24/09/2018

Après la votation fédérale du 23 septembre sur l’agro-alimentaire : une chance à saisir pour Genève

Résultat surprenant et contrasté ce dimanche pour la politique agro-alimentaire. Les deux initiatives voulant inscrire des critères quantitatifs en matière d'alimentation font un score positif en Suisse romande mais plongent en Suisse alémanique. Une vraie fracture alimentaire semble traverser la Suisse selon les limites linguistiques. Et nous voilà devant une nouvelle image du pays, qui donne du coup une feuille de route pour toutes celles et ceux qui portent les enjeux de la diversité (Pro Specie Rara), de la proximité et de la régionalité (AOP et IGP), du goût (La Semaine du Goût) ou de la santé (Fourchette verte) ou encore une vision d’ensemble du secteur (Slow Food ou Uniterre). Tiens : aucune de ces organisations n’arbore un nom allemand, la plupart se présentent en français, aucune n’est née du terreau alémanique. Ceci explique peut-être cela...

Par contre dans les cantons romands, les contenus des deux initiatives vont désormais pouvoir s’incarner dans les politiques publiques aussi loin que les compétences cantonales le permettent:

  • Renforcement d’une offre de denrées alimentaires de qualité, produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux, et de conditions de travail équitables.
  • Promotion d’une agriculture paysanne indigène, rémunératrice, aux structures diversifiées et l’augmentation du nombre des actifs dans le secteur agricole.
  • Interdiction des OGM.
  • Droit des paysans à multiplier, échanger et commercialiser leurs semences.
  • Préservation quantitative et qualitative des surfaces agricoles.
  • Garantie d’une information et sensibilisation sur les conditions de production et de transformation des denrées alimentaires indigènes et importées.

A Genève en particulier, nous avons une politique de soutien des productions locales pionnière et exemplaire : la loi sur la promotion de l’agriculture du 21 octobre 2004, le label d’Etat GRTA auquel pratiquement toute la profession a adhéré, l’Office pour la promotion des produits agricoles genevois, dotée d’un contrat de prestations avec l’Etat, et, depuis 2009, d’une Maison du terroir.

Et voici dix jours, le 15 septembre, a été inauguré son pendant en matière de promotion d’une alimentation saine, de proximité, proposant diversité des sortes et des goûts ..., la Maison de l’alimentation, son complément, du côté de l’orientation de la demande, de la politique de soutien à l’offre déployée depuis 15 ans. Pour la politique agro-alimentaire genevoise, le vote populaire est clairement une mission donnée d’aller de l’avant dans le sens d’un système alimentaire territorial identifiant les enjeux d’une alimentation durable pour un territoire durable.

Quant à la politique fédérale, voici une année, le 24 septembre 2017, le peuple suisse adoptait à près de 80% le nouvel article 104 A de la constitution. Il charge les autorités fédérales de créer les conditions pour «la préservation des bases de la production agricole, notamment des terres agricoles; une production de denrées alimentaires adaptée aux conditions locales et utilisant les ressources de manière efficiente; une agriculture et un secteur agroalimentaire répondant aux exigences du marché; des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire; une utilisation des denrées alimentaires qui préserve les ressources ». Voilà donc quelques contenus tout à fait intéressants à activer et à revendiquer!

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Commentaires

1)Le Valais et Fribourg on dit non par contre le Jura Bernois et Bienne ont dit oui.
Deux régions qui sont en petites ou grandes parties bilingues.

2)La puissance d'Avenir Suisse et de grosses entreprises entre autre d'armements et autres commerces n'ont que le profit en point de mire et ont investis des sommes qu'il serait intéressant de connaitre et qui ont servie à générer la peur pour faire des sondage de 75% à moins de 35%

Écrit par : Claude | 24/09/2018

Les 4 cantons qui ont accepté les 2 initiatives sont ceux qui comptent le plus grand nombre de citoyens qui font leurs courses en France voisine ! De plus les grandes surfaces françaises ainsi que les marchés sont très fréquentés par la majorité de nos élus. J'ai rencontré, à Divonne le dimanche matin, quelques élus socialos qui font leurs courses et jouent au tiercé ! Faites ce que je dis mais pas ce que je fait ! C'est un slogan de gauchos !!

Écrit par : Justine Tittgout | 24/09/2018

Plus les produits suisses seront cher, plus les commerces français auront le sourire.
La seule issue est une production de qualité avec des produits concurrentielles, sinon ça restera de la paysannerie pour bobo.

Si la part de la nourriture paraît avoir diminuer dans les budgets, c'est que les assurances maladies augmentent, comme les loyers, les transports et une fois les frais fixent payés, il reste la nourriture et les loisirs.
Personne ne voudra une nourriture au coût de l'or et se priver de loisir. Les loisirs qui servent à l'équilibre de la famille.

Le vote des romands est un vote naïf. Tout le monde veut la perfection, mais une forte hausse de prix augmenterait la mal bouffe parce que le budget nourriture n'augmenterait pas.

Bref, j'accepte que les bobos se fassent plaisir, mais avec leur argent uniquement. Que les bobo fassent une coopérative pour subventionner l'excellence, mais sans les citoyens qui n'ont pas tous, les moyens des bobos.

Écrit par : motus | 24/09/2018

Vous avez tout dit motus.

Écrit par : trigonal | 24/09/2018

Par rapport à la terminologie française des organisations ou labels, je m'étais étonné, lors d'une escapade à Berlin il y a 20 ans déjà, à lire des enseignes de restaurant en français, et il s'agissait des seuls traces francophones que j'avais trouvées dans cette ville.
Du coup, je ne stigmatiserais pas cet élément. Je crains beaucoup plus l'effet du matraquage par les financiers dont Claude a relevé les effets. Et la méthode a été tristement efficace pour renverser la tendance de 40%, oui, 40%, figurez vous!
Sur ce, que reste-t-il des vertus de la démocratie dans ce monde dominé par le profit?

Écrit par : pssst008 | 27/09/2018

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