Macron a parlé, le roi a parlé

En tant qu’habitant-e-s d’un territoire entouré d’un autre pays, connaissant souvent bien ce pays, la France, ce qui s’y passe nous concerne particulièrement. Lundi 10 décembre, Macron a parlé, le roi a parlé. A «son« peuple. Trop peu, trop tard.

 

L’accélération de la démonétisation de la figure présidentielle impressionne: après Sarkozy l’agité sans lendemain, Hollande le commentateur de sa propre impuissance, voici Macron en petit marquis incapable, tel Louis XVI, à prendre la mesure des enjeux et tentant désespérément à appliquer à la France des recettes d’assainissement d’entreprise.

Alors que le problème est visiblement celui des règles du jeu. Changer de président reste un emplâtre sur une jambe de bois, quand c’est changer de modèle de gouvernance qu’il faut. Avant que la France ne se jette dans les bras - après un agité, un faible et un technocrate - d’un démagogue narcissique et aux lignes de conduite inquiétantes façon Wauquiez, Mélenchon ou Marine Le Pen...

Problème de gouvernance ? Oui, depuis 200, voire 500 ans, la France connaît une centralisation abusive, que tous les programmes de dévolution de pouvoirs n’ont nullement guérie, juste un peu complexifiée. Centralisation qui a nivelé la diversité culturelle des anciennes provinces, installé Paris en son cœur tel un vampire vidant les territoires de leur substance et fierté. Centralisation qui a remplacé l’engagement et la capacité de s’autoorganiser sur le terrain par une attente quasi messianique de solutions venant d’en haut, instaurant une gouvernance associant le lyrisme littéraire à l’écrasement sans ménagement de ce qui n’est pas soluble dans des économies d’échelle.

La centralisation abusive ne connaît en son principe que le chaos ou la dictature. Seuls un vrai fédéralisme, à savoir une gouvernance construite de bas en haut selon le principe de subsidiarité, une participation inscrite dans la légitimité de l’exercice et de la dévolution des pouvoirs, une concertation économique et sociale systématique, un engagement citoyen et un esprit d’entreprise et d’équité valorisés au quotidien peuvent permettre la résilience des territoires, une vraie solidarité entre eux et un dialogue respectueux des besoins de chaque composante. La révolution d’en haut qu’a proclamée Macron se révèle vide de projet ; pourtant cela avait bien commencé en citant Mounier et la valorisation d'une démocratie interactive. Mais à force de jouer à Jupiter on attire la foudre, fait naître des espoirs démesurés et la nature est revenue au galop : le pouvoir personnel, source de tous les maux – et de sa symétrique, la révolution d’en bas.

Même un Nicolas Hulot, avec sa vision hautement salutaire de la transition écologique et sociale, n’y serait pas arrivé, quand le problème, avant les contenus, est celui des processus et de la démocratie vécue au quotidien et non limitée au seul choix, deux fois par décennie, du monarque républicain. Qui dans tous les cas finit par déclencher la tempête - qu’il soit tout-puissant, ou, précisément, s’il ne l’est pas.

Commentaires

  • 60'000 citoyens français exemplaires ont mis macron à genoux c'est formidable et historique, mais que font les 45 autres millions de français qui ont aussi des problèmes économiques???? Rien!

  • En tant qu'habitant d'un territoire entouré d'un autre pays ( géographiquement du moins ), vous avez un avis sur la gouvernance française, et appelez de vos voeux une réforme, si je vous ai bien compris, de la constitution de la Vème république.

    Pourquoi pas ?

    Cependant, étant un peu vieillissant, quoique pas encore Alzheimer, je me souviens d'avoir

    été interpellé (années 70) à la place du Molard par des quidams qui voulaient

    me faire signer une pétition : il y était question de mettre fin à la

    sanguinaire tyrannie du shah d'Iran.

    Je n'avais pas signé.

    Il y eut bien d'autres places, bien d'autres causes, comme par exemple

    l'Afrique du Sud.

    Je n'avais pas signé.

    Appeler de ses voeux une réforme politique en France, ça fait éclairé et

    moderne.

    Pas sût que je signerai.

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