Surpêche des océans. Invasion des déchets plastiques. Cocktail de polluants dans notre corps. Erosion des sols... les mauvaises nouvelles ne manquent pas.

Mais il y a aussi des bonnes. Ainsi, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies fin septembre 2015, l’Agenda 2030 définit 17 Objectifs de développement durable (ODD) déclinés en 169 cibles qui les concrétisent. 232 indicateurs ont été retenus pour leur suivi.

Le tout vise à intensifier la lutte contre les inégalités et à ce que chaque être humain puisse trouver réponse à ses besoins de base (habitat, emploi, revenu, alimentation, eau, soins, égalité de droits et de chances) ceci dans le respect des capacités de charge de l’environnement naturel (climat, forêts, sols, eau, océans, biodiversité, ressources énergétiques et minérales) sans lesquelles rien n'est possible.

De nombreux engagements sont pris en fonction de ces objectifs qui ont le mérite de la cohérence et de nous indiquer un chemin. Reste l’épineux problème du financement. Pour réaliser l’ensemble du programme des 17 ODD, qui est en quelque sorte le programme de survie de l’humanité de manière vivable et viable, il faudrait investir entre 3’500 et 5’000 milliards de $ par an. De quoi avoir peur. Mais en y regardant de plus près, ce n’est que 5 à 7% du PIB mondial.

Un problème, ce financement, vraiment ? Une bonne partie de ce PIB est assurée par des activités qui mériteraient d’être réorientées vers les exigences d’un développement durable - on ferait ainsi d’une pierre deux coups. Puis... de l’argent il y en a, dans notre monde, qu’on en juge :

-Montants engagés entre 2001 et 2008 par les Etats-Unis en Irak : 3’000 milliards de $, selon Joseph Stiglitz Prix Nobel d’économie.

-Coûts des externalités négatives de l’énergie (pollutions, changement climatiques) : 5'300 milliards de $, selon le FMI (2015)

-Corruption et détournement de fonds: 2'600 milliards de $/an

-Dépenses annuelles pour l’armement: 2’166 milliards de $ en 2016, selon la Banque mondiale - dont un tiers (714 mia de $) pour les seuls Etats-Unis.

-Volume du crime organisé : 1’600 à 2’200 milliards de $/an, dont un quart dû au trafic de drogue (entre 426 à 652 milliards de $), selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime

-Coût total du tabagisme : 1’436 milliards de $/an

-Dépenses annuelles de publicité commerciale: 578 milliards de $

- Et de loin le plus important : fonds soustraits à l’impôt, chaque année 21'000 milliards à 32'000 milliards de $ (chiffre pour 2010, d’après Tax Justice Network)

Total : quelque 35'000 milliards de $ par an qui forment en quelque sorte le "Darknet" de l'économie mondiale! Une petite partie de cette somme permettrait de réaliser les 17 ODD sans peine !

 Qu’on cesse de nous parler de manque de ressources, c’est d’un manque de volonté politique d’orienter dans la bonne direction les flux financiers, de mettre fin à la soustraction fiscale et aux paradis fiscaux qu’il faut parler. Mais cela exige une communauté internationale forte et décidée, des conventions internationales et des pressions sur les Etats défaillants, une ONU forte et capable de se faire respecter. Et des leaders politiques sachant faire autre chose que de flatter les bas instincts de leurs populations et de servir les lobbies autant qu'ils se servent eux-mêmes. L’espoir est à ce prix.

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